Criminalité : Les gangs, une menace à la paix civile
Le phénomène des gangs dans les quartiers a toujours existé mais pas avec l’ampleur atteinte ces derniers temps. Dans les quartiers et les cités, les violences, lancées telles des expéditions punitives par des repris de justice, finissent inéluctablement par propager la mort. Le fléau touche notamment les nouvelles cités où des bandes principalement des dealers et trafiquants de drogues imposent leur diktat. Les cris de détresse des familles des victimes, des citoyens et les dénonciations de toute part rendent nécessaire une riposte ferme et surtout une thérapie de choc aux raisons qui ont donné lieu à cette criminalité qui menace ouvertement la cohésion de la société.
Cette année, le phénomène a pris des proportions alarmantes. Plusieurs villes du pays ont été secouées par des meurtres sordides, perpétrés par des bandes criminelles.
Youcef, un père de famille âgé de 36 ans, propriétaire d’une boutique de téléphones mobiles, a été sauvagement assassiné par des jeunes criminels sans scrupules. Cette affaire, survenue le 24 août dernier, a secoué la ville de Blida. Deux jeunes se sont présentés au magasin de la victime vers 17 h, proférant des menaces et des insultes. Après avoir été chassés, ils sont revenus à la charge vers 22 h, accompagnés d’autres membres de la bande, tous en possession d’armes blanches.
La bande a d’abord commencé à saccager le local commercial de la victime, avant de passer à l’acte en le poignardant sauvagement au ventre. La victime a été évacuée vers le CHU Frantz-Fanon de Blida, où elle a succombé à ses blessures. Les mis en cause ont été interpellés pour plusieurs chefs d’inculpation, à savoir meurtre avec préméditation et guet-apens, participation à une rixe entre bandes de quartier avec usage de violence ayant causé la mort d’une personne qui n’est pas membre de la bande. Le juge d’instruction près le tribunal de Boufarik a ordonné le placement en détention provisoire de six suspects présumés impliqués dans cette affaire, et émis un mandat d’arrêt contre deux autres suspects en état de fuite
Quelques jours après le crime abominable de Blida, un autre meurtre a été commis à la Cité El-Djorf de Bab Ezzouar (Alger), dont la victime n’est autre qu’un jeune homme à la fleur de l’âge. Cette tragédie est survenue à la suite d’une dispute qui s’est déclenchée avec un autre garçon du quartier. La victime a été poignardée par son assaillant. Ce dernier a été arrêté par la police, a indiqué la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN).
Les services de sécurité ont notifié les faits au parquet territorialement compétent, qui a ordonné l’ouverture d’une enquête. Les recherches lancées ont permis, après l’extension de la compétence territoriale, d’arrêter le suspect dans une wilaya de la côte ouest du pays qui s’apprêtait à quitter clandestinement le territoire national par mer, avec l’aide d’autres personnes, a conclu le communiqué.
Bagarres, violence et vandalisme
Les services de la sûreté de wilaya d’Alger, représentés par la cinquième sûreté urbaine de Tixeraïne, dans la circonscription de Bir Mourad Raïs, ont arrêté 10 individus suspectés de création et organisation de bande de quartier et participation à une bagarre ayant entraîné des actes de violence et de vandalisme de biens des citoyens ainsi que d’atteinte à l’ordre public au sein d’une cité. Selon le même communiqué, lors de cette opération, 42 capsules, 9 comprimés psychotropes, un fusil de chasse et 5 armes blanches ont été saisis. Après parachèvement des procédures judiciaires, les suspects ont été déférés devant les instances judiciaires territorialement compétentes.
Sabres, haches, fusils harpons, cocktails Molotov…
En 2020, un média francophone a rapporté que la relative accalmie que connaît la nouvelle circonscription administrative Ali-Mendjeli, dans la wilaya de Constantine, semble vaciller vers le pire, avec le retour d’un climat d’insécurité et de terreur semé par des bandes de délinquants qui s’adonnent, depuis longtemps, à une véritable guerre des gangs.
Deux communiqués de presse distincts de la sûreté de wilaya de Constantine et du parquet d’El-Khroub ont révélé que des sabres, des haches, des fusils harpons, des cocktails Molotov, prêts à l’emploi, et d’autres sortes d’armes prohibées ont été saisis alors que treize personnes âgées entre 19 et 27 ans ont été arrêtées.
Selon la même source, ils devaient répondre de plusieurs chefs d’inculpation dont, notamment, le port d’armes prohibées, l’usage de la violence ainsi que voie de fait et trouble à l’ordre public. Ces arrestations sont survenues au lendemain d’une première opération qui a nécessité la mobilisation des agents de police de trois sûretés urbaines de la ville de Ali-Mendjeli suite à une bagarre très violente entre deux bandes rivales de délinquants, et où les antagonistes ont fait usage d’armes blanches, provoquant ainsi panique et frayeur parmi les riverains de l’unité de voisinage 2 (UV 2), théâtre de ces violences.
