-- -- -- / -- -- --
Op-Ed

De la nécessité d’une justice forte

« Il est juste que ce qui est juste soit suivi ; il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et, pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. » Ce sont là des fragments d’un texte du penseur Blaise Pascal qui n’ont pris aucune ride depuis leur rédaction en 1669. Bien au contraire, ils trouvent tout leur sens dans une Algérie qui vit actuellement l’un des moments les plus intenses de son histoire. Car au moment où la justice, qui a été ligotée et instrumentalisée par le pouvoir politique des décennies durant se libère graduellement, des voix se lèvent çà et là pour remettre en cause son indépendance, et ce, malgré la mise au point du parquet général de la cour d’Alger qui a affirmé jeudi, dans un communiqué, qu’il était “soucieux de son indépendance” et qu’il accomplissait “son devoir professionnel en matière de lutte anticorruption sans instigation de quelque partie que ce soit”.
Le prétexte des tenants de cette thèse concerne le rappel du commandement de l’Armée nationale populaire sur « la nécessité pour la justice de poursuivre les individus impliqués dans des affaires de corruption ». Pourtant le discours n’évoque aucun type d’injonction ; il est écrit clairement : « Nous attendons que les instances judiciaires concernées accélèrent la cadence du traitement des différents dossiers concernant certaines personnes ayant bénéficié indûment de crédits estimés à des milliers de milliards, causant préjudice au Trésor public et dilapidant l’argent du peuple. » Néanmoins, certains parmi nos politiques, relayés par des médias locaux et étrangers, y voient clairement une
« injonction » qui transgresse la Constitution. Cette position, aussi fondée qu’elle soit sur un plan théorique et conceptuel, aurait trouvé un écho favorable si l’Algérie avait parachevé sa transition avec la construction d’un système politique totalement affranchi des réflexes du passé. Une Algérie mise hors de danger avec une nouvelle République, une nouvelle Constitution, des pouvoirs séparés et surtout une classe politique cohérente à même de relever les défis qui nous attendent.
Pour l’instant, nous n’y sommes pas. Un minimum de bon sens nous rend à l’évidence que la seule force cohérente qui est capable de polariser et canaliser les espérances du peuple est bien l’armée. Ne faut-il donc pas, comme le disait Pascal, « mettre ensemble la justice et la force, et, pour cela, faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste ? »
Mohamed Nazim Aziri

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email