Criminalisation de l’esclavage et du colonialisme : L’Algérie porte le combat pour la justice historique
Représentant le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, a lancé, jeudi, un appel en faveur d’une reconnaissance internationale sans équivoque des crimes commis contre les peuples africains durant les périodes de l’esclavage et de la colonisation, et ce lors de la Conférence consultative de haut niveau sur la justice réparatrice et les réparations historiques liées à la traite transatlantique des esclaves, à Accra, au Ghana.
Lors de son intervention, M. Nasri a déclaré que l’Algérie formule aujourd’hui « un appel renouvelé et sincère en faveur d’une reconnaissance internationale explicite, par les organisations onusiennes et les anciennes puissances coloniales, du caractère systématique et criminel des pratiques liées à l’esclavage, au colonialisme et aux autres violations graves qui ont visé les peuples africains ». Il a également plaidé pour un travail scientifique et juridique approfondi destiné à documenter les crimes commis contre les peuples africains. M. Nasri a ainsi affirmé que « l’Algérie soutient pleinement l’engagement des historiens africains et des experts en droit international dans une action concertée visant à réunir documents, témoignages et preuves juridiques irréfutables démontrant les crimes perpétrés contre les peuples du continent ».
Forte de son expérience historique marquée par une longue lutte de libération nationale, l’Algérie a également exprimé sa disponibilité à partager les archives et les témoignages en sa possession avec les institutions africaines et internationales compétentes.
Nasri a rappelé le lourd passé colonial de l’Algérie, marqué selon lui par de graves violations, dont des actes de génocide, l’usage d’armes chimiques et nucléaires interdites, ainsi que d’autres crimes documentés par les archives et témoignages historiques. Il a souligné que ces éléments contribuent à l’élaboration d’une position africaine commune fondée sur la vérité historique, la justice et la mémoire des souffrances des peuples africains.
Il a également salué la résolution de l’ONU reconnaissant la traite transatlantique des esclaves comme l’un des crimes les plus odieux contre l’humanité, y voyant une avancée majeure dans la réhabilitation des victimes africaines et une victoire de la vérité après des décennies de déni.
Enfin, il a félicité le Ghana pour son rôle diplomatique et rappelé que l’Union africaine a décidé de transformer le thème 2025 sur la « Justice et réparations » en une décennie (2026-2035) dédiée à cette même cause.
La Déclaration d’Alger comme feuille de route
La « Déclaration d’Alger », issue de la rencontre des 30 novembre et 1er décembre 2025 et adoptée par l’Union africaine, est devenue une référence en matière de justice historique en Afrique. Elle appelle à la reconnaissance des crimes coloniaux, à l’intégration de leur criminalisation dans le droit international et à la préservation de la mémoire pour les générations futures.
Le texte insiste aussi sur la restitution des biens culturels, des archives et des restes humains spoliés, tout en soulignant la responsabilité des anciens colonisateurs face aux conséquences économiques, sociales et environnementales du colonialisme en Afrique.
Dans le même esprit, M. Nasri a salué l’adoption par l’Union africaine de la proposition algérienne instituant une Journée africaine de commémoration des martyrs et victimes de la traite transatlantique, du colonialisme et de l’apartheid, célébrée chaque 30 novembre. Réaffirmant la position constante de l’Algérie sur la question des réparations, il a soutenu que « la revendication de réparation par les Africains et les personnes d’ascendance africaine constitue une aspiration légitime à la réparation des préjudices subis, à la réhabilitation des victimes et à la correction des injustices historiques ».
Il a assuré que cette vision s’inscrit dans la perspective d’un ordre international fondé sur « l’égalité entre les peuples, le respect de la dignité humaine, la solidarité, la coopération et le partenariat équilibré », loin de toute logique de domination. Il a enfin rappelé que le Parlement a adopté à l’unanimité, le 12 avril 2026, une loi criminalisant le colonialisme subi par l’Algérie, renforçant ainsi l’engagement du pays dans le combat pour la reconnaissance et la justice historique.