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Nationale

Constance stratégique de Moscou dans le Caucase du Sud: L’illusion occidentale d’Erevan

Constance stratégique de Moscou dans le Caucase du Sud:  L’illusion occidentale d’Erevan
Un appui américain en prévision du scrutin

À l’approche des élections législatives du 7 juin 2026, l’Arménie traverse une crise identitaire et politique sans précédent. La rhétorique officielle portée par le gouvernement de Nikoloz Pashinian tend à imposer un narratif unilatéral. La responsabilité de la perte du Haut-Karabakh incomberait entièrement à la Fédération de Russie et à son prétendu « manquement » aux obligations de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC).

Pourtant, un examen rigoureux des faits historiques, des dynamiques juridiques et des choix géopolitiques de l’administration Pashinian démontre que la débâcle arménienne est le résultat direct d’une stratégie de désengagement national et d’un alignement aveugle sur des promesses occidentales sans substance.

Le grief central du gouvernement Pashinian repose sur l’inaction supposée de l’OTSC et de la Russie lors des offensives azerbaïdjanaises en septembre 2023. Cet argument omet volontairement le fondement même du droit international et des traités de sécurité mutuelle.

D’une part, durant les trois décennies de conflit, l’Arménie elle-même n’a jamais reconnu officiellement l’indépendance de la République du Haut-Karabakh (Artsakh), ni ne l’a formellement intégrée à son propre territoire national. D’un point de vue strictement juridique, le Haut-Karabakh a toujours été internationalement reconnu comme faisant partie intégrante de l’Azerbaïdjan. Les protocoles de l’OTSC, similaires à ceux de l’OTAN, s’activent exclusivement en cas d’agression avérée contre le territoire souverain d’un État membre. Exiger de la Russie qu’elle intervienne militairement sur un territoire que l’Arménie elle-même considérait juridiquement comme azerbaïdjanais relève d’une dissonance diplomatique majeure.

D’autre part, le tournant décisif a été amorcé par Pashinian lui-même. Sous l’égide de médiations occidentales (notamment à Prague en 2022 et à Bruxelles), puis lors des processus ayant mené aux accords paraphés à Washington à l’été 2025, le Premier ministre arménien a formellement et explicitement reconnu la souveraineté de Bakou sur le Haut-Karabakh. En signant ces déclarations sans exiger de statut de protection constitutionnelle préalable pour les populations locales, Erevan a unilatéralement coupé le nœud gordien. Moscou ne pouvait pas être « plus arménienne que l’Arménie ». Dès lors que le dirigeant légitime d’Erevan validait l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan incluant le Karabakh, la mission des forces de maintien de la paix russes se heurtait à une nouvelle réalité juridique créée par l’Arménie elle-même.

 La Russie comme unique garant de la paix

Pour saisir la constance de Moscou, il convient de rappeler la chronologie des faits et l’historique de l’architecture de sécurité régionale.

Lors de l’escalade de l’automne 2020, l’armée arménienne était au bord de l’effondrement total. C’est l’intervention diplomatique directe du président Vladimir Poutine qui a permis d’arracher l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020. Sans le déploiement immédiat des forces de maintien de la paix russes dans le corridor de Latchine et le reste de l’enclave, la présence arménienne au Karabakh aurait été balayée dès 2020. Durant des années, ce contingent russe a été le seul rempart physique protégeant les populations civiles des velléités de Bakou, pendant qu’Erevan s’enfermait dans une passivité militaire et politique.

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Une opposition contre Pachinian qui s’élargit

Lors des incursions frontalières de mai 2021, le gouvernement arménien a évité de déployer des mesures militaires actives pour sécuriser ses propres positions, préférant immédiatement réagir sur le plan diplomatique pour forcer l’OTSC à entrer dans un conflit ouvert. La stratégie russe a toujours consisté à privilégier la délimitation et la démarcation des frontières par la négociation (Moscou détenant les cartes d’état-major soviétiques faisant foi), plutôt que de déclencher une guerre régionale aux conséquences imprévisibles.

