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Coup de poker de Trump en Syrie

Coup de poker de Trump en Syrie

Indépendamment du fait que l’attaque américaine contre la base aérienne syrienne d’Al-Chaaryat soit une agression au regard du droit international, la décision unilatérale prise par Donald Trump est révélatrice d’une dynamique enclenchée par les faucons de l’administration américaine et les partisans internationaux de la destruction de la Syrie. Cependant, une inconnue pèse sur ce coup de poker lancé par Washington, la réaction russe.

En effet, le timing de l’opération américaine sous-entend que le camp des extrémistes anti-russes, anti-syriens et anti-iraniens ont pesé de tout leur poids pour faire changer d’avis le président Trump qui déclarait il y a quelques jours que le sort du président Al-Assad était du ressort du peuple syrien.

Et rien du plus que de créer un climat psychologique auprès de l’opinion publique américaine et mondiale ; d’où l’affaire du gazage « présumé » par l’aviation syrienne de la localité de Khan Chaikhoun. Trump ne pouvait pas contredire une opinion mondiale fortement mobilisée et qui attendait plus que jamais une intervention militaire américaine pour « punir » le « président sanguinaire » !

Coïncidence ou pas, l’attaque américaine survient quelques jours après la réunion de Bruxelles pour la « reconstruction » de la Syrie. Mais que reconstruire dans un pays complètement ravagé ? Du pain béni pour les multinationales américaines non rassasiées par la reconstruction de l’Irak détruit par le président Bush Jr. Aujourd’hui, c’est le promoteur immobilier et accessoirement président des Etats-Unis, Donald Trump qui entend se charger de la reconstruction de la Syrie.

Enfin, et pour donner du crédit aux déclarations du ministère russe de la Défense, qui affirme que l’attaque d’hier était programmée bien avant l’épisode de Khan Chaikhoun, il sied de rappeler que la Maison blanche a reçu successivement la visite du vice-pince héritier d’Arabie Saoudite Mohamed Ben Salmane, du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, puis du roi de Jordanie Abdallah II, trois protagonistes du drame syrien, suivi ensuite du président égyptien Abdelfatah Al-Sissi.

Tout porte à croire que le durcissement de la position américaine est à situer lors de ses entrevus entre Trump et ses invités moyens-orientaux.
La grande inconnu reste cependant la Russie. Allié déclaré et assumé du gouvernement syrien, Moscou a promptement réagi par rapport aux bombardements de la base d’Al-Chaaryat. Le président Vladimir Poutine a qualifié les frappes américaines d’« agression contre un État souverain ». A Moscou, on ne croit pas à la thèse défendue en « Occident » quant à la responsabilité de l’Etat syrien dans le drame de Khan Chaikhoun.

D’ailleurs, le président Poutine « estime que la négligence des cas d’utilisation d’armes chimiques par les terroristes ne fait qu’aggraver la situation », selon le porte-parole du Kremlin.
Concrètement, les Russes ont suspendu le mémorandum avec les Américains sur la prévention d’incidents aériens au-dessus de la Syrie. Ainsi, « la sortie du de ce mémorandum permettra de réagir opportunément à différentes des menaces différentes, concernant notamment nos aérodromes et nos unités se trouvant dans ce pays », a déclaré Iouri Chvytkine, vice-président de la commission de la défense de la Douma (chambre basse du parlement russe).
Sur le plan diplomatique, Moscou a demandé hier, la réunion du Groupe international de soutien à la Syrie, une demande acceptée par les Américains.

Une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu était également prévue hier selon des médias américains. Mais le plus important reste le plan bilatéral russo-américain.
Selon le présidente du sénat russe, Valentina Matvienko, l’attaque contre la base syrienne est « un coup dur porté aux relations russo-américaines », avant d’ajouter que « compte tenu l’extrême importance que revêt la sécurité mondiale, l’attaque aux missiles a créé de nouveaux problèmes sur la voie du renforcement de la paix et de la coopération ».

Tout porte à croire que les ingrédients d’une nouvelle Guerre froide se mettent en place avec pour toile de fond le drame syrien. D’ailleurs, certains observateurs russes se félicitent de la retenue de l’armée russe face aux attaques américaines, d’autant plus que les systèmes de défense russes garantissent en principe l’inviolabilité du ciel syrien. Ainsi, et selon Sergueï Soudakov, membre de l’Académie des sciences militaires de Russie, « sans le sang-froid du commandant en chef russe, on aurait ordonné la destruction de ces Tomahawks. Ce qui aurait signifié le début d’une guerre »,
« Tout le monde s’interroge tout d’abord pourquoi les systèmes antiaériens russes n’ont pas abattu tous ces missiles.

Les gens pensent qu’il aurait fallu le faire afin de prévenir cette agression.
Mais si nous avions détruit ces engins, nous aurions pu ne pas nous réveiller ce matin à cause du conflit nucléaire. Nous aurions pu faire face à un affrontement de deux États nucléaires sur le territoire d’un pays tiers », a insisté Sergueï Soudakov.
De quoi l’avenir sera-t-il fait ? Quelle sera la position de la Russie si le président Trump insiste dans un avenir proche d’intensifier les campagnes militaires américaines contre la Syrie ? Et la position israélienne, et celle de l’Iran ? Autant de questions qui méritent d’être soulevées car l’avenir de la paix mondiale se jouent peut-être en terre syrienne. 

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