De l’Emir Abdelkader à Didouche Mourad : Le serment de la résistance
En écrivant du fond de sa cellule, en 1945, sa lettre d’adieu aux militants du mouvement national, un des pères fondateurs de l’Etoile Nord-Africaine, Ammar Imache n’avait point de doute sur la portée de son message.
En effet, l’Heure de l’élite, puisqu’il s’agit de cette lettre, allait mobiliser la jeune garde du PPA-MTLD pour lancer, deux ans plus tard, l’Organisation spéciale (OS). Son premier responsable Mohamed Belouizdad avait 23 ans lorsqu’il en a pris la tête, certains dirons très jeune, mais pour d’autres, c’était à la fois l’âge de la fougue et de la responsabilité. En 1947, il y a 76 ans, Ahmed Ben Bella avait 31 ans, Mohamed Boudiaf 28 ans et Hocine Aït Ahmed 21 ans.
On retrouvera ces militants sept ans plus tard dans le noyau du CRUA, animant aux côtés de Mostefa Ben Boulaïd (37 ans), de Larbi Ben M’hidi (31 ans), de Krim Belkacem (32 ans), de Rabah Bitat (29 ans) et de Didouche Mourad (27 ans), le Groupe des 22, puis le Groupe des Six et celui des Neuf, rédacteurs de la Proclamation du 1er novembre 1954. Ainsi, ce sont des jeunes militants qui ont défié la France coloniale, 4ème puissance mondiale, en écho à l’Heure de l’élite de Ammar Imache.
C’est dire que la nation algérienne a toujours su capitaliser sa jeunesse. L’Emir Abdelkader, a été proclamé chef politique et militaire de la résistance en 1832 alors qu’il n’avait que 24 ans. En plus de son génie militaire face à l’armée d’occupation, l’Emir a bâti les fondements de l’Etat algérien moderne. C’est l’exemple qui a guidé par la suite toute l’épopée de la résistance populaire, de chérif Abdelmalek ben Lamdjed (Boubaghla) à Lalla Fatma N’Soumer, les jeunes ont su et pu grâce à leur leadership naturel inspirer les sacrifices face au colonialisme abjecte et inhumain.
Durant la révolution, les jeunes ont été aux premières loges et ont constitué le plus important lot en martyrs. Didouche Mourad en est le symbole, lui le plus jeune des dirigeants de la Révolution tombé en martyr dès janvier 1955 à l’âge de 27 ans. Ahmed Zabana, guillotiné à l’âge de 30 ans, Hassiba Ben Bouali, 19 ans, Ali La Pointe, 27 ans, Omar Yacef, dit Petit Omar, 13 ans, et la liste est très longue.
Dès l’indépendance, la même tendance a été maintenue, non pas au nom du jeunisme mais parce que l’Algérie avait besoin des cadres qui avaient un minimum de formation universitaire et pratique pour faire fonctionner le nouvel Etat. A l’âge de 32 ans, Mohamed Khemisti devient le chef de la diplomatie de l’Algérie indépendante, avant qu’il ne soit lâchement assassiné en 1963. De même qu’à 30 ans, Houari Boumediene devient le ministre de la Défense du gouvernement Ben Bella en 1962, avant de devenir Président du Conseil de la Révolution en 1965. Il y va de même pour tous les secteurs stratégiques du pays : défense, hydrocarbures, industrie, finances, communication, tous étaient tenus par des jeunes issus de l’université d’Alger ou formés dans des universités étrangères. Une certitude à l’époque : l’Algérie devait former ses élites afin d’assurer la double bataille : celle de la construction de l’Etat et celle du développement.
On le voit, le passage à témoin entre la génération des militants révolutionnaires et celle des bâtisseurs a été faite sans qu’il y ai de grand soubresauts ou dysfonctionnements générationnels. La génération des années 1990 qui allait faire face à l’hydre terroriste a elle aussi payé le lourd tribut pour que l’Algérie ne soit pas un pays rétrograde et moyenâgeux.
Aujourd’hui, la jeunesse en tant que segment important de la société a été reconnu et constitutionnalisé à la faveur de la Constitution du 1er novembre 2020. Le Haut Conseil de la Jeunesse a été créé dans ce but en tant qu’organe consultatif placé sous l’autorité du Président de la République.
Ces missions constituent principalement de formuler des avis, des recommandations et des propositions au sujet des questions relatives aux besoins de la jeunesse ainsi qu’à son épanouissement dans les domaines économique, social, culturel et sportif. Il contribue également à la promotion au sein de la jeunesse, des valeurs nationales, de la conscience pratique, de l’esprit civique et de la solidarité sociale. Il participe à la conception, au suivi et à l’évaluation du plan national de la jeunesse.
De même, les jeunes engagés dans le mouvement associatif se sont vu organisé au sein de l’Observatoire National de la Société Civile. Egalement organe consultatif placé sous l’autorité du Président de la République, cet Observatoire émet principalement des avis et recommandations liés aux préoccupations de la société civile.
Ainsi, en tant que segment important de la population algérienne, les jeunes se voient responsabilisés au même titre que leurs ainés qui ont pris les armes contre le colonialisme et qui ont, par la suite, bâti le pays. Une responsabilité historique leur incombe : concrétiser le rêve des martyrs et concrétiser l’idéal dans lequel les Algériens se reconnaissent à quelques décennies du centenaire de l’indépendance nationale.