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Crise du gaz : L’Algérie avait averti les Européens depuis longtemps

Crise du gaz : L’Algérie avait averti les Européens depuis longtemps

En pleine canicule, l’Europe tremble de froid et cherche au cœur de l’été à ne pas manquer de gaz. C’est l’effet paradoxal de la guerre énergétique engendrée par le conflit en Ukraine.

Quand les températures vont prendre de nouveau rendez-vous avec l’hiver, le gaz russe manquera dans les tuyaux de l’Europe qui s’emploie par tous les moyens à trouver des sources de substitution, surtout dans le cas de l’Allemagne qui achète à Moscou 54% de sa consommation. Elle se tourne désormais vers le Portugal et l’Espagne d’où pourrait partir un pipeline traversant la France alimenté en partie par le gaz algérien. Ironie, les Européens veulent ainsi réactiver une idée que Sonatrach leur avait proposée il y a longtemps.

Avant la construction du Medgaz et du temps même de l’ancien ministre de l’énergie Chakib Khelil, l’Algérie avait proposé à l’Espagne un supplément de 8 milliards de M3 afin de livrer l’Europe. Mais de ce côté du sud du continent, on s’est replié sur ses seuls besoins évalués à 1 milliard de M3.

Il était aussi question de fournir 12 milliards de M3 à l’Europe via le Maroc et le Gazoduc Algérie-Europe aussi appelé gazoduc Pedro Duran Farell, ou GME pour couvrir les besoins de l’Europe. Le GME est à l’arrêt depuis octobre 2021 lorsque l’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc.

Les espagnoles ont alors exigé de Sonatrach (dont le pdg alors était Khelil) qu’elle construise elle-même le pipeline qui traverse la France.
Voilà aujourd’hui que la roue tourne. L’Europe a besoin de pipe pour s’alimenter en gaz.
Les européens ne savent pour le moment par où l’Espagne va ramener le gaz encore moins quand le popeline sera construit puis entrer en service.

L’Algérie ne peut plus fournir le moindre M3 supplémentaire à l’UE via l’Espagne compte du fait que les quantités supplémentaires disponibles sont livrées à l’Italie suite à l’accord signé entre Alger et Rome en juillet (contrat de 4 milliards de M3).
C’est dans ce contexte que l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal se réveillent pour essayer de réactiver le projet.

Ce gazoduc est “une priorité” pour le Portugal et la prise de position du chancelier Scholz jeudi “renforce la pression sur les institutions européennes” pour faire avancer ce dossier, a déclaré le Premier ministre portugais Antonio Costa devant la presse.
“Le Portugal peut jouer un rôle important” afin de contribuer à rendre l’Europe “autonome sur le plan énergétique” vis-à-vis de la Russie, a souligné M. Costa, dont le pays dispose à Sines (sud) d’un important port en eaux profondes doté d’un terminal gazier.

Pour sa part, la ministre espagnole de la Transition écologique Teresa Ribera a déclaré dans une interview à la Télévision nationale (TVE) que l’Espagne était prête à avancer très vite pour la construction d’un tel gazoduc, prônant “une plus grande implication des institutions communautaires” et “des gouvernements des États membres”.

Le chancelier allemand avait estimé jeudi que l’Europe manquait “dramatiquement” d’une interconnexion entre la péninsule ibérique et l’Europe centrale, via la France.

Mme Ribera a indiqué qu’à court terme, en “deux mois, trois mois”, l’Espagne pourrait “fournir entre 2 et 2,5% du gaz qui peut être consommé dans l’ensemble de l’UE” en ajoutant “un compresseur supplémentaire” sur les deux petits gazoducs qui relient l’Espagne à la France à travers le pays basque (nord-ouest de l’Espagne).

Mais, a-t-elle ajouté, “la principale condition est que la France soit en mesure d’acheminer ce gaz vers le centre de l’Europe”. Il s’agirait toutefois de petits volumes, qui ne suffiraient pas à satisfaire les besoins des pays de l’UE.

Aussi Mme Ribera a-t-elle de nouveau mis en avant la solution d’un gazoduc “à travers les Pyrénées catalanes”. Un projet de gazoduc entre la Catalogne et le sud-est de la France, baptisé MidCat, avait été lancé en 2013, avant d’être abandonné faute d’accord sur son financement et de réel soutien de la France. Selon le Premier ministre portugais, Paris s’y est opposé en raison de son “impact environnemental”.

Mme Ribera a estimé quant à elle que l’abandon de ce projet était dû au fait qu’il n’était “pas viable économiquement dans un contexte où le gaz russe était beaucoup moins cher que le gaz naturel liquéfié”.

Selon Mme Ribera, Enagas, le propriétaire et gestionnaire du réseau gazier espagnol, estime à “approximativement huit à neuf mois” le temps nécessaire pour qu’un tel gazoduc soit opérationnel côté espagnol. “Un tel projet mettrait dans tous les cas de nombreuses années à être opérationnel” et “ne répondrait donc pas à la crise actuelle”, a-t-on commenté vendredi au ministère de la Transition énergétique français.

La mise en place de terminaux méthaniers dans le Nord et l’Est de l’Europe (et notamment en Allemagne) représente des investissements moindres et plus rapides, a fortiori s’il s’agit de terminaux flottants”, avance-t-on à Paris.

La France souligne aussi l’importance des “objectifs climatiques européens”, au regard de nouveaux projets d’infrastructures gazières pérennes.

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