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Nationale

Daesh sur les pas d’Aqmi

Daesh sur les pas d’Aqmi

La façon par laquelle le journaliste américain James Foley a été exécuté par son bourreau de l’Etat islamique nous rappelle à bien des égards celles employées par Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) depuis 2007. Cela dit, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ne fait qu’emboîter le pas à ses prédécesseurs, alors que le chef de cette organisation terroriste, Abou Bakr El Baghdadi, est en phase de devenir une sérieuse menace pour le monde.

L’exécution de James Foley a choqué le monde entier, mais elle ne constitue pas une première en son genre, puisque Aqmi a déjà perpétré des exécutions similaires contre plusieurs otages occidentaux depuis l’année 2007. On se rappelle des exécutions du Français Michel Germaneau, le 25 juillet 2010, et du Britannique Edwin Dyer, le 31 mai 2009.

Egorgés comme des bêtes par les sbires de l’ex-émir Abdelhamid Zeid, ces otages ont été tués suite aux refus de paiement des rançons de leurs gouvernements. Tout comme Aqmi, Daesh n’a pas dérogé à la règle lorsqu’il s’agit d’enlever des Occidentaux pour ensuite exiger des rançons qui seront utilisées dans les financements de l’organisation. Cela dit, Daesh a accommodé ses actions en prenant exemple sur Aqmi. Une même tactique de guerre pour un même objectif. Les deux organisations terroristes recourent aux enlèvements d’étrangers pour financer leur « djihad » et internationaliser leurs « marques ».

Cent Occidentaux enlevés par Aqmi

Depuis l’année 2003 jusqu’à 2012, plus de 100 Occidentaux ont été enlevés par Aqmi. Depuis l’époque d’Amara Saïfi, alias El Para, ex-émir de la phalange Tarik Ibn Zeyad affiliée à Al Qaîda au Maghreb islamique, jusqu’à celle d’Abdelhamid Zeid, alias Abou Zeid (abattu en mars 2013 au Nord-Mali), les enlèvements d’Occidentaux ont toujours constitué la force de frappe de l’organisation terroriste de Droukdel, émir national d’Aqmi.

On se souvient de l’année 2003 où le groupe terroriste, alors dirigé par l’ex-émir Abderrezak El Para, de son vrai nom Amara Saïfi (aujourd’hui détenu dans un lieu secret en Algérie), avait enlevé 32 touristes étrangers dans le grand Sahara algérien. C’était, à l’époque, une première action d’envergure exécutée par la nébuleuse terroriste. Depuis, les rapts d’étrangers se sont succédé et sont devenus la force de frappe d’Aqmi.

En 2007, onze Occidentaux ont été enlevés par les terroristes d’Aqmi. En 2008, six touristes allemands, britanniques et hollandais ont été kidnappés par l’ex-émir de la phalange Tarik Ibn Zeyad, affiliée à Aqmi. En 2009, 14 autres Occidentaux ont été enlevés par cette organisation, dont trois diplomates canadiens.
En 2010, 18 étrangers ont été enlevés par les fous de Dieu, parmi eux sept employés de la société française Areva spécialisée dans les gisements d’uranium. Ils ont été kidnappés en septembre 2010 au Niger, dont un ressortissant togolais, un Malgache et cinq Français.

En 2011, 12 étrangers ont connu le même sort que leurs prédécesseurs, dont trois humanitaires occidentaux, deux Espagnols et une Italienne, enlevés en novembre 2011 dans les camps de réfugiés à Tindouf par le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). Enfin, en 2012, 15 personnes sont enlevées par les terroristes d’Aqmi, parmi lesquelles six diplomates algériens, kidnappés, faut-il le rappeler, le 5 avril de la même année à Gao par des combattants du Mujao, dont trois seront relâchés, alors qu’un otage a été tué et trois autres sont toujours détenus. Ainsi, il apparaît clairement que l’année 2003 a été une année « faste » du point de vue du kidnapping d’étrangers.

Dès lors, les « Brigades du Sahara », affiliées à Aqmi, se sont mises à enlever des ressortissants de pays occidentaux, mais aussi d’Algérie, considérée par les terroristes comme étant le véritable et seul ennemi. Tous ont été libérés contre des rançons, à l’exception du Britannique Edwin Dyer (exécuté le 31 mai 2009) et du Français Michel Germaneau (tué le 25 juillet 2010). Alors que trois Algériens sont toujours détenus par les terroristes d’Aqmi et du Mujao et dont le sort est aujourd’hui lié à la suite de la guerre déclenchée au Mali.

