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Nationale

Révision de la Constitution : le parasitage de la campagne

Révision de la Constitution : le parasitage de la campagne

A dix jours du référendum sur la Constitution, la campagne dite de sensibilisation a pris d’autres tournures sur le plan médiatique. Bien qu’elle peine à retrouver une forte et intense animation, cette campagne a pêché par des incongruités et des “détournements “, que certains observateurs n’hésitent point à la qualifier de “parasitage”. Une tendance que la Toile trahissait quotidiennement à travers ses tribunes virtuelles.

Le débat instauré par les mouvances politiques a été encastré délibérément dans un moule idéologique, restrictif et presque éliminatoire. Cette posture annihile de facto les fervents participants à la campagne référendaire, et surtout ceux qui militent pour un débat serein, objectif et complètement libéré des antagonismes idéologiques.

Depuis le début de la campagne, les citoyens étaient comme tétanisés par des discours de rejet, de critiques acerbes sur un ou deux articles du texte soumis au vote. Le débat étaient orienté sur des considérations du genre: faut-il garder la référence de l’islam comme religion d’État ? Faut-il encore constitutionnaliser nos référents identitaires?

Or, beaucoup estiment que ce genre de questionnement exige plutôt une autre forme de débat, dans une conjoncture plus stable et plus longue dans le temps. Le texte actuel a été révisé dans un contexte exceptionnel, presque dans la pression voire de la précipitation. Même au sein des chambres parlementaires, les plénières étaient restreintes, courtes et sans vagues.

Il est évident que pour les auteurs du projet de révision de la Constitution, il s’agissait avant tout de toucher au fonctionnement des pouvoirs, de remédier à certains déséquilibres et carences dans la gestion des affaires de l’État, de colmatage des brèches qui ont permis l’émergence de nouvelles forces de l’argent. Il fallait changer le régime politique, qui avait érigé la personnification, et octroyé tous les leviers du pouvoir entre les mains d’une seule personne, qualifiée de supranationale. Les motivations du comité des experts, chargés de rectifier les ” dissonances ” dans la gestion de l’État, étaient évidemment inspirées des errements de l’ancien régime déchu de Bouteflika et des revendications du hirak et du mouvement citoyen.

Jamais, le débat n’a réussi à se positionner sur cet aspect. A qui la faute? Aux partis politiques, qui ont trouvé dans cette campagne inédite une aubaine pour se mettre au devant de la scène ? Aux médias, qui sont lourdement affectés par les dégâts de la pandémie du coronavirus, et marqués par la crise ? Aux animateurs de la société civile, qui viennent de retrouver une nouvelle dynamique, mais qui sont  restés confinés dans des discours populistes ou nihilistes?

Pourquoi ce débat a occulté les vraies questions de l’édification d’un État républicain, d’un système démocratique, ou les libertés publiques et individuelles sont respectées et protégées ? Que peut bien nous faire et apporter les querelles, historiquement anciennes, sur les identités nationales, les différences culturelles ou ethnologiques, et sur les soubassements de nos appartenances religieuses?

Lors des marches du vendredi de l’année dernière, les citoyens ont clairement signifié que les défis majeurs qui font face à notre peuple sont la construction de cet État moderne, fort, régulateur et démocratique, de la mise en place des règles de bonne gouvernance et de la décentralisation, de l’émergence de nouveaux rapports sur la gestion des ressources de l’État dans la transparence et de la lutte contre toutes les déviances et les fléaux qui fragilisent et l’État et la société.

Les enjeux de la campagne référendaire se trouvaient sans doute sur ces points. Jamais sur des questions identitaires, cultuelles ou culturalistes, ou religieuses. Alors qui a biaisé le débat ? Qui a intérêt à faire oublier l’essentiel et le déterminant dans cette révision constitutionnelle? Sur ce terrain, le débat est moribond, sournois et dangereux.

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