Diplomatie religieuse : L’arme d’Alger contre le terrorisme au Sahel
Face à l’extrémisme qui fragilise le Sahel, l’Algérie brandit sa diplomatie religieuse comme bouclier. Lors du colloque international « La diplomatie religieuse dans le Sahel africain : potentialités et enjeux », réunis à Alger, experts, religieux et universitaires ont planché sur le dialogue, la modération et l’islam de juste milieu, véritables leviers pour contenir la radicalisation et restaurer la paix et la stabilité dans la région.
Le conseiller du président de la République chargé des Affaires religieuses, des zaouïas et des écoles coraniques, Mohamed Hassouni, a affirmé que « la diplomatie religieuse n’est pas un simple concept théorique mais une réalité concrète et un enjeu stratégique majeur pour faire face à l’extrémisme violent dans la région du Sahel africain », et ce lors de son allocution prononcée lors de la cérémonie d’ouverture de cette rencontre, organisée par la Ligue des oulémas, prédicateurs et imams des pays du Sahel, en collaboration avec le Haut Conseil islamique (HCI).
Hassouni a également soutenu que l’Algérie, grâce à son héritage spirituel, à son ancrage soufi et à son expérience historique en matière de gestion du fait religieux, dispose d’atouts considérables lui permettant de « conduire une initiative réformatrice à dimension humaine » et de « jeter les bases d’un dialogue durable fondé sur la paix, la coexistence et le respect mutuel entre les peuples africains ».
Mettant en avant la profondeur historique de cette approche, il a rappelé le rôle éminent de Sidi Mohamed Ben Abdelkrim El Maghili, qu’il a qualifié de « référence réformatrice majeure en Afrique ». Il a précisé que ce savant et réformateur du XVe siècle a incarné « un modèle de gouvernance éclairée dans le Sahel africain, fondé sur la justice, la concertation et l’éthique », contribuant ainsi à la stabilité politique et à la construction des Etats dans la région. Une vision qui, a-t-il estimé, demeure aujourd’hui d’une grande actualité et peut servir de socle moral pour contrer les discours de haine, prévenir les dérives idéologiques et instaurer un véritable système de défense contre le terrorisme.
De son côté, le président du HCI, Mabrouk Zaid El Kheir, a dressé un constat préoccupant de la situation qui prévaut dans plusieurs pays africains, évoquant la montée du terrorisme à caractère idéologique, l’infiltration de courants doctrinaux extrémistes et la persistance des conflits armés. Il a estimé que ces phénomènes constituent « une menace directe pour la sécurité et la stabilité de l’Afrique, mais également pour la paix mondiale », appelant à « renforcer la coopération entre les Etats africains et à activer une diplomatie sage, responsable et proactive au service de la sécurité collective ».
Pour sa part, Lakhmissi Bezzaz, secrétaire général de la Ligue des oulémas, prêcheurs et imams du Sahel, a mis en exergue l’importance de cette rencontre scientifique internationale, notamment dans un contexte marqué par « une recrudescence alarmante du phénomène terroriste et une instabilité persistante dans la région du Sahel ». Il a souligné que « face à l’impasse politique et sécuritaire que connaît la région, la diplomatie religieuse s’impose comme une alternative crédible et complémentaire aux approches classiques », mettant en avant l’expérience algérienne qu’il a qualifiée de « pionnière et exemplaire, aussi bien au niveau régional qu’international ».
Il a ainsi précisé que l’approche algérienne se distingue par son caractère global et intégré, en ce sens qu’elle « ne s’est pas limitée à l’identification des causes du phénomène extrémiste, mais l’a abordé sous différents angles, incluant les dimensions religieuse, éducative, sociale et développementale ». Il a souligné que cette approche mérite d’être partagée et adaptée aux réalités spécifiques des pays du Sahel.
Les participants ont souligné que la diplomatie religieuse est un outil complémentaire à la diplomatie officielle, contribuant à la prévention des conflits, à la médiation sociale et à la reconstruction des communautés dans des régions fragilisées. Le rôle stratégique du HCI a également été mis en avant pour moderniser l’enseignement religieux et promouvoir un islam de juste milieu. Dans cette optique, l’expérience des écoles coraniques et zaouïas a été saluée comme modèle pour le Sahel, contre l’extrémisme et pour la préservation de l’identité africaine.
Les recommandations ont également proposé la formation des imams et prédicateurs sahéliens, la création de filières universitaires en diplomatie religieuse, l’élaboration d’une charte éthique de l’information religieuse ainsi que la mise en place d’observatoires nationaux et régionaux pour coordonner leaders spirituels et décideurs politiques. En outre, le rôle des confréries soufies et figures religieuses respectées a été souligné comme vecteur de soft power et de réconciliation, avec un accent sur la maîtrise des outils numériques pour toucher les jeunes et diffuser des messages de paix et de tolérance.