-- -- -- / -- -- --


Nationale

Dialyse : L’urgence d’un passage à la haute perméabilité

Dialyse : L’urgence d’un passage à la haute perméabilité
Une avancée qui peut changer la donne. 

En Algérie, des milliers de patients vivent au rythme des séances de dialyse, un traitement vital mais souvent éprouvant. Fatigue chronique, démangeaisons, complications… le quotidien des insuffisants rénaux reste particulièrement lourd.

Aujourd’hui, une avancée médicale pourrait changer la donne : la dialyse à haute perméabilité. Des néphrologues ont appelé à l’introduction de cette technique dans les centres d’hémodialyse privés, à l’issue d’une journée d’étude organisée jeudi à Alger par l’Association nationale des propriétaires de cliniques d’hémodialyse (ANPCH). Encore peu répandue dans le pays, la technique de haute perméabilité s’impose désormais comme une priorité. C’est ce qu’ont affirmé les spécialistes réunis par l’ANPCH, tous mobilisés pour transformer le quotidien des patients et leur offrir de meilleurs soins.

Pour le président de l’association, Othmani Hassan, il est temps de franchir le cap. « Nous devons passer de la dialyse à basse perméabilité à la dialyse à haute perméabilité et encourager sa généralisation à l’échelle nationale, en particulier dans les cliniques privées. En plus des aspects techniques, c’est bien la qualité de vie des patients qui est en jeu », a-t-il ajouté.

La dialyse à haute perméabilité repose sur l’utilisation de membranes plus avancées, capables d’assurer une épuration sanguine plus complète. Contrairement aux techniques classiques, limitées à l’élimination des petites molécules, cette approche permet également de filtrer les molécules de taille moyenne, responsables de nombreuses complications.

Intervenant lors de la rencontre, le Dr Alaa Eddine Lasfar, néphrologue, a expliqué qu’aujourd’hui, de nombreux patients souffrent de fatigue persistante, de démangeaisons ou de complications cardiovasculaires. « Cela est en partie dû à l’accumulation de toxines que les techniques classiques n’éliminent pas totalement. Avec cette nouvelle approche, il ne s’agit plus seulement de survivre, mais de mieux vivre avec la maladie », a-t-il précisé.

Le Dr Lasfar a rappelé que ces progrès reposent sur l’amélioration des membranes de dialyse, désormais plus biocompatibles, réduisant les réactions inflammatoires et les risques associés. « La haute perméabilité permet d’agir sur des toxines qui n’étaient pas éliminées auparavant, ce qui représente un gain réel pour la survie et la qualité de vie des patients », a-t-il précisé.

 

Imiter le fonctionnement naturel du rein

Au-delà de la performance technique, l’objectif est de se rapprocher du fonctionnement du rein humain, qui assure une filtration continue et complète. La dialyse repose sur deux mécanismes principaux, à savoir la diffusion pour les petites molécules et la convection pour éliminer les molécules plus volumineuses. « C’est justement cette convection, renforcée dans la haute perméabilité, qui permet de franchir un cap dans la qualité de l’épuration », a expliqué le Dr Lasfar.

Si cette technique est utilisée depuis plusieurs décennies dans de nombreux pays, l’Algérie accuse encore un certain retard. « Nous pouvons et devons évoluer vers ces standards internationaux », a estimé Othmani Hassan, soulignant que cette transition ne nécessite pas forcément des investissements lourds.

Le Dr Lasfar a ajouté que « les équipements existants sont compatibles. Il suffit d’optimiser certains paramètres, notamment la qualité de l’eau et l’ajout d’ultrafiltres, pour répondre aux exigences de cette technique. Des études menées dans plusieurs centres algériens confirment la faisabilité et l’efficacité de cette approche, avec une amélioration significative de l’élimination des toxines et une bonne tolérance chez les patients ».

En Algérie, la problématique prend une dimension particulière, car les patients dialysés sont souvent plus jeunes que dans d’autres pays. « Nous avons des patients encore actifs, parfois en pleine vie professionnelle. Il est essentiel de limiter les complications pour préserver leur autonomie », a souligné le Dr Lasfar.

Si la haute perméabilité représente une avancée prometteuse, sa généralisation reste confrontée à des défis, notamment financiers. Dans le secteur public, les coûts sont pris en charge par l’État, mais dans le privé, les cliniques doivent s’autofinancer. « Il est nécessaire de revoir les tarifs et d’engager un dialogue entre tous les acteurs pour rendre cette technique accessible », a relevé Othmani Hassan.

Pourtant, les spécialistes se veulent rassurants, estimant qu’améliorer la qualité de la dialyse permettrait à terme de réduire les complications et donc les dépenses de santé. « Nous avons réussi à rendre la dialyse accessible au plus grand nombre. Aujourd’hui, le défi est d’en améliorer la qualité », a résumé le Dr Lasfar.

La dialyse à haute perméabilité incarne ainsi un véritable espoir pour les patients algériens. Mais pour qu’elle devienne une réalité accessible à tous, un effort collectif reste nécessaire. « Entre avancées médicales et contraintes économiques, une chose est sûre : derrière les chiffres et les techniques, c’est la dignité et la qualité de vie des patients qui sont au cœur des enjeux », a conclu le Dr Lasfar.

 

Pourquoi la dialyse classique montre ses limites

Intervenant lors de la journée d’étude organisée par l’ANPCH, le Dr Mohamed Benghanem, néphrologue, a défini cette technique comme l’utilisation de membranes de nouvelle génération, bien plus performantes que les filtres conventionnels. Il explique que l’insuffisance rénale chronique entraîne une accumulation de déchets issus du métabolisme, que les reins ne parviennent plus à éliminer naturellement, rendant nécessaire le recours à des techniques de substitution.

Si la méthode classique à « basse perméabilité », précise-t-il, se limite à l’extraction des petites molécules comme l’urée, ce procédé innovant élargit considérablement le spectre de l’épuration sanguine. En s’appuyant sur des fibres aux pores plus larges et plus sélectifs, il permet de filtrer les molécules de taille moyenne, souvent responsables de complications inflammatoires et de douleurs chroniques chez le patient.

Le spécialiste ajoute que cette approche repose sur une mécanique de filtration plus sophistiquée que le simple échange passif. Alors que la dialyse standard utilise principalement la diffusion, la haute perméabilité intègre le principe de convection : le sang est poussé sous pression à travers la membrane, entraînant mécaniquement les toxines les plus volumineuses vers l’extérieur. Selon lui, ce double mécanisme imite de façon beaucoup plus fidèle le travail naturel du rein humain, qui assure normalement une filtration globale et continue.

Enfin, le Dr Benghanem souligne que cette avancée se traduit par des bénéfices cliniques immédiats pour le quotidien des patients. Une meilleure élimination des toxines favorise une réduction de la fatigue post-séance, une diminution des démangeaisons et, surtout, une protection accrue du système cardiovasculaire. Il affirme que cette technique ne vise pas seulement à maintenir le patient en vie, mais ambitionne de lui offrir une existence plus digne et plus active.



Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email