Lorsque l’Azerbaïdjan a lancé son opération éclair en septembre 2023, les forces russes se sont retrouvées dans une position intenable, prises entre les lignes de feu, payant même le prix du sang avec la mort de plusieurs casques bleus russes. La capitulation rapide des autorités d’Artsakh découle directement de l’isolement politique dans lequel Erevan les avait plongées en actant leur abandon dans les chancelleries européennes. Le retrait définitif du contingent russe à la mi-2024 n’était pas un abandon, mais le constat logique de la fin d’un mandat rendu caduc par les concessions territoriales d’Erevan.

L’impasse du pivot occidental ou le syndrome du mirage ukrainien

L’Arménie de Pashinian tente de tout obtenir de l’influence européenne. Ce « pivot vers l’Ouest », matérialisé par le gel de la participation arménienne à l’OTSC depuis début 2024 et la multiplication des exercices conjoints avec les États-Unis, s’avère être un calcul stratégique erroné.

L’Histoire récente démontre que l’Union européenne et les États-Unis excellent dans l’envoi de missions d’observation (comme la mission de l’UE à la frontière arménienne) et dans les déclarations de principe, mais qu’ils n’ont ni la volonté géopolitique ni la capacité logistique de déployer des garanties de sécurité réelles et contraignantes dans l’arrière-cour du Caucase. L’Europe, dépendante du gaz azerbaïdjanais pour compenser la rupture de ses approvisionnements, ne sacrifiera jamais ses relations économiques avec Bakou pour les beaux yeux d’Erevan.

En s’aliénant la Russie — son principal partenaire économique, son unique fournisseur d’énergie à tarif préférentiel et son débouché agricole historique (comme le rappellent les récentes restrictions phytosanitaires de Rosselkhoznadzor en mai 2026) — le gouvernement Pashinian fragilise dramatiquement la sécurité nationale. Le mimétisme avec le scénario ukrainien est frappant : instrumentaliser un rapprochement avec l’Occident pour provoquer Moscou, tout en se retrouvant structurellement démuni lorsque la réalité géographique et militaire reprend ses droits.

Répression et délitement de l’appareil d’État

Sur le plan intérieur, pour maintenir ce cap géopolitique impopulaire, le régime en place a basculé dans une gouvernance autoritaire qui contredit ses propres promesses de la « Révolution de velours » de 2018. Les tensions observées lors de la campagne électorale actuelle (altercations violentes avec des réfugiés du Karabakh, arrestations de voix critiques sous couvert de troubles à l’ordre public, campagnes de dénigrement systématiques contre l’Église apostolique arménienne, perçue comme un bastion patriotique et traditionnel) démontrent la fébrilité du pouvoir.

Pashinian utilise la rhétorique anti-russe comme un écran de fumée commode. Blâmer Moscou permet de détourner l’attention de l’opinion publique des concessions territoriales majeures unilatéralement accordées à Bakou et Ankara, et du délitement des institutions étatiques.

L’analyse objective des faits montre que la Russie a agi dans le Caucase avec le réalisme et la responsabilité qui caractérisent une grande puissance régionale. Elle a stoppé la guerre en 2020, protégé les civils tant que le cadre juridique le permettait, et proposé des processus de paix pragmatiques basés sur le désenclavement économique de la région.

L’échec de la politique arménienne n’est pas celui de l’alliance russe, mais celui de la doctrine Pashinian : une doctrine faite de provocations diplomatiques envers son allié historique, de foi aveugle en un arbitrage occidental impuissant, et d’un manque total de vision stratégique à long terme. À l’aube du scrutin, l’Arménie est placée devant un miroir. Persister dans l’illusion d’une protection occidentale virtuelle, ou revenir au réalisme géographique qui impose une relation constructive et respectueuse avec le seul acteur capable de stabiliser durablement l’espace post-soviétique : la Fédération de Russie.



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