Drame de Boumerdès : Le parquet révèle les dessous de l’accident
Le procureur général près le Conseil judiciaire de Boumerdès a présenté, samedi, les résultats de l’enquête préliminaire sur le renversement d’un bus de transport de voyageurs survenu le 31 juillet dernier au lieu-dit El Karma, faisant 28 morts et 38 blessés. Les premières conclusions de l’enquête mettent notamment en évidence une vitesse de 121,63 km/h, alors que la vitesse autorisée sur ce tronçon était limitée à 60 km/h, ainsi qu’une surcharge importante du véhicule.
Lors d’une conférence de presse organisée au siège du Conseil judiciaire de Boumerdès, le procureur général a détaillé les circonstances de l’accident et les premiers résultats des investigations menées par les services compétents.
L’enquête s’est d’abord intéressée aux conditions dans lesquelles le voyage avait été organisé. Selon les éléments présentés, la sortie avait été annoncée sur les réseaux sociaux, notamment à travers une page intitulée « Ayoub Voyage », donnant l’impression qu’il s’agissait d’une agence touristique disposant de plusieurs autocars et proposant différentes destinations.
Les réservations se faisaient par téléphone, les voyageurs indiquant leur lieu de prise en charge. Le chauffeur devait ensuite passer, à partir de 3 heures du matin, par les différents points convenus, principalement dans les quartiers de la ville d’El Eulma. Chaque passager avait payé 1 400 dinars et le départ avait finalement eu lieu vers 5 heures du matin.
Le drame s’est produit sur la voie rapide à deux chaussées reliant la RN24, au niveau du lieu-dit El Karma, dans la commune de Boumerdès. Le tronçon concerné présente une pente de 7 %.
Selon le parquet, le tronçon était entré en service le 28 août 2025 et ne présentait, au moment de l’accident, ni nids-de-poule, ni fissures, ni présence d’huile, d’eau ou de sable. Les dispositifs de sécurité et les barrières étaient également conformes aux normes, tandis que la signalisation indiquait une limitation de vitesse à 60 km/h. Les conditions météorologiques étaient, par ailleurs, favorables, avec une bonne visibilité.
C’est donc la vitesse du bus qui apparaît comme l’un des éléments majeurs révélés par l’enquête technique. L’expertise a estimé que le véhicule circulait à 121,63 km/h juste avant le début de la phase de freinage, à l’entrée du virage.
Autre élément particulièrement préoccupant, la capacité réglementaire du bus était de 51 personnes, chauffeur compris, alors que le véhicule transportait 64 passagers au moment du drame.
Le parquet a également précisé que le bus était utilisé pour le transport universitaire et servait, durant la saison estivale, à l’organisation de voyages touristiques.
L’examen technique du véhicule a par ailleurs établi que sa conformité administrative était toujours valable, la validité étant établie jusqu’au 2 octobre 2029.
Concernant son état mécanique, l’expertise n’a relevé aucun défaut antérieur à l’accident au niveau du système de freinage de service et de secours. Le système de direction n’a pas non plus révélé de défaillance antérieure aux faits.
En revanche, une anomalie importante a été constatée au niveau du système d’assistance au freinage moteur par ralentisseur électromagnétique. Son efficacité ne dépassait pas 50 %, selon les conclusions communiquées par le parquet.
Les pneumatiques, quant à eux, étaient globalement en bon état et ne présentaient pas de défaut particulier lors de leur examen.
L’enquête révèle également que le chauffeur avait effectué, la veille du drame, un déplacement touristique vers la wilaya de Jijel. Il était ensuite rentré à El Eulma après minuit, avant de reprendre la route quelques heures plus tard en direction de Boumerdès.
Ces éléments viennent s’ajouter à ceux déjà établis par l’expertise technique, notamment la vitesse excessive et le dépassement de la capacité autorisée du véhicule.
Le parquet poursuit l’exploitation des éléments de l’enquête afin de déterminer avec précision les responsabilités dans ce drame qui a endeuillé plusieurs familles et relancé, une nouvelle fois, les interrogations sur les conditions d’organisation et de sécurité des transports collectifs et des voyages touristiques.