De la critique à l’essai : Motifs édition trace sa route au SILA
Au 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA), la maison d’édition Motifs, fondée et dirigée par Maya Ouabadi, attire l’attention au cœur du pavillon central. Sur son stand, les lecteurs découvrent, avec curiosité et enthousiasme, deux nouveautés fraîchement sorties pour le salon, ainsi qu’un engagement éditorial qui s’attache à défendre une littérature algérienne plurielle, créative et critique.
La première nouveauté de Motifs pour ce salon est le désormais incontournable Fassel, revue de critique littéraire bilingue (arabe-français), fabriquée à la main et pensée comme un espace intellectuel affranchi du superflu. Lancé pour cette 28ᵉ édition du Sila, le numéro 10 prend un pari audacieux, « celui de rendre visibles dix auteurs algériens qui ne le sont pas assez » : Sadek Aïssat, Abderrazak Boukebba, Mourad Bourboune, Aziz Chouaki, Dalie Farah, Safia Ketou, Waciny Laredj, Yamina Mechakra, Fadéla M’Rabet et Hacène Zehar. Selon la fondatrice des éditions Motifs, l’enjeu de ce numéro ambitieux est justement de redonner à ces auteurs la place qu’ils méritent dans le paysage littéraire algérien. Cette édition se distingue, en outre, par la richesse de ses regards critiques, portée par des contributions exigeantes et passionnées signées par Hajar Bali, Radhia Achi, Izza Amar, Salah Badis, Lamine Ammar-Khodja, Maya Ouabadi, Lamis Saidi, ainsi que par Terrasses.
« Ce sont des auteurs connus, mais pas assez à notre goût. Avec ce numéro, nous voulons les remettre au centre, affirmer à quel point ils comptent dans notre paysage littéraire », a insisté l’éditrice.
Fassl n’est pas qu’une revue, c’est une revendication esthétique et intellectuelle, une volonté de critique à la fois exigeante et accessible, de réflexion sur la littérature algérienne, maghrébine et africaine — trop souvent lue à travers les filtres du marché éditorial européen.
La seconde nouveauté présentée au SILA est « La Partie émergée de l’iceberg, Éloge du GPS algérien », un essai signé par Lamine Ammar-Khodja, déjà familier des éditions Motifs. Un texte hybride, à la fois critique et personnel, où l’auteur interroge, de façon analytique, la difficulté de la littérature algérienne de s’imposer sereinement, prise entre l’Algérie et la France, entre un circuit local et circuit français de publication et de réception.
« Lamine connaît les deux contextes. Il explore à la fois le parcours des écrivains, les possibilités d’édition, mais aussi la façon dont les œuvres sont accueillies ici et en France, notamment », a expliqué Maya Ouabadi. L’essai se veut un GPS littéraire, une tentative de compréhension d’un champ culturel mouvant, complexe et encore largement à cartographier.
Créée en 2018, Motifs s’est donné un credo limpide, celui de publier ce qui compte, dans le fond comme dans la forme. « Sur le fond et la forme », l’expression est devenue une devise autant qu’une ligne éditoriale. Motifs publie en plusieurs langues, mêlant entretiens, essais courts, portraits, textes inédits, mais aussi des projets collectifs où l’esthétique éditoriale s’allie à une pensée engagée.
Parmi ses autres projets marquants, l’éditrice met en avant La Place, une revue féministe annuelle animée par Saadia Gacem et Maya Ouabadi. Il développe également Intilak, une collection consacrée au cinéma, conçue en partenariat avec Talitha et les Archives Bouanani, où sont déjà parus En attendant Omar Gatlatou de Wassyla Tamzali ainsi que Femme, Arabe et… Cinéaste de Heiny Srour. Enfin, la collection Entre se distingue par des essais courts et incisifs. Une démarche artisanale, indépendante, dont chaque objet publié reflète un engagement fort.
Le SILA, un moteur vital pour l’économie du livre
« Le SILA est un moment crucial pour l’édition en Algérie. Ici, on rencontre vraiment le public, on voit ce qu’il lit, ce qu’il achète. Et c’est aussi un lieu qui structure le reste de l’année », a, à ce titre, souligné Maya Ouabadi, souriante, mais attentive au flux incessant des visiteurs.
Pour Motifs, le SILA n’est pas seulement une vitrine annuelle, c’est un pilier économique. Les ventes y sont directes, sans intermédiaires. « Ici, c’est 100 % du prix du livre qui revient à l’éditeur. C’est important pour nous. Et il y a un public réel, venu de partout, qui achète, qui découvre ». Et de relever : « l’ensemble des acteurs se croisent dans les allées et structurent le marché pour toute l’année. Les éditeurs y trouvent non seulement leurs lecteurs, mais également leurs librairies relais, à travers différentes régions du pays ».
Le SILA devient, ainsi, la bouffée d’oxygène indispensable à la survie du secteur. « On veut montrer que la littérature algérienne est vaste, multiple, et qu’elle mérite d’être lue autrement, ici, et au-delà », a conclu Maya Ouabadi.