Nationale

Diplomatie algérienne en Afrique : La conscientisation comme priorité stratégique

Un nouveau départ.

La visite à Alger du président nigérien, Abdourahamane Tiani, marque un tournant important dans le réchauffement des relations entre l’Algérie et le Niger, dans une convergence stratégique entre deux pays liés par l’histoire, la géographie et des défis communs. C’est ce qu’a indiqué, ce dimanche, Abdelaziz Medjahed, directeur général de l’Institut national d’études stratégiques globales (INESG).

M. Medjahed a affirmé que cette dynamique constitue « un gain pour toute l’Afrique » et revêt « une portée continentale », soulignant que « cela conforte la voie et les choix de l’Algérie », et s’inscrit dans une continuité historique profonde. « La profondeur de notre vision remonte à Massinissa, qui avait lancé il y a 22 siècles le principe de l’Afrique aux Africains », a-t-il rappelé lors de son intervention sur les ondes de la Radio nationale, soulignant que cette idée « reste d’actualité ».

Commentant la décision prise jeudi dernier par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, concernant le retour à Niamey, au Niger, de l’ambassadeur d’Algérie, il a expliqué que « le message de paix a toujours été la préoccupation principale de l’Algérie ».

Pour M. Medjahed, l’engagement africain de l’Algérie n’est ni conjoncturel ni opportuniste. Il a assuré que « l’Afrique est en nous, l’Afrique nous habite et nous habitons l’Afrique ». Il a indiqué que de grandes figures des luttes de libération, à l’image d’Amílcar Cabral, qui qualifiait Alger de « Mecque des révolutionnaires », ou encore Nelson Mandela, qui avait reconnu le rôle central de l’Algérie dans l’émancipation du continent.

Evoquant également Kwame Nkrumah et la genèse du projet panafricain, M. Medjahed a soutenu que l’Algérie a toujours été « parmi les pionniers de la construction africaine », notamment lors de la création de l’Organisation de l’unité africaine en 1963, devenue l’Union africaine. Il a ajouté que l’engagement africain de l’Algérie relève d’une dimension identitaire, déclarant que «, c’est ancré en nous. La générosité fait partie de notre ADN ». Il a soutenu que par sa position géographique, sa vision et ses aspirations, l’Algérie assume pleinement ses obligations et devoirs envers ses voisins et envers les autres pays du continent.

Afin d’étayer son propos, le dg de l’INESG a cité des exemples concrets de mégaprojets achevés ou en cours d’achèvement, à l’instar de la route transsaharienne, qui doit relier Alger à Lagos, au Nigeria, la route Tindouf-Zouérate en Mauritanie, la dorsale transsaharienne à fibre optique, ou encore les zones de libre-échange, comme celle d’El-Mouggar à Tindouf, ou l’Assihar à Tamanrasset.

Il a cité également la création de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement (AICA), dotée d’un fonds d’un milliard de dollars pour le financement des projets de développement, afin de consolider la gouvernance dans les pays africains.

Les projets d’infrastructures transsahariens, les initiatives économiques et le soutien aux pays africains traduisent, selon lui, « une mission historique », l’objectif étant de renforcer l’intégration africaine et de consolider une gouvernance continentale capable de faire face aux défis contemporains.

Le Sahel, cœur des enjeux stratégiques

Il a toutefois relevé qu’aujourd’hui, cette vision se heurte à une réalité géopolitique complexe. Le Sahel est devenu « un espace de fixation stratégique », théâtre d’interventions multiples, de rivalités d’influence et de crises sécuritaires persistantes. La région, carrefour entre la Méditerranée, l’Atlantique et la mer Rouge, représente, en effet, un enjeu économique et militaire de premier plan.

Selon M. Medjahed, « la nature a horreur du vide ». Si les Etats africains n’occupent pas pleinement cet espace, d’autres acteurs s’y engouffrent. D’où l’insistance algérienne sur « des solutions africaines aux problèmes africains », loin des logiques d’ingérence qui fragmentent davantage les équilibres régionaux. Il a ainsi souligné que « la stabilisation du Niger, du Mali, du Burkina Faso ou du Tchad ne peut être dissociée d’une approche globale », soutenant que « la sécurité, le développement et la souveraineté sont indissociables ».

Sur le plan sécuritaire, M. Medjahed a comparé la lutte contre le terrorisme à un traitement médical, soutenant que l’« on ne peut trouver le bon traitement qu’après un bon diagnostic ». Il a assuré que le terrorisme ne peut être combattu uniquement par des moyens sécuritaires, affirmant qu’« il faut aller à la source du mal, agir sur les causes sociales et économiques », telles que la pauvreté, la marginalisation et l’absence de perspectives pour la jeunesse. La prévention, l’éducation et la consolidation de la gouvernance sont perçues comme des vaccins durables contre l’extrémisme. M. Medjahed a toutefois mis en avant un élément capital : « La priorité des priorités, c’est la conscientisation. » Il a expliqué que « quand on sait, qu’on prend conscience, on peut se prémunir ».

Par ailleurs, abordant la 39e session ordinaire du Sommet de l’Union africaine, il a salué le plaidoyer du président Tebboune pour le renforcement des organes politiques continentaux et pour une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies. Sur ce point, M. Medjahed a parlé d’« injustice manifeste ». « Comment cinq pays peuvent-ils représenter l’ensemble de l’humanité alors qu’un continent entier est absent parmi les membres permanents ? Il y a un déséquilibre », a-t-il dénoncé, rappelant que l’Algérie réclame « un ordre international plus juste » depuis les années 1970.

En guise de conclusion, l’expert en géostratégie a résumé sa vision en une formule : « La conscientisation de tous. » Une conscientisation des peuples et des élites, condition indispensable pour que l’Afrique s’impose comme acteur majeur d’un monde en pleine recomposition.