-- -- -- / -- -- --


Nationale

Darmanin lundi à Alger : L’heure de vérité sur l’affaire Bouchouareb et les biens mal acquis

Darmanin lundi à Alger  : L’heure de vérité sur l’affaire Bouchouareb et les biens mal acquis

La visite officielle à Alger, ce lundi 18 mai, du garde des Sceaux français, Gerald Darmanin, s’annonce comme un tournant diplomatique majeur. Si l’agenda officiel affiche une volonté commune de lutter contre le terrorisme et le narcotrafic, le cœur névralgique des discussions battra autour d’un sujet hautement sensible: l’entraide judiciaire bilatérale, l’extradition de l’ex-ministre Abdesselam Bouchouareb, et la restitution des milliards de dollars de fonds détournés vers la France.

Ce voyage officiel, initié à la demande du président de la République française Emmanuel Macron, ne relève pas de la simple visite de courtoisie. En s’entourant d’une délégation de magistrats de premier plan, la France affiche sa volonté de traiter les dossiers au fond. Parmi les figures clés du voyage, Laureline Peyrefitte, directrice des affaires criminelles et des grâces (DACG), Vanessa Perrée, procureure nationale anti-criminalité organisée (PNACO) et Pascal Prache, procureur national financier (PNF).

La présence inédite du patron du PNF souligne à elle seule que les questions de grande délinquance financière, de blanchiment et de saisies de biens criminels seront au centre des face-à-face avec le ministre algérien de la Justice, Lotfi Boudjemaa.

L’ombre d’Abdesselam Bouchouareb, ancien ministre algérien de l’Industrie et des Mines sous l’ère Bouteflika, planera lourdement sur les discussions. Condamné par contumace en Algérie à de multiples reprises pour corruption, malversation et trafic d’influence — des délits ayant causé des pertes abyssales au Trésor public algérien —, l’ancien esponsable est aujourd’hui un fugitif en France.

La justice française a récemment opposé une fin de non-recevoir à la demande d’extradition formulée par Alger. Une décision que le gouvernement algérien a formellement « prise d’acte », tout en déplorant publiquement l’attitude de Paris. Le ministère algérien des Affaires étrangères a ouvertement fustigé un manque de coopération en matière d’entraide judiciaire.

Les efforts d’Alger pour recouvrer les richesses spoliées se heurtent à un mur bureaucratique et politique à Paris.

« Dans le cadre de ses efforts visant à récupérer toutes les richesses dont elle a été spoliée, l’Algérie s’est systématiquement heurtée et se heurte toujours à des tergiversations et à des atermoiements injustifiés et inexplicables de la partie française qui ont abouti à une absence totale de réponses à vingt-cinq commissions rogatoires introduites par l’Algérie », affirmait le MAE algérien dans un communiqué en mars 2025.

Ces 25 commissions rogatoires restées lettre morte constituent le véritable cœur de la discorde financière. Pour Alger, ces « atermoiements » sont perçus comme un manque de volonté politique, voire comme une protection passive des capitaux détournés au détriment du Trésor public algérien.

Au-delà de la personne de Bouchouareb, c’est toute la problématique du recouvrement des avoirs illicites qui sera mise sur la table. Depuis 2019, l’Algérie a engagé une traque internationale pour récupérer l’argent de la corruption « placé » à l’étranger, et la France, de par les liens historiques et économiques entre les deux pays, concentre une part importante de ces biens immobiliers et comptes bancaires suspects.

L’Algérie attend de la France d’identifier et de geler les actifs financiers et immobiliers détenus par des dignitaires de l’ancien régime, de faciliter les procédures de saisie et accélérer la restitution des fonds spoliés au peuple algérien.

La présence du procureur national financier français (PNF) à Alger suggère que des mécanismes concrets d’échange d’informations financières pourraient être activés ou renforcés pour fluidifier ces dossiers complexes, souvent enlisés dans les méandres des commissions rogatoires internationales.

En dépit des tensions et des reproches d’Alger sur le refus de coopération de la France, la venue conjointe des plus hauts magistrats des deux rives de la Méditerranée prouve que le canal judiciaire reste le meilleur levier pour sortir de l’impasse.

Pour Alger, la restitution des biens mal acquis est une question de souveraineté et de justice nationale. Pour Paris, démontrer sa fermeté contre le blanchiment d’argent public détourné est un enjeu d’intégrité financière. Les discussions de ce lundi détermineront si les deux pays peuvent transformer leurs griefs en une coopération pragmatique et efficace.



Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email