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Op-Ed

Dialogue politique saison 2

Un dialogue politique Saison 2 vient de s’ouvrir au lendemain des élections présidentielles du 12/12/2019.

Nouvelle terminologie politique aux accents sincères, faisant la part belle aux paroles d’apaisement ; des appels à l’unité et des invitations tous azimuts à la concertation, des entretiens avec des sages et des compétences au dessus de tout éloge, des clins d’œil aux influenceurs politiques, des commissions de réflexion et de conseil, un ample élargissement de détenus d’opinion….

De prime abord, la boite à outils de la mise en œuvre de la politique de la main tendue du nouveau président a de quoi séduire jusque là.
Sauf que c’est de recouvrement de la stabilité politique et de la stabilité sociale qui en dépend, qu’il est question.
Au vu du désastreux état des lieux, le challenge est de taille. Le précédent dialogue relevait de bonnes intentions, mais mal engagé puis compromis par d’incompréhensibles volte-face, il finit en queue de poisson.
Après l’étape aboutie des présidentielles, on reprend en main la problématique. On ne le sait que trop ; même ouaté, le synopsis de cette double décennie reste assez sombre. En arrière fonds, la région nord africaine frémit de plus en plus et menace de devenir un espace belligène.

Près de 20 ans d’un sommeil léthargique et comateux. De gravement ralenti, le temps s’est retiré des veines d’un corps social broyé par l’étau d’une constitution absolutiste, miné par le grignotage sans relâche de ses droits les plus élémentaires et lourdement chloroformé par une intensive propagande d’abêtissement et d’atomisation.

Pratiquant un mode de gouvernance à la corsaire, les alternatifs chefs bis repetita du diwan de son excellentissime pâturèrent lascivement dans la providentielle manne pétrolière dont ils dédaignèrent une portion congrue au maintien de la paix sociale, sous la forme de subventions à l’aveugle. Sans surprise, ces dernières finissaient dans l’escarcelle des quelques centaines de champions de l’import-export ; modèles aboutis d’un partenariat fusionnel entre gens de pouvoir influents et hommes de réseaux affairistes aux connexions transfrontalières.
En franchise de tous droits et taxes, ces arrivistes se constituèrent dans des zones suburbaines, de volumineux entrepôts sans la moindre signalisation et sous vidéo surveillance dont ils protégeaient de façon dissuasive, les secrets au moyen de murailles de béton armé hérissées de barbelés.
Coudées franches, passe droits, faits accomplis et voies de fait sous la bienveillante connivence, à tous les niveaux de la hiérarchie administrative et judiciaire, de nombreux bureaucrates sans âme, accommodants, dociles, peu ou prou gourmands en dessous de table et autres gueltes.

Exit la souveraine autorité monétaire !
Longtemps toléré alors qu’il était marginal, l’informel pointe actuellement à 50% du PIB. Même les gros patrons de l’industrie du montage des kits made in china, y ont leurs bases arrière. Nécessité oblige, le formel a appris à se ressourcer dans l’espace vaporeux de l’informel. 
Consécutivement à la chute drastique de la valeur et des volumes des exportations de l’or noir, l’offre de devises au guichet officiel se contracte, alors que sa parité au dinar rejoint celle que détermine le marché parallèle de cotation des devises. Exit la souveraine autorité monétaire !
Un coup brutal aux minces équilibres assurés par les milieux trabendistes qui avaient recyclé à peu de frais, il est vrai, quelques milliers de chômeurs dont des titulaires de papiers diplômes.
La population en âge de travailler et qui demeure inoccupée ne cesse de grossir, les moyens financiers autrefois surabondants pour une politique de l’emploi ont pris une destination inconnue.
On survit comme on peut depuis la régression des acquis sociaux sous les coups de boutoir des fumeuses tripartites économiques et sociales.
Haro sur les restes du tissu industriel étatique, et appuis douteux aux têtes de gondoles d’un secteur privé sous emprise.
Les retraités auxquels s’accrochent leurs enfants à la majorité largement révolue et sans ressources propres, sont guettés par la mort sociale.
Le prochain projet de reforme sur les retraites, même lissé aura l’effet d’un cataclysme social.
Sous les pulsions narcissiques d’un mégalomaniaque rempilant, les maigres restes d’une opposition pourtant de la première heure, sont liquidés. On a pourtant tenté de les réhabiliter, quoique à minima à l’occasion d’un éphémère programme de réformes post 1992, qui in fine, accoucha d’un multipartisme d’Etat. Toute la sphère politique largement déconsidérée se prend à présent l’intégrale du rejet populaire.


