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Dr Houaoui psychiatre au Jeune Indépendant :  «L’inceste est un crime qui mérite des peines sévères»

Dr Houaoui psychiatre au Jeune Indépendant :   «L’inceste est un crime qui mérite des peines sévères»

L’inceste a existé depuis la nuit des temps, plus exactement depuis l’existence de l’être humain sur terre, à l’époque d’Adam et Eve, a indiqué au Jeune Indépendant le docteur Nadia Houaoui, spécialiste en maladies nerveuses et psychologiques. « Les filles et fils d’Adam et Eve se sont mariés entre eux. Dans l’inconscient des personnes sur le plan psychologique peut être que cette envie est restée à travers l’humanité. Cette envie entre le frère et sœur était incrusté dans l’inconscient de l’être humain. De temps à autre elle apparait dans certaines générations » a-t-elle expliqué.  

Ce phénomène est défini comme étant une relation sexuelle entre apparentée, frappée d’interdits selon les pays, l’âge, les époques, la nature des liens de parentés, les lois en vigueur, a expliqué la spécialiste. L’acte incestueux en lui-même qui est interdit par la loi et la religion peut être commis entre le père et sa fille, le frère et sa sœur, la mère et son fils, l’oncle avec sa nièce et la tante avec son neveu.  Elle a révélé que dans des époques lointaines à savoir dans le 15e siècle les relations sexuelles entre frère et sœurs étaient tolérées dans les royaumes pour maintenir le trône. « Les personnes qui commettent ces actes illégitimes sont probablement atteints de troubles obsessionnelles sexuels et des troubles de la personnalité » a-t-elle précisé.

Détaillant sur le sujet, la psychiatre a fait savoir que dans certains cas les signes cités auparavant sont cachés. Une fois l’acte incestueux commis et l’affaire est devant le tribunal, le jugement sera prononcé selon le degré de responsabilité de l’auteur. « Si l’auteur montre des signes de troubles sexuels, il est jugé directement pour son crime, mais si les signes de ses troubles sexuels sont cachés et volontairement dissimulés, le juge exige une expertise psychiatrique avant le jugement, pour définir l’état mental de l’auteur et savoir avec certitude si il est responsable de son acte. Dans tous les cas de figure, l’auteur de l’inceste qui ne voit pas l’interdit est sévèrement jugé » a-t- elle ajouté.  

Parlant des victimes, la psychiatre a affirmé qu’elles sont généralement des femmes et des mineures. « La fille majeure ne peut pas être consentante lors de la relation sexuelle entretenue avec son père, contrairement à une mineure qui est soumise, sans défense, elle peut même dans certains cas faire l’objet de menace de la part de son père. La raison pour laquelle l’acte incestueux est réprimé et jugé sévèrement par la loi » a-t-elle confié.

Revenant sur l’auteur, d’après la spécialiste en troubles nerveuses et psychologiques, celui qui commet l’acte incestueux souffre non seulement de troubles sexuels sévères mais il peut simuler la folie pour échapper à la justice. «On ne peut pas duper la justice dans ce genre d’affaire, car le juge peut distinguer chez celui qui commet l’interdit à travers son comportement ou en consultant ses antécédents psychiatriques » a-t-elle déclaré.  

Une expertise psychiatrique est exigée par le juge 

La spécialiste a fait savoir qu’elle avait pris part à une expertise psychiatrique exigée par un juge dans une affaire d’inceste qui a regroupé plusieurs médecins spécialistes en psychiatrie. Cette expertise a révélé que durant la décennie noire, un père de famille a entretenu une relation sexuelle avec sa fille âgée de 17 ans. La fille a accompagné son père dans son autre domicile perché dans les montagnes de Blida pour s’occuper de lui et entretenir la maison. Le père était occupé à travailler sa terre et quand il entrait chez lui, il s’apprenait à sa fille mineure. Cette dernière ne pouvait pas révéler cette affaire au gros jour, vu que ce sujet est tabou dans la société, elle a donc choisi d’étouffer l’affaire. Les années passent, la grossesse de la fille a commencé à être visible, le secret est divulgué par le frère de la victime et l’affaire était devant la justice. Elle poursuit qu’après avoir entendu le père et la fille, le juge a exigé une expertise psychiatrique pour déterminer l’état mental du père. «  l’examen psychiatrique a révélé que le père était responsable de son acte et qu’il avait toutes ses facultés mentales en commettant l’acte interdit. Par conséquent, il a été sévèrement jugé »a-t-elle souligné. Houaoui a également indiqué que la victime présentait des signes de traumatisme sévère.

