Dr Youcef Boudjelal, chercheur en microbiologiste : «Il faudrait arrêter la vente anarchique des antibiotiques» – Le Jeune Indépendant
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Dr Youcef Boudjelal, chercheur en microbiologiste : «Il faudrait arrêter la vente anarchique des antibiotiques»

Dr Youcef Boudjelal, chercheur en microbiologiste : «Il faudrait arrêter la vente anarchique des antibiotiques»
Dr Youcef Boudjelal,

A l’occasion de la célébration de la Journée nationale de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, célébré le 19 novembre de chaque année, Youcef Boudjelal, titulaire d’un doctorat en microbiologie et chercheur, explique au Jeune Indépendant que la meilleure manière de lutter efficacement contre la résistance aux traitements des antimicrobiens est la sensibilisation des citoyens contre l’automédication et la consommation excessive des antibiotiques. Il préconise également que les autorités sanitaires devraient se pencher sur la vente anarchique des antibiotiques.

 

Le Jeune Indépendant : Tout d’abord, pouvez-vous expliquer aux lecteurs qu’est-ce que les antimicrobiens ?

 

Dr Youcef Boudjelal : Les antimicrobiens c’est tout produit qui a un rôle d’éliminer ou d’éradiquer tout type de micro-organismes tels que les bactéries, les champignons où les moisissures. Il y a deux types d’antimicrobiens, ceux qui ciblent l’éradication totale des micro-organismes et ceux qui arrêtent la croissance des micro-organismes. Il faut également faire la distinction entre les antifongiques destinés à éliminer les champignons et les antibiotiques destinés à lutter contre les bactéries.

Depuis le premier antibiotique, en l’occurrence la pénicilline découverte par Pasteur, il y a eu plusieurs générations d’antibiotiques et de leurs dérivés développés pour faire face à l’évolution des bactéries. Il faut comprendre que le principal bénéfice des antibiotiques est l’élimination ou l’arrêt du développement des bactéries pathogènes afin d’éviter d’arriver à l’étape de la septicémie qui est la dissémination totale de la bactérie dans le corps, ce qui conduit souvent au décès du patient.

Depuis une vingtaine d’années, il y a eu le constat de deux problèmes majeurs. Le premier est que les antibiotiques n’éliminent pas seulement les bactéries pathogènes mais aussi les bactéries qui sont bénéfiques pour l’être humain. A titre d’exemple, on peut citer les bactéries de la microflore intestinale qui contribuent notamment à préserver le corps humain contre les risques d’obésité.

Ces bactéries contribuent également à préserver indirectement l’équilibre émotionnel en influant sur le système nerveux.

Pour preuve, quand la microflore intestinale est équilibrée, cela contribue à la stabilité de l’état émotionnel de l’individu et régularise les états de stress et d’irritabilité. Et ce qui est encore plus important, c’est que ces bactéries bénéfiques dans le corps humain nous protègent contre d’autres bactéries pathogènes. Je cite, à ce sujet, l’exemple des problèmes d’ulcères dont une bonne partie des Algériens en souffrent.

Ces ulcères proviennent des perturbations de la microflore intestinale où une bactérie pathogène produit des acides qui font des perforations de l’estomac ou du côlon qui deviennent ulcérés, alors qu’elle aurait dû être phagocytée par les bactéries de la flore intestinale.

C’est pour cela que lutter contre la consommation anarchique des antibiotiques est une question de santé publique car, d’une part, cela permet de préserver les bactéries bénéfiques pour le corps humain et, d’autre part, de lutter contre la résistance des bactéries pathogènes aux traitements.

 

 

Justement, pourquoi la lutte contre la résistance aux antimicrobiens est devenue une des priorités de santé publique ?

 

Aujourd’hui, le constat est qu’il y a un fort taux de bactéries qui sont résistantes aux antibiotiques et, de ce fait, les praticiens ont de plus en plus de difficultés à trouver des traitements efficaces pour les malades. Il y a plusieurs types de bactéries qui résistent aux traitements, dont les bactéries hautement résistantes (BHR), et les bactéries multi-résistantes (BMR).

