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Nationale

Da l’Hocine: L’un des derniers fidèles à l’esprit de la Révolution

Da l’Hocine: L’un des derniers fidèles à l’esprit de la Révolution

L’icône de la lutte pour la démocratie en Algérie aurait pu devenir président de la République dès janvier 1992. A cette époque, le pays bouillonnait après la victoire écrasante des islamistes radicaux lors des législatives tenues une semaine plus tôt. En raflant les deux tiers des sièges de l’APN, l’ex-FIS promettait des jours sombres aux Algériens.
Certains de leurs dirigeants nous« conseillaient de changer nos habitudes vestimentaires ».

Le défunt président Chadli Bendjedid subissait une forte pression. Il voulait rester légaliste jusqu’au bout, en s’adossant à un FLN réformé et moderniste sous la houlette de Mehri. Pour les partisans de la démocratie, le jeu valait la chandelle, même s’il comportait des risques majeurs. Mais ce jeu institutionnel s’est écroulé rapidement quand l’homme fort du moment, le ministre de la Défense Khaled Nezzar, imposa une autre feuille de route, un autre agenda.

C’est le fameux arrêt du processus électoral. Khaled Nezzar savait que la transition qu’il cherchait pour faire reculer les islamistes du pouvoir et remobiliser le peuple était de mettre sur le trône du palais d’El Mouradia un homme historique, une figure de la guerre de libération, une personnalité charismatique qui n’a jamais marchandé ses principes ou ses idéaux.

Le général révéla lui-même le fait : Aït Ahmed reçut cette proposition de succéder à un Chadli en voie de démission. C’était il y a exactement 23 ans. Le leader du FFS n’a pas hésité un seul instant. Il dira non. Il réagira même en organisant le 3 janvier une grande marche populaire pour exiger le maintien du deuxième tour. Pour Aït Ahmed, « l’espoir était permis et la démocratie n’a pas perdu encore ». Au contraire, c’est « le coup d’Etat qui a créé le déficit démocratique ».

C’est dans ce contexte grave et pesant qu’il brandit son fameux slogan : « Ni Etat policier ni Etat intégriste ! ». Dès lors que le FFS ne cautionnera plus le HCE (Haut-Comité d’Etat) présidé par feu Mohamed Boudiaf, autre historique qui sera assassiné plus tard, Aït Ahmed opta pour l’exil. Il essaya, notamment avec le regretté Abdelhamid Mehri alors SG du FLN, de rendre son parti comme une alternative politique sérieuse aux dérives sanglantes que connaissait le pays.

La violence s’installa et le terrorisme intégriste s’est mué diaboliquement en guerre civile. L’ouverture démocratique de 1989 est vite oubliée. Les institutions populaires s’écroulèrent les unes après les autres. Plus personne n’a de légitimité, plus aucune institution n’est légale. C’est dans ce contexte dramatique et de violence inouïe qu’Aït Ahmed tenta l’impossible : une réconciliation entre toutes les composantes de la société algérienne.

C’est le fameux Contrat de Sant’Egidio de janvier 1995. Son pari de réunir les représentants de la classe politique nationale a failli réussir, n’était le revirement à la dernière minute de Mahfoudh Nahnah, chef dumouvement des Frères musulmans algériens, et de Louisa Hanoune du PT.

L’initiative dite « plate-forme de sortie de crise » recommande, entre autres, une période de transition, des négociations multiformes, un agenda électoral et un SMIG démocratique afin de préserver la pérennité de l’Etat algérien. D’ailleurs, son parti demeura encore fidèle à cet esprit de réconciliation et de recherche du consensus national. On connaît la suite.

Le régime passa outre, en organisant ses propres élections présidentielles et en créant son propre parti, le RND. Ce n’est qu’en février 1999 qu’Aït Ahmed retourna au pays, se porta pour la première fois candidat aux élections présidentielles après les « garanties » de Liamine Zeroual. Victime d’un malaise cardiaque durant sa campagne électorale, il ne mettra pas fin à son ambition. Mais, à la veille du scrutin, il se retira de la course avec cinq autres candidats au profit du candidat Abdelaziz Bouteflika, dénonçant alorsun parti pris de l’armée.

Depuis, il retourna à son exil en Suisse, ne cachant point sa déception de voir sa patrie rater ce virage historique de la démocratie. Eternel combattant des libertés et des droits de l’Homme, Aît Ahmed signe en automne 2007 un projet politique avec Mehri et Mouloud Hamrouche, dans lequel ils tentent de proposer l’idée d’une sortie de crise et la recherche d’un consensus.

Pour eux, le changement du système exige en urgence un bond politique majeur et pacifique avant qu’il ne soit trop tard. C’est d’ailleurs l’esprit de cette initiative des trois qui a inspiré encore en 2014 le FFS pour la tenue d’une conférence nationale sur le consensus.

C’est en 2012 qu’Aït Ahmed décida de se retirer de la scène politique en adressant une longue lettre à ses militants et cadres qui préparaient leur congrès. Fidèle à ses premiers engagements, la Constituante, la souveraineté nationale et les libertés citoyennes, Aït Ahmed a toujours considéré que le parachèvement de la Révolution de 1954 et ses sacrifices exigeaient l’avènement de la démocratie et un Etat civil vers lequel Bouteflika semble s’engager aujourd’hui. 

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