Crise au Mali : La doctrine d’Alger à l’épreuve
Sous le regard vigilant de l’Algérie, le dossier malien bascule dans une phase de complexité inédite. Le docteur en droit international Bassem Laredj dresse un constat alarmant sur la décomposition sécuritaire du pays, avertissant que l’imprévisibilité est désormais la seule constante dans ce nouveau cycle d’instabilité régionale.
L’expert a évoqué hier une situation « on ne peut plus préoccupante », marquée par une série d’attaques simultanées ayant visé plusieurs localités du pays. Ces opérations, menées selon son intervention sur les ondes de la radio nationale, dans « pas moins de sept villes », auraient impliqué plusieurs groupes armés, conduisant à l’assassinat du ministre de la Défense, de plusieurs militaires, ainsi qu’à l’exfiltration du chef de la junte. Un enchaînement d’événements que M. Laredj qualifie sans détour de « situation exceptionnelle » dans ce pays « frère et frontalier de l’Algérie ».
Dans ce contexte, l’analyste a rappelé les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, qui a réaffirmé, lors d’une conférence de presse, les constantes de la diplomatie algérienne : rejet de toute forme de terrorisme, attachement à l’unité nationale des États, défense de leur souveraineté et refus des ingérences étrangères. Une doctrine qu’il juge « classique et constante », mais surtout éclairée par les expériences régionales, notamment le cas libyen, souvent cité comme contre-exemple des interventions extérieures non maîtrisées.
M. Laredj a également mis en avant le rôle de médiation historique joué par l’Algérie dans la crise malienne, rappelant les efforts entrepris pour rapprocher les positions des différentes parties en conflit. Au cœur de cette dynamique, l’Accord d’Alger de 2015 demeure, selon lui, une référence majeure. « Cet accord a constitué une base importante pour la stabilisation du Mali, notamment dans le Nord du pays, même s’il n’a pas été pleinement appliqué par la suite », souligne-t-il, regrettant sa dénonciation par les autorités de Bamako, suivie d’une dégradation continue de la situation sécuritaire.
Pour l’expert, la lecture algérienne de la crise repose sur une approche globale, loin des réponses strictement sécuritaires. Le conflit malien est, selon lui, « multidimensionnel », mêlant enjeux économiques, sociaux et culturels dans un pays à forte diversité ethnique.
C’est précisément là que se situe, à ses yeux, l’erreur stratégique majeure : la réduction de la crise à sa seule dimension sécuritaire. Une approche qu’il juge insuffisante face à des déséquilibres structurels anciens, notamment la question du développement du Nord, identifiée depuis plusieurs décennies comme l’un des foyers de tension.
Dans un contexte de fragmentation accrue et d’incertitudes politiques, l’analyste met en garde contre toute lecture simplificatrice d’un conflit devenu, selon lui, l’un des plus complexes de la région sahélienne.