Les rapts d’étranger pour internationaliser et financer Aqmi

L’augmentation des enlèvements et la focalisation, à partir d’août 2007, sur le kidnapping d’Occidentaux ont mis en exergue la problématique du financement des activités de l’organisation. En effet, à partir de 2007, avec l’internationalisation d’Aqmi s’est posée la question cruciale du financement de leurs activités. Selon les débats internes, cette question aurait été discutée et tranchée lors du Conseil des chefs (Majlisse El Aâyan) de septembre 2008, au cours duquel deux positions auraient été défendues : d’un côté, les défenseurs des sources de financement « habituelles » dans le Sud (contrebande de divers produits sous la houlette de Mokhtar Belmokhtar), convaincus qu’il faut se contenter de ces activités pour ne pas s’attirer les foudres des Occidentaux.

De l’autre, les tenants des enlèvements d’étrangers, menés par Abdelhamid Abou Zeid, qui, non seulement estiment que les positions des premiers sont « lâches et couardes », mais considèrent aussi les sources de financement habituelles comme « non conformes à l’Islam ».

Les partisans de Belmokhtar contestent, quant à eux, que les enlèvements d’Occidentaux puissent être qualifiés légitimement de « djihad ». Argument avancé par Abou Zeid et ses lieutenants pour justifier le changement de stratégie de l’organisation. Ces derniers l’emportèrent finalement au prétexte que la nature de l’ennemi, des « croisés » et des « infidèles », justifie la légitimité de l’action de « djihad ». À la demande d’Abou Zeid, le comité juridique d’Aqmi planche à partir de 2008 sur une redéfinition des sources de financement du djihad « du point de vue islamique ».

Ainsi, par exemple, une distinction est faite entre deux grands modes de financement considérés comme « plus islamiques » que la contrebande : d’une part, la « jizya » qui désigne une sorte de taxe de passage perçue principalement sur les marchandises qui transitent par les territoires contrôlés par les groupes affiliés à Aqmi (y compris le trafic de drogue), d’autre part, la « diaâya » qui désigne littéralement le « prix du sang » et qui correspond à la rançon perçue pour tout otage d’un Occidental enlevé par l’organisation. En détail, cette « redéfinition islamique » des sources de financement permet de constater que l’enlèvement de ressortissants occidentaux apparaît désormais comme l’activité la plus « recommandable » et la plus « rentable » pour Aqmi.

Aqmi a empoché 193 millions d’euros pour la libération d’otages depuis 2007

En 2007, l’Organisation terroriste d’Al Qaïda au Maghreb avait empoché la somme de 11 millions d’euros suite à la libération d’otages occidentaux, alors qu’en 2008, 32 millions d’euros ont été déboursés par plusieurs pays occidentaux, parmi eux le Canada, au profit d’Aqmi pour la libération de trois otages canadiens, en fait, des diplomates chargés par les autorités canadiennes de recueillir des informations sur les activités des terroristes au Sahel.

L’année suivante, soit en 2009, Aqmi a perçu 14 millions d’euros pour avoir relâché le couple norvégien enlevé en Tunisie. Tandis qu’en 2010, 36 millions d’euros ont été payés par les autorités françaises et espagnoles pour libérer leurs ressortissants détenus par le même groupe terroriste. Enfin, en juin 2011, Aqmi a empoché une belle cagnotte, estimée à 90 millions d’euros après avoir relâché plusieurs otages occidentaux qu’elle détenait depuis plusieurs mois ; parmi lesquels, les trois humanitaires espagnols et une Italienne.

Dans la logique interne d’Aqmi, les otages sont ainsi assimilés à des prisonniers de guerre » (Asra El Harb) et leur libération est soumise à des conditions qui relèvent, selon l’organisation, du « droit musulman de la guerre ». Tout est négociable dans le cadre de cette théologie : l’échange des
« prisonniers », la fixation du « prix du sang », la libération contre « conversion », etc. Mais tout est également soumis aux règles d’allégeance : la logique interne de l’organisation voudrait que les enlèvements réalisés par celui qui prête allégeance soient récupérables par celui qui reçoit le serment d’allégeance.

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