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Monde

De la solution des deux Etats à la pure annexion

De la solution des deux Etats à la pure annexion

Le scandaleux deal de Trump vient d’enterrer pratiquement 70 ans d’une longue histoire qui a commencé par un plan de partage des Nations unies. A cette époque, l’ONU proposait théoriquement deux Etats sur la terre de Palestine.
Mais, au fil des années et des décennies, d’occupation et de confiscation des terres, de colonisations forcées, de répressions, de guerres et de résistances, des plans de paix ont été proposés. Certains sont partiellement appliqués. En 70 ans, il y aurait eu plus de 1 100 résolutions sur le conflit et des centaines d’autres votées par le seul Conseil de sécurité. De ce long processus d’Oslo et ses accords de 1993 à la feuille de route, en 2003, qui annonçait la création de l’Etat palestinien sur les territoires pour 2005, aux appels du quartet, en passant par l’initiative arabe de 2002, il faut dire que la question palestinienne restait toujours dans un cadre de règlement de paix. Aujourd’hui avec Trump et son arnaque, ce plan de paix tant recherché par la communauté internationale semble avoir perdu son âme, ses substances, pour ne devenir qu’un processus permanent de colonisation et d’oppression.
Il est curieux de constater que si les observateurs soulignent le caractère particulier de l’alignement total et sans concessions de Trump sur les positions israéliennes, la communauté internationale demeure encore circonspecte. Les réactions sont encore contrastées et très disparates. Les pays arabes semblent se taire alors que d’autres sont plutôt positifs réceptifs ; les Européens sont prudents et évasifs dans leurs déclarations, alors que les Turcs et les Iraniens dénoncent et s’opposent.
Mais au-delà des démarches sceptiques ou de refus, il est clair que le monde entier, plus que les Palestiniens eux-mêmes, ne peut cautionner ni approuver des voies partiales et partielles. Car on ne peut occulter plus que les droits élémentaires de millions de Palestiniens, enracinés dans leurs terres, mais surtout certaines questions clés dans toute démarche ou processus de règlement. 
En effet, les réactions sont essentiellement centrées sur la question sensible d’Al Qods ou Jérusalem, et moins sur les trois autres pierres d’achoppement qui entourent le dossier depuis la fin de la guerre des six jours de juin 1967 : le statut des colonies israéliennes en Cisjordanie, le tracé des frontières et le droit au retour des réfugiés.
Trois points où, comme pour Jérusalem-Est, le plan s’aligne intégralement sur les positions du Premier ministre israélien et n’accorde rien aux organisations palestiniennes. Le plan de paix, qui ne tient aucunement compte de l’une des deux parties prenantes, fait dire à Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et président de l’International Crisis Group, que le message adressé aux Palestiniens est sans nuances : ’Vous avez perdu, il va falloir vous y habituer et passer à autre chose’.
Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a répliqué qu’il « est impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem comme capitale d’un Etat palestinien » et a estimé que le plan « ne passera pas ». La Turquie a qualifié « d’absolument inacceptable » ce « plan d’annexion mort-né ». L’Iran a jugé que « le plan de la honte » était « la trahison du siècle ».
Mais les Palestiniens ne pourront pas compter sur le soutien des pays arabes, notamment ceux du Golfe, occupés à faire des affaires avec Israël et à affronter avec lui l’ennemi commun, l’Iran.
Pour les Emirats arabes unis, on voit dans ce texte ’un important point de départ’, l’Arabie saoudite a dit ’apprécier’ les efforts de Donald Trump, tandis que l’Egypte a appelé à un examen ’attentif’ et ’approfondi’ du plan. Le Qatar a salué l’initiative. Tous ont cependant souligné la nécessité que le futur Etat palestinien ait Jérusalem-Est pour capitale, la Jordanie y ajoutant le respect des frontières de 1967. Un point sur lequel a également insisté l’ONU, alors que le plan de Trump n’en tient absolument pas compte.
Sans être vraiment critiques, les Européens ne se sont engagés sur rien. Si Londres a salué une « proposition sérieuse », l’Union européenne a assuré simplement qu’elle allait étudier et évaluer le plan.
Acculé dans leur isolement et face à l’entêtement américain, la conséquence est immédiate. Benjamin Netanyahou a annoncé que le plan d’annexion d’une partie de la Cisjordanie occupée serait soumis dès aujourd’hui à ses ministres, avec l’approbation de l’ambassadeur des Etats-Unis David Friedman. 
Mais cela fait longtemps que le conflit arabo-israélien s’est transformé en conflit palestino-israélien.

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