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Op-Ed

Covid-19: La santé, ma priorité ; la nature, sa légitimité

Quand on parle de l’animal sauvage sur quatre pattes, on répète toujours de dire que la faim chasse le loup hors du bois. Mais qu’en est-il de l’humain-animal sur deux pattes répondant à l’excès de son zèle en s’invitant du côté des territoires non accommodés à ses quêtes ? Dépourvu de tout raisonnement, il s’achemine vers un défi inconcevable – son support de diversion – celui de faire plaisir à soi et aussi du tort à ce qui l’entoure pour à la fin devenir la proie pourchassée.

Si sa conscience souhaitait limiter les dommages, mais son subconscient occulterait des aspérités sans nom tel ce commerce de viande de brousse dans ses effets délétères. Le cas du Covid-19, la maladie infectieuse respiratoire, en dit long sur ce cas apparent. La promiscuité et l’apprivoisement de l’homme vis-à-vis de l’habitat naturel de l’animal (que ce soit sauvage ou d’élevage) ont fait couler beaucoup d’encre ces dernières décennies. La tendance semble devenue anachronique tant les faits enregistrés nous alarment et désarment.

La nature est fertile, elle donne la vie comme elle nourrit. Mais avec les progrès de la science, la révolution industrielle et la surnatalité, la voici devenue la victime convoitée par les désirs égoïstes de l’homme. La constatation des débordements et catastrophes naturelles signalés ici et là la teintent d’une métaphore négative, et pourtant on est tous liés voire dépendants de ce qu’elle nous prodigue. Paisible, elle pourrait se révulser ; généreuse, elle pourrait le cesser.

Cela remonte déjà à des années que les épidémies de maladies infectieuses foisonnent à travers la planète. Le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère), le virus Ebola (fièvre sévère), la grippe aviaire (virus H5N1 de type A qui sévit chez les oiseaux et pathogène pour l’homme), les coronavirus… : tous sont des virus émergents généralement inconnus, et c’est leurs multiplicités qui interrogent et inquiètent l’homme.

Les avis des experts scientifiques et autres s’harmonisent sur l’origine de ces phénomènes à croissance exponentielle : la métamorphose et la désolation profonde des milieux naturels provoquées par les agissements abrupts de l’homme. Sans limites, ni frontières, le penchant humain est lié à l’anéantissement des écosystèmes et aux dégradations des milieux environnementaux comme la déforestation, la chasse et commerce des espèces animales même en voie d’extinction, aux progrès parfois incongrus médicaux, aux échanges mondialisés…

La logique est là : c’est l’humain qui est allé fouiner dans ce monde des virus, et non le contraire. Les zoonoses (maladies transmises par les animaux vertébrés à l’homme, et vice versa) sont un exemple, et lesdites transmissions sont variées. Certains agents zoonotiques se transmettent via des contacts directs entre l’homme et l’animal (virus de la rage, de la grippe aviaire, peste, etc.), d’autres se transmettent par l’intermédiaire de l’environnement (eaux, sols, objets, etc.) ou des aliments contaminés par l’animal ou ses déjections (salmonelles, toxoplasme, ver parasite anisakis, ).

Par ailleurs, certains de ces pathogènes peuvent également avoir la capacité de se transmettre d’un individu infecté à un autre. Concernant la pandémie liée au coronavirus Covid-19, l’hypothèse privilégiée est celle d’un agent transmis par une chauve-souris en passant par un spécimen de pangolin. Aller exploiter des milieux extérieurs à son voisinage, en chassant, en brûlant des forêts, en abattant des arbres, en construisant des routes forestières – ce qui facilite le braconnage et la fragmentation des milieux naturels –, cela conduirait à l’appauvrissement de l’environnement et à l’interaction de groupes d’organismes entre eux.

L’instabilité sur tous les plans se nourrit de la fragilisation des animaux, de la perte des espèces donc de la diversité à l’image des animaux prédateurs d’une part, et des bactéries ou virus comme régulateurs d’autre part. De ce fait, les vulnérabilités sociales seraient accentuées et les populations résisteraient moins à des effets changeants et à l’émergence de maladies.

Le principe de la mondialisation financière et libérale est remis en cause dans tout ce que nous subissons. Sauvagement admis dans la réduction des services publics et de la protection sociale rationnée, dans la fluidité des mouvements financiers, dans la déréglementation, dans la libéralisation des échanges, dans la délocalisation de l’activité, dans l’interdépendance des sociétés, il a cautionné plus qu’il ne devrait. Il a fourni au consommateur des produits à moindre coût, et on enregistre des courses aux prix les plus bas comme par exemple les médicaments, les outils technologiques et bien d’autres. En proie à la pauvreté, la fragilité de l’être humain face aux fractures et inégalités sociales est là, et c’est le fruit de notre santé en déclin que nous cueillons par la complaisance de notre passivité trop excessive.

Y a-t-il des solutions pouvant contourner ces dépassements ? « Oui », dirait la conscience collective, seulement quand la volonté politique serait associée à nos attentes et aux besoins urgents de la nature comme la démondialisation en partie, la relocalisation par étapes, l’industrie agroalimentaire mieux contrôlée et la paix mettant fin aux conflits d’intérêts.

Espérons que la santé, notre priorité, et la nature dans la reprise de ses droits (sa légitimité), deviennent une exigence absolue, car, dans l’esprit de chacun de nous, rien n’est plus important que de se sentir en équilibre et en phase avec sa santé mentale, physique et sociale.

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