Cours particuliers : Les parents d’élèves se concertent
Le phénomène des cours particuliers a explosé ces dernières années. Perçue autrefois comme un soutien ponctuel pour combler quelques lacunes, cette pratique est devenue, au fil du temps, un passage obligatoire pour beaucoup de parents et d’élèves, du primaire jusqu’à la terminale. Aujourd’hui, de nombreuses familles n’hésitent plus à consacrer une part importante de leur budget à ces cours de soutien. Le but est de garantir la réussite de leurs enfants peu importe le prix.
La situation a atteint, selon les observateurs du secteur de l’éducation, un tel point que cela ressemble à une « mafia », générant des sommes d’argent considérables, de manière informelle et illicite. Cette pratique, échappant à toute régulation, est désormais au cœur des débats. Est-ce que sa prolifération montre que l’école publique ne répond plus aux besoins ? Est-ce un marché qui échappe à tout contrôle ? Ou bien bien nos élèves ont réellement besoin d’un accompagnement pédagogique en dehors des murs des écoles ?
Ce sont autant de questions auxquelles l’Union nationale des parents d’élèves (UNPE), en partenariat avec le Laboratoire de psychologie neurocognitive, cognitive et sociale de l’université Chahid Hamma Lakhdar d’El Oued, tentera d’apporter des réponses lors du 4ᵉ Colloque national consacré à la problématique de la prolifération des cours de soutien. Le colloque se tiendra les 21 et 22 décembre à Alger.
Dans son communiqué introductif, l’UNPE rappelle que l’essor des sociétés repose d’abord sur l’édification de l’être humain. Un processus qui se construit dans deux espaces essentiels, à savoir la famille et l’école.
Celle-ci est décrite comme « le véritable pont vers la croissance et le développement ». Elle porte la responsabilité de transmettre le savoir, les valeurs et de préparer les générations à comprendre leur histoire, tout en s’ouvrant à l’avenir.
Pourtant, malgré les efforts engagés, l’école publique algérienne peine à remplir pleinement cette mission.
Les organisateurs du colloque alertent sur une tendance devenue structurelle : la généralisation des cours particuliers.
Selon les données évoquées dans le communiqué, leur taux national aurait atteint 106 % en 2016/2017, dépassant même le nombre d’élèves concernés.
Ce phénomène massif des cours particuliers est révélateur de plusieurs problèmes sous-jacents. Le chiffre illustre clairement une perte de confiance progressive de la part des parents envers l’école publique et un sentiment général d’insuffisance pédagogique face aux exigences des programmes. Pour les familles, cette situation se traduit par une pression croissante et l’obligation d’assumer des dépenses supplémentaires importantes pour l’éducation de leurs enfants. Un paradoxe majeur ressort d’ailleurs des études disponibles indiquant que malgré les efforts humains et financiers considérables investis dans ces cours parallèles, les résultats scolaires ne sont souvent pas à la hauteur des attentes.
Selon le communiqué, l’école algérienne fait face depuis plusieurs années à une série de dysfonctionnements complexes, parmi lesquels figurent les perturbations du rythme scolaire, la fragilité du niveau pédagogique des élèves et une baisse notable du rendement éducatif. Ces difficultés sont accentuées par les défis d’adaptation des enseignants et les divergences de plus en plus marquées entre les niveaux des élèves.
Cette situation, expliquent les rédacteurs du communiqué, crée une spirale d’incompréhension où parents, enseignants et élèves se retrouvent pris au piège, une tension amplifiée par la pression constante des examens officiels et la course permanente aux résultats scolaires.
Afin de comprendre les causes profondes de cette situation et de dégager des pistes de solutions concrètes, le 4ᵉ Colloque national a été mis en place. Cet événement ambitieux abordera la problématique de la prolifération des cours de soutien à travers plusieurs axes d’analyse essentiels, entre autres l’examen des facteurs de faiblesse et des origines des dysfonctionnements de l’école publique, l’évaluation de l’impact de la formation des enseignants sur le rendement en classe, et l’étude approfondie des conséquences de la dépendance croissante aux cours de soutien extérieurs sur le niveau réel des élèves.
L’objectif majeur de ce colloque est d’aboutir à des solutions scientifiques, réalistes et applicables qui permettront d’alléger la pression financière et psychologique sur les familles, tout en redonnant à l’école publique sa crédibilité et son rôle central dans le processus d’apprentissage.
En organisant ce colloque, l’UNPE et ses partenaires universitaires souhaitent ouvrir un débat national constructif. L’enjeu, selon l’organisation, dépasse la simple question des cours particuliers, mais il s’agit d’interroger la performance de l’enseignement, la qualité de la formation des enseignants, les méthodes pédagogiques, et la capacité de l’école à réduire les inégalités.
«L’espoir affiché est celui d’un retour à une école plus efficace, plus équitable et plus proche des besoins réels des élèves et des familles», conclut l’UNPE.