Il faut noter que l’inceste peut devenir un viol si l’acte est commis sur une personne mineure non consentante.

L’interlocutrice a affirmé qu’elle a traité plusieurs cas d’inceste à Alger mais généralement les cas surviennent suite à des divorces. « Dans ces cas, les pères entretiennent des relations sexuelles avec leurs filles et même celles en bas âge, durant leurs visites chez leurs pères » a-t-elle déclaré. Elle a ajouté qu’au cours de la consultation, les victimes racontent cet acte dans les moindres détails ».

Elle a affirmé que pour les psychanalystes qui s’occupent du développement psychique des individus, ces derniers estiment que l’inceste est un acte toléré étant donné qu’il a existé depuis la nuit des temps. « Nous en tant que psychiatres, nous bannissons cet acte interdit sur tous les plans à savoir juridique et religieux. Nous considérons l’inceste comme un crime » a-t-elle conclu.

Une forme de maltraitance

De son côté, la psychologue Nacera Bouzemada a qualifié l’inceste d’une une forme de maltraitance et un acte de criminel.

D’après elle, les personnes qui commettent cet acte méritent des condamnations sévères.  « L’inceste est un acte sexuel entre une femme et un homme liées par un degré de parenté sur lequel le mariage est interdit » a-t-elle défini le phénomène.

La psychologue a précisé qu’elle a traité un cas en 2000, où un jeune âgé de 24 ans était attiré par sa sœur et entretenait des relations sexuelles avec elle. Il est venu demander de l’aide auprès de la spécialiste. « Il est venu un jour et depuis il n’est plus revenu. Peut être qu’il avait peur » a-t-elle souligné.

Contrairement à la France, ou il existe une association qui luttait contre l’inceste et défendait les victimes, la spécialiste a précisé qu’il est temps de casser les tabous et parler de ce phénomène, afin de briser le silence et mettre fin à la douleur des familles qui souffrent à ce jour.  « On doit faire la conscience familiale, éduquer nos enfants et les sensibiliser sur ce fléau social ».

S’agissant de la sensibilisation, la psychologue a indiqué que les parents doivent communiquer avec leurs enfants en leur expliquant que leurs corps sont propres à eux et que personne ne peut y toucher.  

Dernier fait révélé sur ce phénomène: Une femme qui a préféré garder l’anonymat a confié que sa fille Kenza était une petite fille âgée de 13 ans, bien potelée et bonne vivante. Elle vivait à Alger avec sa mère et sa grand-mère maternelle. Elle était pleine de dynamisme. Malgré le divorce houleux de ses parents, elle a pu continuer sa vie dans la joie et la bonne humeur. Le juge a accordé un droit de visite pour son père qui a refait sa vie. Kenza passait les week –end chez lui .Chaque nuit, il se faufilait dans la chambre de sa fille pour entretenir des relations sexuelles avec elle. Cette dernière a changé de comportement.  Elle a perdu l’appétit.  Elle était vraiment atteinte sur le plan psychologique. Son comportement a suscité l’inquiétude de sa maman et sa grand-mère. « Un soir, je l’ai trouvé toute seule dans le noir en train de pleurer. Je n’oublierai jamais son regard et sa détresse en avouant cet acte ignoble et criminel.  J’ai déposé plainte au niveau du commissariat. Mon ex- mari est passé devant le juge et a été jugé sévèrement et condamné à 10 ans de prison » a-t-elle souligné.

Kenza et sa fille ont quitté l’Algérie pour refaire leur vie loin de cette histoire douloureuse. Reste à savoir combien y a t-il de “Kenza”?

 

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