Dounya El-Djazairia au Jeune Indépendant : «Le malouf doit traverser les époques»
Après un passage remarqué à Constantine, Dounya El-Djazairia a de nouveau conquis le public, cette fois sur la scène du Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi (TNA), où sa voix ample et expressive a fait vibrer, jeudi soir, chaque note du malouf. À cette occasion, celle que l’on surnomme « Sultanat El-Malouf » a confié au Jeune Indépendant sa vision d’un art profondément enraciné dans la tradition, mais résolument ouvert à la modernité.
Ce rendez-vous marque une nouvelle étape dans la tournée de concerts de Dounya El-Djazairia, entamée le 9 octobre à Constantine, sa ville natale, où elle avait déjà été ovationnée par un parterre de mélomanes et de connaisseurs. Une tournée qui s’annonce comme un véritable hommage au patrimoine musical du malouf, alliant émotion et virtuosité, avec un programme riche où se sont enchaînées des pièces incontournables telles que Dalma, El Boughi, Zadjal Allah Akbar, Hosne El Habib et bien d’autres pépites du répertoire classique.
« C’est la continuité d’une belle aventure », a, d’emblée, déclaré Dounya El-Djazairia au Jeune Indépendant à l’issue du concert, dans le cadre d’un jeu de questions-réponses. Avant de confier d’une voix émue : « J’ai eu un accueil extraordinaire à Constantine, comme ici à Alger. Ces moments de partage avec le public sont une véritable source d’énergie, car ils me touchent profondément et me donnent la force de continuer ! ». Pour celle que ses pairs désignent comme « Sultanat El malouf », la mission est, d’ailleurs, toute tracée, faire rayonner un art « raffiné et exigeant » tout en lui insufflant « une touche artistique innovante ». De ce point de vue, elle a, d’abord, affirmé : « Les passionnés sont nombreux, mais il reste encore à faire pour faire découvrir le malouf dans toutes les régions du pays, à Djelfa, en Kabylie, chez les Chaouis… Le malouf, c’est une grande école, riche d’une histoire impressionnante et d’une élégance unique. ». Fidèle à la tradition, Dounya El-Djazairia n’en demeure pas moins attachée à la modernité. Par conséquent, elle a, ensuite, tenu à rappeler que « Chaque élève a son maître et [chaque maître prépare l’avenir]. Le malouf puise sa force dans le passé, mais il doit aussi regarder vers demain. » La Sultanat El malouf revendique, surtout, une démarche artistique « féminine » qui, selon elle, apporte « un souffle nouveau » à cet art ancestral.
Toujours en mouvement, Dounya El-Djazairia prépare actuellement la sortie de son huitième album. « L’album est en cours de finalisation. Sauf contretemps, il sera disponible d’ici deux à trois mois. Mais je préfère garder un peu de mystère pour le moment… », a-t-elle dévoilé, le sourire aux lèvres.
Révélée en 1994 dans l’épopée « L’Algérie », où elle a interprété pas moins de 54 chansons, Dounya El-Djazairia n’a depuis cessé de tracer son chemin sur des scènes prestigieuses, de l’Opéra du Caire aux festivals de Carthage, en passant par le Centre culturel algérien de Paris. Véritable artiste dans l’âme, elle jongle, avec aisance, entre poésie et chant et navigue, avec la même maîtrise, à travers les différents styles de la musique algérienne, qu’il s’agisse du chaoui, du sahraoui, du tindi ou encore de l’andalou. À noter que son talent lui a valu plusieurs distinctions lors de festivals nationaux et internationaux.
Que ce soit sur scène, en studio ou à la télévision, Dounya El-Djazairia continue de faire rayonner le malouf, ce joyau du patrimoine algérien qu’elle porte au plus profond d’elle-même et qu’elle s’attache à préserver tout en le faisant vibrer au goût du jour.