Un challenge de taille

Le pouvoir est désormais seul non plus dans une tour d’ivoire aseptisée, mais dans la tourmente face à la montée de l’éveil social qui promet de s’inscrire dans l’opiniâtreté et dans la durée.
En effet, les enjeux qui pointent sont trop importants pour être abordés avec ces reflexes d’épicier qui au mieux ne servent qu’à rafistoler dans le statut quo, ce que signifie bien ce slogan ô combien révélateur de la logique autiste du système : « le changement dans la continuité » 
L’oxymore dans ce slogan et d’autres encore, font partie d’une stylistique démagogique destinée à la consommation. On assenait alors, qu’il est trop tôt voire trop dangereux, pour ouvrir le champ politique ; les attentes sociales étant apaisées grâce à la rente comme tout le reste d’ailleurs.

Nombrilisme triomphaliste
Les circuits politiques qui furent, plus tard, montés de toutes pièces (assemblées, partis, presse), ont davantage contribuer à plomber le peu de confiance dans la parole publique, qu’à l’entretenir.
Enfermés dans un nombrilisme triomphaliste, on n’a pas vu s’ouvrir toutes ces plates formes et tous ces réseaux sociaux, des espaces illimités propices à l’expression politique débridée.
Et, un certain 22 février, jaillit, un peuple policé dans un sursaut énergique contre la rhétorique rétrograde du système. Le pacifisme lui assurait un sympathique accueil dans le monde entier précisément parce qu’ont été égrenés et réitérés, des appels de non violence. Inespéré, s’agissant d’un peuple qui passait pour être viscéralement violent et indiscipliné.
L’incantation pacifiste est nécessairement désarmante. Elle permit fort heureusement de crever l’ectoplasme, sans effusion de sang, coupant court ainsi, à l’habituelle antienne afflictive ou condamnatoire des voix autoproclamées de la communauté internationale. Une solidarité de la dénonciation de circonstance qui n’a jamais réussi à faire taire les armes dans des zones enlisées dans des guerres par procuration.

Les marches qui investissent le mardi et le vendredi de chaque semaine avec une régularité quasi religieuse et avec l’amplitude des marées folles, croissent toujours aux vibratos des manifestants, comme autant de processions dédiées au culte de la déesse Libertas.


Un mouvement para-idéologique

Obstinément horizontal, grouillant d’indistincts anonymes placides, le mouvement des marcheurs se fait structure tactique ponctuellement pour répliquer instantanément aux initiatives d’apaisement ou de provocation qui lui sont adressés directement ou via des émissaires officieux « missionnés » auprès de certains plateaux de télévision.

Un mouvement synthétique et homogène
Les incessantes tentatives de division et de récupération se sont heurtées à un mouvement synthétique et homogène car trans-partisan, transculturel et para-idéologique. Ce mouvement qui échappe aux politiciens fait encore unanimité parce qu’il réussit à faire Nation face à un Etat qui s’échoue dans la « continuité » jusqu’au délitement.
Longtemps qualifiée avec condescendance comme une société anomique, le réveil singulier de cette dernière, surprend agréablement mais il nous questionne sur ces lendemains dans une conjoncture internationale incertaine.
Il ne s’agit pas du réveil d’une belle au bois dormant ressuscitée dans toute sa fraîcheur, après avoir craché la pomme psychédélique.
Les chiffres du hold-up institutionnel sont astronomiques et le gouffre financier tel un trou noir menace également le sommeil de la prochaine génération.
En effet, le gâchis des subsides de la nation s’étale grandeur nature aux yeux à peine décillés d’une population trompée et méprisée, qui ne dispose plus que du recours aux marches pour désavouer l’ensemble de l’establishment.
De plus, aucun parti politique de ceux qui ont occupé ou occupent encore les sièges de l’assemblée, ne possède une véritable assise populaire, une activité politique pérenne, des structures et des ressources partisanes autonomes, une identité politique claire ou une quelconque pratique partisane mémorable.
L’ère bouteflikienne a fait table rase de la politique et a sclérosé toutes les institutions ; n’en a échappé fort heureusement que l’institution militaire qui veille à la préservation de l’intégrité du territoire et à la paix interne.
On l’aura compris intuitivement ici et là. Tel le tonneau des danaïdes, la « politique calamiteuse des 20 dernières années » continuera de dérouler de progressifs effets néfastes y compris au cours des années à venir.
C’est donc par rapport à la complexité du contexte politique et économique actuels que la présidentielle s’est imposée comme la solution la moins risquée et la plus réaliste pour le salut du pays. Argument massue invoqué par ceux qui ont aussi fait part de leurs appréhensions des dérapages démagogiques et populistes, des excès de la rue haranguée et de la manipulation trompeuse de l’opinion publique si le chapitre de la transition politique venait à s’ouvrir.

