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Nationale

Djillali Hadjad : «60 milliards de dollars détournés en 15 ans»

Djillali Hadjad :  «60 milliards de dollars détournés en 15 ans»

Sur une période de 15 années, près de 60 milliards de dollars ont été détournés. C’est ce qu’a révélé ce mardi le porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption, Djillali Hadjadj.

L’invité de la rédaction de la Chaîne III, Hadjadj Djillali, a indiqué que ces 20 dernières années le pays a consommé plus de 600 milliards de dollars en commande publique locale et à l’international. Sur une base de 5 à 10% de corruption, près de 60 milliards de dollars ont été détournés. Selon lui, « plus l’argent du pétrole entrait massivement dans les caisses de l’Etat plus la corruption, l’enrichissement illicite, le blanchiment d’argent, d’évasion fiscale prenaient des proportions inquiétantes ».

Tout en mettant en avant des estimations d’organismes internationaux, l’intervenant a relevé que sur la période des 15 dernières années, ce sont quelque 60 milliards de dollars qui ont été détournés, des chiffres auxquels il faut ajouter, dit-il, ceux concernant la fuite des capitaux, l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. Pour le porte-parole de l’Association, les phénomènes de détournement de l’argent public, d’évasion fiscale, de fuite des capitaux et de blanchiment d’argent avaient tendance à prendre des proportions « extrêmement inquiétantes », particulièrement au moment où les cours du brut étaient à leur plus haut niveau, avant de constater que cette incurie a commencé à baisser avec l’effondrement des prix du pétrole. « Ce n’était pas une mauvaise chose pour freiner cette corruption », a-t-il précisé. Qualifiant cette corruption de « tentaculaire », l’invité de la rédaction a souligné la propagation de ce fléau dans les régions les plus reculées du pays. « La corruption n’est pas propre aux dignitaires du régime, à l’oligarchie, aux personnalités politiques ou hauts fonctionnaires, elle est également présente dans les régions les plus reculées du pays, dans les wilayas, les communes », a-t-il précisé.

C’est dans ce sens qu’il dit qu’« il n’y a presque pas de marché public sans qu’il y ait des pots-de-vin et autres commissions ». Parmi les secteurs concernés, Hadjadj a mentionné les « affaires qui ont entaché Sonatrach, le projet de construction de l’autoroute Est-Ouest et d’autres à caractère régional ». Il a dans la foulée révélé que des dossiers se trouvent présentement « dans les tiroirs des services de police judiciaire et de l’ex-DRS ». Cependant, poursuit-il, si dans les prochains mois ou les prochaines années on s’inscrit dans des changements positifs, il ne sera pas très difficile de sortir ces dossiers et de les traiter conformément aux lois du pays. Citant, par ailleurs, l’indice de corruption de Transparency International, il note que les dix pays ayant le plus grand nombre d’échanges commerciaux et économiques avec l’Algérie ne figurent pas dans la liste de ceux perçus comme les moins corrompus. En outre, enchaîne l’invité de la rédaction, l’Algérie pourrait facilement obtenir la liste de ses ressortissants ayant ouvert des comptes bancaires dans des pays adhérant au Gafi, un organisme de lutte contre le blanchiment d’argent dépendant de l’OCDE, dans le « cas où elle le veut ».

Plus que cela, il note aussi que l’OCDE a mis en place une convention permettant l’échange automatique d’informations sur les comptes bancaires ouverts « même dans les paradis fiscaux », ratifiée, ajoute-t-il, par plus de 160 pays mais pas l’Algérie. Il explique que si cette dernière venait à ratifier cette convention, le gouvernement suisse, par exemple, serait obligé de lui fournir la liste des comptes ouverts par tous les ressortissants algériens, résidant dans le pays ou à l’étranger, pour y déposer l’argent tiré d’une évasion fiscale. Pour finir, Hadjadj a souligné que la lutte contre la corruption doit être menée dans un climat de sérénité et de transparence.

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