Algérie-France: Ségolène Royal, la voix de la sagesse, ce lundi à Alger
La présidente de l’Association France – Algérie, Ségolène Royal, est attendue ce lundi à Alger. C’est à l’invitation de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) que l’ancienne candidate à la présidentielle française effectue cette visite, dont elle a confirmé elle-même l’information sur les réseaux sociaux.
Cette visite intervient dans une conjoncture assez particulière, marquée dernièrement par une résurgence d’une vive tension dans les relations diplomatiques entre l’Algérie et la France. Alors que les observateurs s’attendaient à un début de dégel, ces relations se sont envenimées d’une manière surprenante après la diffusion sur France 2 d’un reportage que le gouvernement algérien a vivement dénoncé, le qualifiant d’« un tissu de contre-vérités profondément offensantes et inutilement provocatrices ». D’ailleurs, le ministère des Affaires étrangères a convoqué, suite à cette nouvelle attaque médiatique, le chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger.
Sur son compte X, Ségolène Royal a annoncé ce dimanche cette visite, déclarant qu’elle s’y rendait « pour écouter et bâtir du positif ». « Nous devons la réconciliation aux jeunes des deux rives de la Méditerranée, entre la France et l’Algérie, le plus vaste pays du Continent africain, afin de construire des projets fructueux dans les secteurs productifs porteurs d’avenir », a écrit Mme Royal.
Qualifiée de voix de la sagesse et de personne pondérée, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 est considérée comme une voix sage, positive et tournée vers l’avenir, qui tranche avec les chantres de la xénophobie, du racisme et des discours de l’extrême droite ainsi que ceux des relais makhzéno-sionistes. Elle milite depuis longtemps pour la fin de la crise et pour un processus de dialogue bâti sur le respect et la confiance entre les deux pays.
Il y a une semaine, elle s’est exprimée d’une manière claire sur la crise algéro-française en déclarant qu’elle « n’accepte pas le concept de rente mémorielle », qui est « une manière commode de délégitimer la parole des blessés de l’histoire ».
Lors de son intervention à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, qui a accueilli un événement de l’Association France – Algérie (AFA), elle a affirmé que la clé de l’apaisement et du retour à la normale entre les deux Etats est la résolution du litige mémoriel. « La mémoire des violences coloniales, c’est un droit de reconnaissance de faits établis et documentés », a-t-elle déclaré, ajoutant que « certaines blessures » ainsi que les « crimes de la colonisation » française en Algérie « n’ont pas été nommés totalement, ni réparés, ni excusés. Eh bien, ils doivent l’être par la France, comme l’ont fait d’autres pays ».
C’est durant cette rencontre qu’elle a dévoilé publiquement son plan pour clore la crise entre les deux pays. Ce plan ne se base ni sur des impératifs sécuritaires ni sur les alibis migratoires, défendant une nouvelle ligne dans le processus de l’apaisement et la reconstruction d’une relation féconde, engagée et respectueuse.
Restitution des objets appartenant à l’Algérie
Le plan de Royal repose sur trois points essentiels : le problème de mémoire, la restitution des objets appartenant à l’Algérie ainsi que les dépouilles des résistants algériens, et enfin la transmission des archives sur les essais nucléaires. C’est pourquoi elle insiste sur la reconnaissance des crimes coloniaux par la France, qualifiant celle-ci d’un impératif.
Selon Mme Royal, il faut reconnaître, réparer et s’excuser. Il faudrait d’abord « abattre les murs pour construire des passerelles de savoir et de respect par le dialogue, entre étudiants, entrepreneurs, chercheurs, artistes, créateurs et bien d’autres », a-t-elle indiqué, estimant que « c’est cette reconnaissance qui permettra la résilience complète et la libération vers la création, la projection vers des projets communs joyeux et enthousiasmants. La mémoire est un socle commun sur lequel on peut construire le ‘’plus jamais ça’’ ».
En plus de sa proposition de restituer tous les biens culturels et toutes les archives spoliées durant la colonisation, Mme Royal a même cité le dossier des crânes et des dépouilles des résistants algériens que Paris refuse encore de restituer.
Concernant le dossier des essais nucléaires effectués dans le Sud algérien durant les années 1960, Ségolène Royal est également favorable à la restitution des archives de ces expériences, ajoutant qu’il est nécessaire que « soient mises à jour toutes les conséquences, notamment les contaminations et les conditions de la dépollution de ce territoire ».
Selon Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF), « Ségolène Royal a toujours tenu un discours positif sur les relations franco-algériennes, y compris en ce qui concerne le dossier mémoriel. Elle a récemment tenu des déclarations appelant à la reconnaissance des crimes commis par la France coloniale. Il faut en finir avec ce dossier qui bloque les relations entre nos deux pays pour aller de l’avant ».
Selon des observateurs, Ségolène Royal pourrait être reçue par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui l’avait citée, lors d’un entretien en février 2025 au journal français l’Opinion, comme l’une des personnalités qui a « bonne presse » en Algérie et qui représente « une certaine France qui avait son poids ».