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Culture

Djamel Allam: “Un Banc public” en Algérie

Djamel Allam: “Un Banc public” en Algérie

Lors de la matinée de ce jeudi 25 octobre à la salle de la Cinémathèque de Béjaïa, les cinéphiles apprécieront le film court-métrage Banc public, réalisé en 2012 par le regretté Djamel Allam, dans le cadre de l’hommage qui lui est rendu dans sa ville natale, deux jours durant.

La première œuvre cinématographique du chanteur auteur et compositeur sera accueillie favorablement par la critique, après son avant-première en septembre 2012. Au-delà de sa nouvelle projection, inscrite au programme de l’hommage qui lui est rendu dans sa ville natale, Banc public interpelle, une fois de plus, sur la libre expression d’un nouveau courant du cinéma algérien, d’un artiste aux multiples facettes qui, avant de le réaliser a également fait de la comédie dans plusieurs films et laissé un nouveau scénario avant son décès, en septembre dernier. En présence de membres de l’équipe de tournage : le producteur Youcef Goucem, le cinéaste Saïd Mehdaoui-conseiller, l’artiste Arezki Larbi-assistant à la réalisation, le comédien et réalisateur Mohamed Yargui, le spectateur sera invité au déroulement d’une fiction sans paroles. Voilà un film muet qui comporte nombre de tableaux, comme dans le théâtre. Chaque séquence comprend une composition musicale choisie par Djamel Allam.

Les rythmes musicaux déterminent le jeu scénique de l’acteur, non pas le contraire. Les images défilent comme un diaporama avec humour – un humour typiquement algérien et même méditerranéen – et une autodérision inhérente aux personnages pour invoquer l’incompréhension, la crainte, sinon les plaintes affirmées dans la société. Assise sur un banc public vert, dos à la mer Méditerranée , une jeune femme symbolise la pureté. Vêtue d’une tenue moderne aux couleurs rouge et blanc, elle est sans cesse sollicitée, voire « draguée » par moult personnes. Elle ne réagit nullement, que ce soit envers le pêcheur, le rasta, l’arriviste ou même les deux femmes voilées. L’une en haik (voile blanc traditionnel), l’autre en djelbab (voile noir islamiste). Elle semble intéressée, une seule fois, aux notes musicales du guitariste, mais elle se retourne en lui donnant le dos. Chaque passant(e) ou promeneur sur la rive béjaouie la regarde et la provoque. De son côté, elle préserve une position d’inertie derrière ses lunettes de soleil. Elle ressent sûrement chaque numéro, une succession de personnages représentatifs de catégories sociales dans la société algérienne. Elle persiste à se fixer sur un point indéfini.

Alors que juste à côté, un jeune couple occupe un autre banc, montré délicatement par la caméra. La mise en scène n’est pas dépourvue d’intimisme comme dans le néoréalisme, de lyrisme comme dans la poésie de Djamel Allam, d’action soutenue à force de mime. Le spectateur est alors appelé à sa libre interprétation sur des situations au contenu burlesque, à inventer même le dialogue établi entre la principale personnage et ses différents protagonistes. Au final, la bonne femme au visage rayonnant, mais sans sourire, s’apprête à quitter le lieu. Elle ne le fera pas sans se munir de sa canne de personne non-voyante. Une canne blanche si longue qu’elle donne l’impression de rechercher, non sans grandes difficultés, son chemin, son avenir. Celui d’une Algérie incarnée par cette femme qui ignore ses interlocuteurs, qui les entend mais en leur faisant la sourde oreille.

Banc public de Djamel Allam Court métrage, Algérie, 25 minutes, 2012.Fiction de Gofilm Production.Avec Nora Khadir, Fawzi Saichi, Boualem Bouzouzou, Rachid Da Ali, Sadi Ali Boubguira, Juba Sid, Boudjemaa Zenouche, Nadir Allam, Nadia Meheni, Mohamed Yargui, Rabah Meridja, Arezki Oulhadj, Amel Hamdanene.

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