Contrôle du détroit de Bab El-Mandeb par les Houthis : Le pétrole propulsé au-dessus de 100 dollars
Le regain des tensions entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Iran ainsi que la situation autour du détroit de Bab El-Mandeb ont propulsé les prix du pétrole au-dessus des 100 dollars. Les craintes de perturbation des approvisionnements mondiaux ravivent les inquiétudes, alors que l’impact se fait déjà ressentir dans plusieurs pays, avec la hausse des prix du carburant.
Pour la première fois depuis le mois de juillet dernier, les prix de l’or noir ont franchi depuis mercredi la barre des 100 dollars, frôlant la barre des 110 dollars jeudi. Les prix du pétrole restaient à des niveaux élevés vendredi, malgré un léger recul, les investisseurs étant préoccupés par l’avancée des Houthis du Yémen qui veulent bloquer les exportations de brut de l’Arabie saoudite par la mer Rouge.
Dans la matinée du vendredi, le baril de Brent baissait de 1,03% à 106,49 dollars. Celui de WTI baissait de 0,74% à 101,68 dollars, avant d’enregistrer une légère baisse en fin de journée.
C’est la situation qui prévaut au détroit de Bab El-Mendeb, un passage stratégique et vital pour le commerce mondial et l’approvisionnement énergétique, qui a engendré une hausse du prix du pétrole sur le marché. Ce détroit a gagné en importance depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée contre l’Iran, avec les restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Les Houthis du Yémen ont pris jeudi le contrôle de la ville de Mokha sur la mer Rouge, une percée notable dans leur progression vers le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique entre l’Europe et l’Asie. L’acheminement des hydrocarbures de l’Arabie Saoudite est directement affecté par cette situation, au moment où le pays a déclaré que sa production pétrolière avait chuté le mois dernier à son plus bas niveau depuis 1990. Cette situation pourrait encore compliquer davantage l’équation pour l’Arabie saoudite, dont les exportations pétrolières sont prises otage entre les deux détroits. Riyad a annoncé vendredi la fermeture temporaire de l’oléoduc Est-Ouest, utilisé pour contourner le verrouillage d’Ormuz par l’Iran au lendemain des attaques qui l’ont ciblé.
Des répercussions économiques, géopolitiques et énergétiques mondiales majeures sont prédites par des experts. Selon le responsable des investissements à la banque Cité Gestion, « le véritable choc se déroule aujourd’hui sur le marché du fret pétrolier », les frais d’acheminement ayant bondi avec la guerre au Moyen-Orient. « Le problème n’est donc plus seulement la disponibilité du pétrole, mais la disponibilité des navires capables de le transporter », ces derniers étant en mer plus longtemps en raison des détours que les navires doivent emprunter, a-t-il averti.
Les conséquences se font aussi ressentir avec des prix des carburants en hausse dans plusieurs pays. Une hausse des carburants qui n’est pas liée à un manque de pétrole brut mais à un manque de carburants déjà raffinés, principalement sur le diesel et le kérosène, selon les spécialistes. Cependant, les perspectives de discussions entre l’Iran et ses voisins du Golfe au sujet du détroit d’Ormuz calment un peu le marché, après la flambée des derniers jours.
Lors de la séance de clôture hebdomadaire, le prix du baril de de la mer du Nord, pour livraison en novembre, a diminué de 2,81% à 104,61 dollars, alors qu’il a progressé de 8,65% durant la semaine. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate pour livraison en octobre, a aussi reculé de 2,37% à 100,05 dollars.
Téhéran tiendra lundi des discussions pour « favoriser une meilleure compréhension entre les pays de la région et contribuer à renforcer la sécurité régionale commune », a assuré le ministère iranien des Affaires étrangères, précisant que « l’Irak et d’autres pays riverains du Golf » y participeront.
Le marché s’est également montré quelque peu rassuré par la perspective d’une consommation en baisse, comme avancé l’Agence internationale de l’énergie (AIE), selon laquelle la demande mondiale de pétrole devrait diminuer de 2,5 millions de barils par jour, soit 940 000 barils par jour de moins que prévu le mois dernier.
Le marché reste toutefois encore sous tension. Selon nombre d’analystes, le baril pourrait atteindre 120 et 150 dollars, si les hostilités continuent, avec des conséquences importantes sur l’économie mondiale.