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Nationale

Décès de Rédha Malek : Le dernier témoin d’évian

Décès de Rédha Malek : Le dernier témoin d’évian

L’une des personnalités politiques les plus marquantes de l’Algérie contemporaine, Rédha Malek, est décédée hier à l’âge de 86 ans des suites d’une longue maladie. Né le 21 décembre 1931 à Batna, Malek a traversé le siècle dernier en combattant, en intellectuel et en politique au service de son pays. Toute sa vie était intimement liée à son militantisme et à son parcours de patriote. Il aura été présent dans toutes les étapes majeures de l’histoire de l’Algérie.

Aussi bien durant la guerre de libération contre le colonialisme que durant sa longue carrière de diplomate chevronné après l’indépendance, ou encore durant la décennie noire, quand le pays sombra dans la violence et le terrorisme. Des étapes où il occupa des rôles majeurs et historiques.

Sa vie politique commença réellement en 1955 quand il fonda avec d’autres étudiants l’Union générale des étudiants musulmans d’Algérie (UGEMA).

A l’époque, il avait une licence en lettres et philosophie obtenue à l’université d’Alger, et poursuivit ses études à Paris. Deux ans plus tard, il devint directeur d’El Moudjahid, journal officiel du Front de libération nationale (FLN).

Un poste qu’il ne quittera pas jusqu’à l’indépendance. Il occupa également un rôle clé au sein du FLN puisqu’il sera le porte-parole de la délégation pendant les négociations des Accords d’Evian, dès les premiers pourparlers en mars 1961 jusqu’à la signature du cessez-le-feu.

A l’indépendance il fut nommé ambassadeur en ex-Yougoslavie, en ex-Union soviétique, en Grande Bretagne, en France et aux Etats-Unis. Il a été également ministre de la Culture et de l’Information en 1977 pendant deux ans. Il fut l’un des artisans de l’accord entre l’Iran et les Etats-Unis sur la libération des otages américains en 1981.

Mais c’est avec l’ouverture du champ politique et le début du multipartisme que Redha Malek va encore jouer un rôle politique déterminant, notamment au début des années 1990.

Anti-intégriste et contre le totalitarisme islamiste, il sera l’un des partisans assumés de l’arrêt du processus électoral de décembre 1991 et de l’annulation des résultats des législatives. Avec son parti l’Alliance nationale républicaine (ANR), il s’opposa aux dérives politiques de l’époque. 

Après la démission du défunt président Chadli et l’instauration d’un Haut-Comité d’Etat présidé par une figure de la Révolution, Mohamed Boudiaf, Malek sera désigné en avril 1992 président du Conseil consultatif national, créé justement pour pallier la dissolution de l’APN.

Après l’assassinat de Boudiaf en juin 1992, il intégra le HCE en juillet de la même année, avant de prendre la tête du gouvernement en août 1993 en remplacement de Belaïd Abdeslam.

C’est grâce à lui que la lutte antiterroriste prendra une autre tournure, notamment lorsqu’il prononça sa célèbre déclaration lors des funérailles du dramaturge Abdelkader Alloula à Oran, « la peur doit changer de camp ». Il prôna une guerre sans merci contre les hordes terroristes et assuma pleinement ses prises de position politiques.

C’est également durant son règne en tant que chef de gouvernement qu’il signa les fameux accords avec le FMI, justifiant cela par la crise qui écrasait le pays, menacé par la cessation de paiement et le poids énorme de la dette extérieure. Des accords dits d’ajustement structurel, qui vont ouvrir le pays au libéralisme et profondément changer la nature du système économique et social. 

Dans un entretien accordé il y a quelques années à une revue étrangère il dira, en réponse à une question insidieuse sur les bienfaits de la révolution armée et de l’indépendance, qu’il « s’oppose à ceux qui disent que rien n’a été fait, mais il reste encore beaucoup à faire ». Pour lui, l’Algérie a lutté et arraché sa liberté en réussissant sa Révolution.

Une Révolution qui demeure inachevée, car il fallait après l’indépendance « organiser une société juste et moderne, promouvoir les libertés fondamentales, la liberté de conscience, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la justice sociale… ».

Rédha Malek est l’auteur de nombreux ouvrages dont “Tradition et révolution”, “Le véritable enjeu, l’enjeu de la modernité en Algérie et dans l’islam”, “l’Algérie à Evian” et “Histoire des négociations secrètes (1956/1962)”.

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