Défis géopolitiques :Le Mouvement El-Bina plaide pour l’autonomie stratégique de l’Algérie
À l’aune de sa grille de lecture politique, le président du Mouvement El-Bina, Abdelkader Bengrina, a appelé, ce samedi, au renforcement du front intérieur et à la consolidation de la confiance entre institutions et citoyens, estimant que les transformations internationales imposent une révision des mécanismes d’analyse politique et des capacités de résilience nationale.
Intervenant lors d’un séminaire organisé par son parti sous l’intitulé « L’éveil stratégique et la cohésion nationale », Abdelkader Bengrina a ouvert son allocution par des salutations adressées aux cadres du mouvement, aux membres du bureau national, aux intervenants invités, l’expert en affaires stratégiques et sécuritaires Ahmed Mizab et l’enseignante en sciences politiques et relations étrangères Nabila Benyahia, ainsi qu’aux représentants de la presse nationale.
En vue des prochaines élections, le parti se dit bien préparé. Abdelkader Bengrina a indiqué que, même si tout n’est pas parfait, le parti dispose de nombreux bureaux à l’échelle nationale et locale, même si leur couverture n’est pas complète, et rassemble près de 60 députés au parlement, dont plusieurs issus d’autres formations. Il a ajouté que le parti entend également mobiliser la diaspora. Il a affirmé qu’aucune région ni catégorie sociale ne doit se sentir exclue des droits nationaux.
Selon lui, contrairement à de nombreux partis focalisés sur la compétition électorale et l’accès au pouvoir, son parti privilégie « assumer des responsabilités nationales et l’amélioration de l’action politique ».
Dans ce cadre, Abdelkader Bengrina a affirmé que son parti, de tendance « islamo-conservatrice », suivait depuis plusieurs années les évolutions régionales et internationales, particulièrement les conséquences du « printemps arabe », expression qu’il a dit ne pas apprécier, estimant que cela avait provoqué de profondes fractures au sein de plusieurs pays.
Il a ajouté que les événements survenus après le 7 octobre, notamment à Gaza et dans l’ensemble du Moyen-Orient, avaient rendu nécessaire une révision des outils d’analyse stratégique, des mécanismes d’anticipation et des capacités de résilience nationale.
Dans le même registre, l’orateur a souligné que les interventions militaires menées en dehors du cadre du droit international ne constituaient pas un phénomène nouveau. Il a cité à ce titre « les frappes américaines au Soudan, l’intervention en Afghanistan, en Irak ainsi que le démantèlement de la Yougoslavie par l’OTAN sans mandat international ».
Saluant la loi sur les partis politiques, Abdelkader Bengrina a plaidé pour un consensus national réunissant « la majorité de l’alliance présidentielle et l’opposition », autour de la stabilité de l’État, de la cohésion nationale. Sans compter qu’il s’est dit prêt à nouer des alliances politiques allant « de l’extrême droite à l’extrême gauche », capables, à son appréciation, de résister aux pressions extérieures sans fragiliser son « ossature nationale ».
Il a déclaré qu’il était nécessaire de restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés, qu’il considère comme un pilier central, par le biais de la consolidation des relations entre citoyens et institutions, collectivités locales et autorités, société civile et État, outre les relations entre institutions et électeurs.
Dans ce cadre, il a souligné l’importance de garantir l’accès des médias à une information fiable afin d’éviter la propagation des rumeurs et de la désinformation. Il a cité les critiques adressées à certains projets miniers, dont la voie ferrée, le mégaprojet de Gara Djebilet. Il a, à ce titre, relevé que « l’État ne devait pas fonctionner comme un acteur commercial recherchant uniquement la rentabilité financière, mais comme une institution chargée d’assurer la sécurité stratégique et l’autonomie nationale, même à coût élevé ».
Selon lui, l’unité nationale repose sur « une identité commune ». Il a soutenu que les conflits identitaires avaient fragilisé plusieurs pays, citant la Syrie, l’Irak et le Yémen. Il a aussi mis en garde contre « les divisions identitaires », « les tensions confessionnelles » et « l’émergence de clivages politiques communautaires », qu’il considère comme « des facteurs de fragilisation des États ».
Abdelkader Bengrina a estimé que l’histoire commune de l’Algérie, en particulier la guerre de libération nationale, avait permis de rassembler les différentes composantes du peuple autour d’un projet national unique. D’après ses propres termes, la préservation de cette unité demeure une condition essentielle pour garantir la cohésion nationale et assurer la stabilité de l’État.
Pour sa part, l’expert Ahmed Mizab, a mis l’accent sur l’immunité nationale et la préparation anticipative face aux guerres de nouvelle génération. Il a souligné la nécessité de contrecarrer les menaces internes et externes, de développer la cybersécurité et le capital humain, ainsi que de préserver la souveraineté économique. Selon lui, l’ANP joue un rôle prépondérant dans la défense nationale. Quant à elle, la professeure, Nabila Benyahia a expliqué la montée des guerres hybrides et l’inefficacité des lois internationales dans des conflits permanents et non classiques, où la loi du plus fort domine. Elle a évoqué l’usage d’instruments économiques et médiatiques comme leviers de guerre.