Cybersécurité : Le rôle prioritaire de la numérisation
L’Algérie se doit d’accélérer sa mutation vers l’économie numérique en prenant le virage de la cybersécurité suite à l’électrochoc du bug informatique mondial du 19 juillet. C’est ce qu’a indiqué, ce mercredi, Souheil Guessoum, président du Syndicat du numérique et président-directeur général d’Alpha Computer.
Guessoum a relevé que le récent bug informatique a fait perdre à l’économie mondiale des sommes astronomiques et a mis en garde les Etats sur la vulnérabilité des systèmes numériques. « L’impact financier direct et indirect de ce bug est estimé à des dizaines de milliards de dollars. La société Crowdstrike, responsable de ce dysfonctionnement, d’une valeur de 80 milliards de dollars, a perdu plus de 8 milliards de dollars, et Microsoft a enregistré une perte de près de 90 milliards de dollars », a-t-il affirmé.
Il a ainsi soutenu que cet incident mondial, loin d’être un simple accident, met en lumière la fragilité croissante de nos sociétés face aux cyberattaques et la nécessité impérieuse de renforcer la cybersécurité nationale.
Pour le spécialiste, cela doit nous inciter à accélérer le développement de l’économie numérique nationale pour faire face aux aléas de la numérisation mais surtout renforcer la cybersécurité nationale.
Il a assuré que « nous devons aller très vite pour rattraper le retard accumulé en la matière. Certes, nous progressons avec l’arrivée prochaine du Data center, et c’est un grand pas en avant, mais, à mon avis, pas assez rapidement comme le préconise la situation géopolitique mondiale ».
Le spécialiste du numérique a expliqué qu’avec une moyenne mondiale de PIB du numérique à hauteur de 15,5 %, culminant jusqu’à 30 % pour certains pays comme la Chine, l’Algérie, avec 3 %, doit placer l’accélération de la mutation vers l’économie numérique en tant que priorité nationale. Il a affirmé que « nous devons absolument construire notre économie numérique d’une manière beaucoup plus rapide », assurant que « c’est une priorité nationale parce que c’est la numérisation qui va nous apporter la transparence, l’efficience et la possibilité d’aller plus vite dans l’autre secteur de l’économie numérique ».
Pour ce faire, il a préconisé une accélération du développement de l’économie numérique nationale en s’appuyant sur les compétences locales et en investissant massivement dans la recherche et le développement.
Il a précisé que l’Algérie dispose d’atouts non négligeables dans ce domaine, avec des écoles d’ingénierie et d’intelligence artificielle « L’Ecole supérieure d’informatique et l’Ecole d’intelligence artificielle produisent, chaque année, des centaines d’ingénieurs hautement qualifiés », a-t-il relevé.
Cependant, il a déploré que « plus de 90 % de ces ingénieurs finissent par travailler à l’étranger », faute de conditions de travail et de rémunération attractives. Pour inverser cette tendance et retenir ces précieux talents, il est indispensable, selon le spécialiste, de mettre en place une politique de revalorisation salariale et de créer un environnement propice à l’innovation et à l’entrepreneuriat. M. Guessoum a également préconisé de multiplier les soutiens à la création de start-up et d’infrastructures numériques performantes, notamment à travers l’assouplissement du cadre juridique concernant l’octroi des agréments et des autorisations nécessaires pour la promotion du secteur.
En outre, il a estimé que le bug du 19 juillet doit servir de signal d’alarme pour les autorités algériennes et les inciter à prendre des mesures concrètes pour renforcer la cybersécurité nationale. Cela passe, notamment, par le renforcement de la stratégie nationale de cybersécurité et l’adoption de réglementations strictes pour protéger les données et les infrastructures sensibles. M. Guessoum a tenu à mettre en exergue l’importance de commencer par les infrastructures de base, en insistant sur le fait qu’« il est indispensable de préserver nos infrastructures tout en les construisant ». Il a précisé que « nous devons commencer par la construction d’infrastructures de base et ensuite protéger par des outils de cybersécurité ».
Souheil Guessoum a également relevé l’importance d’élaborer des programmes de formation en cybersécurité pour les entreprises et les administrations, d’encourager la recherche et le développement dans le domaine et de soutenir la création d’entreprises spécialisées dans la sécurisation des données.
Tout en estimant que le chemin à parcourir peut paraître long et ardu, le spécialiste a estimé que l’enjeu est de taille et qu’en capitalisant sur le potentiel de ses jeunes talents, l’Algérie peut se positionner comme un acteur majeur de la transformation numérique mondiale et assurer sa prospérité.