La solution qui a prévalu avec la tenue du scrutin présidentiel du 12 décembre 2019, prônerait un nouveau paradigme politique que permettraient des réformes institutionnelles ainsi que le toilettage des institutions en vue de les mettre à niveau, les compléter ou les remplacer. Il reposerait aussi sur le nécessaire amendement de la constitution en vue d’en élaguer les dispositions qui ont vidé de leur substance l’ensemble des contre pouvoirs qui ont échu entre les mains d’un homme susceptible de tomber sous l’emprise d’un pouvoir démesuré.
Le réalisme dont on aurait fait preuve a conduit à la solution des présidentielles tenues à la date prescrite alors que le Hirak maintenait sa pression.

Tropisme présidentiel
Tenues, alors même que les partisans du processus constituant, dénoncent ce qu’ils appellent le tropisme présidentiel.
On ignore par ailleurs, quels étaient les ressorts du refus de donner suite aux mesures d’apaisement évoquées alors, par le bref panel du dialogue. On considère que ce refus n’avait pas pour effet de faciliter la tâche des candidats à la magistrature suprême ; tous fustigés alors qu’ils tentaient de battre campagne pour convaincre un électorat assez rétif. Le scrutin du 12 décembre 2019 s’est tenu avec la participation de seulement 39.93% des électeurs inscrits (ce qui représente moins de 10 millions d’algériens.).
Pour ne pas présenter le verre à moitié vide, on évitera de parler d’un niveau record d’abstention.
La positive attitude voudrait que l’on communique au sujet d’un taux de participation jugé acceptable par l’ANIE.
Si cette appréciation est recevable sur le plan technique justifiant son quitus à l’ANIE, l’est-elle autant sur le plan politique ?
Certes, dans un contexte illisible et brouillon, nul ne tablait sur un raz de marée d’adhésion à cette élection. Résultat, la légitimité électorale du nouveau chef de l’Etat s’en est trouvée réduite.
Mais pour la première fois, on n’a pas fait état d’une opération flagrante de bourrage des urnes. Un parfum de liberté dans les urnes ?
Sans machine politique à son service ou à sa rescousse, du moins de façon visible, l’actuel chef suprême de l’Etat a sûrement profité de l’esprit de corps d’une bonne partie de la fonction publique, une corporation connue pour faire dans le conservatisme.
Comme il a pu engranger sur un bras de fer médiatisé qui l’a opposé, en 2017, à ce qu’on désigne sans détour, par la maffia politico financière.
Les apports en voix seraient provenus aussi de ces quelques petites villes et bourgades du sud du pays qui ont fait leur choix par régionalisme.
Mais l’Algérie plurielle, foultitude et compacte se meut dans le Nord du pays et c’est là que l’on mesure le pouls du pays.
Conscient de la massive abstention-rejet, le Président de la république se saisit de la thématique du dialogue que ne pouvait porter politiquement avant lui, les « épaules étroites » d’un intérimaire, fut-il, un haut fonctionnaire chevronné.
Il s’investit personnellement dans une habile offensive de charme ciblée en prenant solennellement langue avec des personnalités respectées du Hirak qui ne se sont jamais opposés du moins radicalement à la solution des présidentielles.
Les consultations qu’il entreprend ratissent large, puisant au besoin opportunément dans les équipes de certains de ses challengers aux dernières élections. On remarquera, le recrutement inhabituel d’une élite intellectuelle sans attache avec la défunte alliance présidentielle et même de quelques électrons politiques, désormais assignés au charbon .
La politique dite de la main tendue, lui permet outre de rompre avec les méthodes cruellement « vengeresses » de son prédécesseur, de circonscrire le front dur du Hirak .
On aurait pu s’attendre à la mise en place, prioritairement d’un gouvernement de missions d’urgence, ce qu’on désigne par gouvernement de technocrates.
Il se trouve que n’importe quel programme de redressement économique afin de réparer les grands équilibres, comportera sa dose de mesures socialement dures et donc impopulaires.
En effet, le faible niveau de l’économie du pays et l’étroitesse de la marge de manœuvre du boutiquier aux finances publiques ne permettraient point de passer à la hussarde.
L’offre de partenariats politiques semble viser la recherche de tous les soutiens possibles pour faire démarrer les processus de reforme politique et économique avant que ne démarre le compte à rebours.
 
Mais, pourra-t-on se passer des onguents du populisme et risquer en prime, la déferlante de l’internationale terroriste qui vient de happer la Libye à notre frontière Est, alors que nos frontières sud ouest donnent sur des zones ouvertes aux conflits internes, au terrorisme et à l’intervention militaire des puissants qui entendent, y camper le temps qu’il faut pour redessiner à leur avantage, les cartes géopolitiques du continent, évidemment sans les africains.

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