Les membres des deux bandes qui se disputaient vraisemblablement le contrôle de tous les trafics et pratiques illicites à l’UV 2, seraient issues de la cité Emir Abdelkader (ex-Faubourg Lamy) et du quartier de Bardo de Constantine, relogés il y a quelque temps à Ali-Mendjeli dans le cadre de la résorption de l’habitat précaire. Cinq individus âgés entre 21 et 33 ans avaient alors été interpellés et des armes saisies, conclut la même source.
Démantèlement de plusieurs bandes à Alger et Biskra
Pour rappel, en 2020, les services de la sûreté de wilaya d’Alger ont mis hors d’état de nuire une bande criminelle composée de cinq individus ayant des antécédents judiciaires et impliqués dans une affaire de constitution d’association de malfaiteurs dans le but de semer la terreur au sein de la population. L’opération a permis l’arrestation de cinq personnes et la saisie, au terme de la perquisition de leurs domiciles, d’armes blanches, de comprimés psychotropes et de solutions hallucinogènes, indique la même source. Les mis en cause ont été déférés devant la juridiction territorialement compétente.
A Biskra, au mois de décembre de la même année, lors d’une ronde routinière dans une cité de la zone ouest de la ville de Biskra, des agents de la PJ ont remarqué que des jeunes se confrontaient dans une rixe des plus violentes à cause de différends entre quartiers. Ils se sont interposés pour mettre un terme à cette bagarre dont les belligérants portaient des armes blanches telles que des épées artisanales, des coutelas, des gourdins, des cannes et des barres de fer. Les armes ont été saisies tandis que 19 jeunes ont été interpellés.
De retour sur les lieux pour confirmer que le calme était revenu, les policiers ont constaté que d’autres jeunes s’étaient rassemblés pour en découdre, encore une fois, à coups d’armes blanches. Cette seconde intervention s’est soldée par l’arrestation de 13 autres jeunes dont les armes ont été confisquées, a indiqué un communiqué de la sûreté de wilaya. Déférés devant le tribunal de Biskra, 25 personnes âgées de 18 à 35 ans ont été placées sous mandat de dépôt et 7 ont bénéficié de la liberté provisoire. Impliquées dans cette affaire de constitution de bandes armées, d’agression au moyen d’armes blanches et d’atteinte à l’ordre public, 8 personnes font l’objet d’avis de recherche, est-il précisé.
La vidéo d’une des batailles entre quartiers, qui a eu lieu à la cité Verte Ouled Fayet, à l’ouest d’Alger, a circulé sur les réseaux sociaux. Celle d’une bagarre générale ayant visiblement éclaté entre deux bandes rivales. Elle était d’une rare violence. En plus des affrontements entre les délinquants, de nombreux véhicules stationnés sur place ont été saccagés.
L’Etat déclare la guerre aux gangs de quartier
Compte tenu de cette situation des plus dangereuses, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait mis en avant, au cours d’un Conseil des ministres tenu en 2020, l’impératif de lutter sans relâche contre le phénomène de bandes criminelles de quartier, tout en excluant les personnes condamnés, membres de ces bandes, des procédures de grâce.
Le Président avait précisé que ce phénomène avait connu un pullulement ces dernières années, notamment dans les grandes villes, et ce à la faveur de la faiblesse de l’autorité de l’Etat, d’où le renforcement impératif des mesures coercitives en vue de protéger les citoyens et leurs biens de ces bandes criminelles qui sèment le chaos, terrorisent les citoyens et s’adonnent au trafic de drogue en se servant de l’argent sale. Il avait, par ailleurs, ordonné l’interdiction de l’importation, la vente, la possession, l’utilisation ou la fabrication d’armes blanches, sabres et poignards destinés aux bandes de quartier.
Peines de prison et amendes
L’Algérie s’est dotée d’une loi pour mettre un terme aux batailles rangées dans les quartiers, passibles de peines qui vont de deux ans de prison ferme à la réclusion criminelle à perpétuité dans le cas où « la rixe, la rébellion ou la réunion a entraîné la mort d’une personne autre que les membres de la bande », précise le texte. La nouvelle loi prévoit également une peine d’emprisonnement de trois à dix ans et une amende de 300 000 à 1 000 000 DA à l’encontre de quiconque crée ou organise une bande de quartier, s’enrôle ou participe, sous quelque forme que ce soit, dans une bande de quartier. La peine peut aller jusqu’à 20 ans.
Ladite loi consacre une amende de 1 000 000 à 2 000 000 DA à l’encontre des dirigeants d’une bande de quartier. Quiconque encourage ou finance une bande de quartier est puni d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans ainsi que d’une amende de 200 000 à 500 000 DA.
Ni les arrestations ni la loi n’ont réussi à freiner ce phénomène qui menace la sécurité des citoyens. Les gangs de quartier continuent à imposer leur diktat. Il faudrait apparemment opter pour une solution plus extrême, comme le revendique une large frange de la société.