Aujourd’hui, ce qui est plus inquiétant, c’est les super bactéries surnommées super-bag qui font des ravages aux Etats-Unis, au Canada et même en Europe. L’exemple type de ces super bactéries c’est la « Clostridium difficile RT 25 », c’est elle qui a créé une alerte mondiale.

Pour le moment, l’Algérie est épargnée mais il faut savoir qu’après sa mutation, « Clostridium difficile » résiste à tous les antibiotiques existants. L’infection par cette bactérie mène directement au décès et il y a eu des épidémies aux Etats-Unis, au Canada et même en Europe avec des milliers de morts à cause de la résistance de cette bactérie aux antibiotiques. 

Rien qu’aux Etats Unis, il y a eu 250 000 décès en 2022.  Dans les pays européens, ce sont 123 000 décès qui ont été enregistrés durant la même année. Cette résistance a également un lourd impact financier sur les systèmes de santé.  Ainsi l’impact financier a été évalué à 5,4 milliards de dollars aux Etats-Unis. En Europe, cet impact a été évalué à 8500 dollars par personne.

En Algérie, il y a un suivi et des études sont menées par l’Institut Pasteur pour voir l’évolution de la résistance des bactéries aux antibiotiques, mais on ne connaît pas d’une manière chiffrée l’ampleur de ces cas.

Toutefois, le plus important est la prise de conscience de la nécessité de lutter efficacement contre les risques de la résistance aux traitements par antibiotiques. En plus de prolonger la durée de la maladie, cette résistance risque d’engendrer des durées de traitements et d’hospitalisations plus longues avec la nécessité de médicaments plus chers qui augmenteront inéluctablement les coûts des soins pour les familles. Mais ce qui est encore plus grave, c’est le risque de décès des patients dans les cas bactéries hautement résistantes (BHR), des bactéries multi-résistantes (BMR) et des super bactéries.

Quels sont les moyens efficaces pour lutter contre ce problème qui constitue, désormais, un problème de santé publique ?

Tout d’abord, la chose la plus importante, c’est la sensibilisation des citoyens sur les dangers de la consommation anarchique des antibiotiques en expliquant que c’est très néfaste pour la santé. 

Il faudrait expliquer à nos concitoyens que prendre des antibiotiques par automédication n’est pas un geste banal ; bien au contraire, cela peut avoir des conséquences très dangereuses pour la santé, car viendra un jour où ces antibiotiques ne seront plus efficaces avec pour conséquences de graves complications qui peuvent mener au décès.   

Deuxièmement, les autorités sanitaires devraient arrêter la vente anarchique des antibiotiques. Il faut savoir que dans plusieurs pays dans le monde, il est interdit de vendre des antibiotiques sans ordonnance. Ces pays ont également pour la plupart une réglementation stricte quant à la prescription des antibiotiques. Car même quand des médecins prescrivent des antibiotiques par ordonnance, il y a des normes à respecter et le recours aux antibiotiques ne devrait pas être prescrit automatiquement mais au cas par cas.

Cela justement afin d’éviter que les patients développent une résistance aux antibiotiques suite à une forte consommation. C’est pour cela que dans plusieurs pays, il y a une mise en place des agences de vigilance qui font notamment le suivi de la consommation d’antibiotiques avec une traçabilité de chaque boîte prescrite et vendue au patient.

Le troisième point important est la lutte efficace contre les infections nosocomiales dans les différents milieux hospitaliers. La résistance aux antibiotiques est très forte dans les structures de santé.

Pour cela, il est important de mettre en place une série de mesures, dont la formation du personnel de santé, la désinfection dans les normes des structures hospitalières, la mobilisation des moyens adéquats pour la stérilisation, le cloisonnement entre les différents services de santé au niveau de l’hôpital ainsi que la stricte application des mesures de prévention de manière quotidienne.

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