Exode massif de médecins algériens à l’étranger : l'interminable hémorragie – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Exode massif de médecins algériens à l’étranger : l’interminable hémorragie

Exode massif de médecins algériens à l’étranger : l’interminable hémorragie

Le départ massif des médecins algériens à l’étranger suscite l’inquiétude des professionnels de la santé et de l’opinion publique. Le qualifiant d’une véritable « hémorragie », le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président de l’Ordre national des médecins, a mis en garde contre l’ampleur de ce « phénomène ».

S’exprimant dans plusieurs médias nationaux, le Dr Mohamed Bekkat Berkani a tiré la sonnette d’alarme sur le départ massif des médecins algériens à l’étranger, lançant un appel aux pouvoirs publics pour leur offrir des solutions socioprofessionnelles évolutives dans le temps, leur permettant ainsi de les garder au pays et, par conséquent, prévenir cette « hémorragie ».

Il a indiqué qu’« au niveau de leur structure, ils ont été sollicités pour des documents requis à nos médecins par les institutions étrangères », ajoutant que « dans la seule région d’Alger, il y a eu une trentaine de demandes de départ par semaine ».

Le Dr Bekkat a fait savoir que les médecins algériens reçoivent une formation solide de qualité, selon les standards et les normes internationaux, précisant qu’il faut uniquement améliorer leurs conditions socioprofessionnelles car, selon lui, « c’est dommage de former des cadres pour les autres ».

Selon le même spécialiste, les principales destinations des médecins algériens sont la France, les Etats-Unis, l’Allemagne et le Qatar, et récemment la Grande-Bretagne et le Canada, ajoutant que le nombre de demandes déposées par les médecins spécialistes désirant quitter le pays augmente chaque année, dont 80 % des praticiens se dirigent vers la France.

Amina, médecin spécialiste en psychiatrie, a déclaré au Jeune Indépendant que les médecins algériens ont préféré quitter l’Algérie pour aller travailler à l’étranger, en l’occurrence en France, parce que les conditions de travail y sont meilleures. « Moi-même je voulais partir, hélas, je n’ai pas pu parce que les médecins qui exercent dans le privé étaient appelés à passer un concours qui n’était pas accessible ».

Selon la spécialiste, ceux qui ont pris cette décision ont pensé à l’avenir de leurs enfants. « Il y a même des médecins qui sont partis pour être aux côtés de leurs enfants », a-t-elle expliqué.

Elle a ajouté que les professeurs rencontrent des difficultés d’ordre administratif dans la gestion et l’organisation de leurs services dans les hôpitaux. Concernant la rémunération, elle a indiqué : « Un psychiatre à l’étranger touche 5 000 euros. »

 Faut-il revoir le statut social des médecins ?

Joint par le Jeune Indépendant, le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), a déclaré que « le phénomène de la fuite des compétences n’est pas nouveau ; il date des années 1990 mais s’accentue d’année en année et finit par vider le secteur public de ses ressources ». « Nos médecins travaillent dans des conditions déplorables. Ils sont privés de beaucoup d’avantages dont les quotas de logements et les crédits de voitures. Le statut social des médecins algériens a changé dans le mauvais sens. Aussi, lorsqu’une occasion se présente pour ces derniers, ils ne peuvent pas la rater », a-t-il souligné. 

Selon le Dr Merabet, plusieurs raisons sont à l’origine de cet exode. Tout d’abord, le manque de postes pour les jeunes médecins vu la présence des médecins qui ont atteint l’âge de la retraite ; ensuite, il y a les incitations, plus intéressantes, des pays d’accueil.

Le président du SNPSP a précisé que si la France a toujours été la destination numéro un pour les médecins candidats à l’immigration, des étudiants en médecine sont déjà en train de préparer leur départ en Allemagne en suivant des cours d’allemand et même de turc, ajoutant que chaque année, entre 3 500 et 4 000 étudiants de 4e ou 5e année de médecine se préparent à quitter le pays. 

Il a fait savoir que 1 200 médecins de différentes spécialités ont été retenus l’année dernière pour aller exercer dans des hôpitaux en France après leur réussite aux épreuves de vérification des connaissances (EVC). L’annonce de ce nombre de médecins algériens a créé une polémique. C’était un véritable coup de massue. Au moment où plusieurs régions doivent faire face à un déficit patent en matière d’infrastructures et de médecins, et où l’Algérie subit de plein fouet l’épidémie de Covid-19, 1 200 médecins, de différentes spécialités, s’apprêteraient à quitter le pays après y avoir été formés, et ce pour aller exercer en France. 

S’agissant des conséquences de cet exode massif des médecins, le Dr Merabet a estimé que la situation a engendré une dégradation sur le circuit et la qualité de la prise en charge, insistant sur l’urgence de faire face à cette hémorragie. Il a proposé la revalorisation du statut social et matériel des médecins en Algérie, en leur offrant tous les avantages dont jouissent les autres secteurs, notamment les quotas de logements, les crédits de véhicules. « Le médecin doit avoir un mode de vie digne », a-t-il conclu.

Pour rappel, cet exode de médecins algériens avait fait réagir les professionnels, qui avaient affirmé que le phénomène ne concerne pas uniquement l’Algérie, citant l’exemple de l’Egypte et de l’Inde, qui voient aussi leurs médecins et ingénieurs partir vers l’étranger. Ils avaient proposé de recourir à la réforme du système de santé. 

La France première destination pour les médecins algériens 

La France a toujours connu une pénurie en matière de médecins, laquelle s’est accentuée depuis la crise de la Covid-19. Depuis 2009, la France a mis en place un examen qui permet de régulariser ces médecins précaires et même de recruter à l’étranger. Les épreuves de vérification des connaissances (EVC) s’adressent aux praticiens des professions de médecin, chirurgien-dentiste, sage-femme et pharmacien titulaires d’un diplôme obtenu en dehors de l’Union européenne et permettant l’exercice de leur profession dans le pays d’obtention. 

En raison de la pandémie de la Covid-19, il n’y a pas eu d’examen en 2020. Celui de 2021 a attiré 12 062 candidats de plusieurs nationalités. Après examen des dossiers, 8 884 candidats ont été retenus mais seulement 4 404 ont pu se présenter. Les absents n’ont probablement pas eu de visa. Ceux recalés peuvent se présenter encore trois fois. Les 1 688 admis de 2021, des quadragénaires en majorité, auront d’abord le statut de « praticiens associés ».

L’Algérie n’est pas le seul pays à voir s’exiler ses médecins et la France n’est pas le seul à aspirer les compétences venues du Sud. Dans la plupart des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la proportion de médecins formés à l’étranger – essentiellement dans les pays en développement – ne cesse de croître, relève une étude publiée l’année dernière par la Revue internationale de politique de développement. Selon les données de l’OCDE (2017), elle s’élève, par exemple, à 1,84 % en Pologne, 11,21 % en France, 24 % aux Etats-Unis, 28,66 % au Royaume-Uni, 32,74 % en Australie et 42,41 % en Nouvelle-Zélande.

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