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Op-Ed

Congrès de la Soummam: Une seule révolution, une seule voix

Soixante-quatre ans après, l’enjeu du congrès de la Soummam demeure entier. Alors que la révolution armée, déclenchée le premier novembre 1954, achevait péniblement sa deuxième année, les chefs du Front de libération nationale savaient que la résistance au colonialisme devait s’organiser avec rigueur pour qu’elle puisse durer dans le temps. L’objectif stratégique était d’unifier avant tout les rangs.

Pour les stratèges du FLN, le mot d’ordre était simple : une seule révolution, une seule voix !. Pour le tandem Abane Ramdane-Larbi Ben M’Hidi, il fallait d’abord convaincre et rallier toutes les forces politiques nationales autour de l’idée de l’indépendance, ensuite organiser et structurer la lutte sur les plans militaire, politique, logistique et diplomatique et enfin imposer un seul et unique interlocuteur face à l’ennemi.

C’est sans doute ce programme colossal qui a permis à ce congrès de réussir et de devenir la pierre angulaire de cette Algérie combattante. C’est encore ce congrès qui balisa le chemin vers la restauration de la souveraineté nationale, pour reprendre les termes de l’historien Mohamed El Korso.

Les architectes de la plateforme avaient analysé la déclaration du 1er novembre, sa portée et ses limites. Ils ont porté un regard critique et objectif sur cette révolution naissante, mesuré les moyens et les potentiels de la lutte.
Ils ont surtout mis en avant leur rejet contre les ambitions personnelles, les individualismes, les esprits sectaires et claniques et les divisions, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, qui se formaient autour des déclencheurs de la révolution.

C’est grâce ce congrès que les autres forces politiques algériennes ont rejoint la révolution. Les udmistes, les centralistes, les communistes, les réformistes musulmans, les intellectuels autonomes, et même des cadres et militants messalistes, tous ont trouvé dans cette plateforme un point de ralliement patriotique et un esprit unificateur.

Pour les congressistes de la Soummam, il existe deux points majeurs à édifier et à défendre : premièrement, organiser la révolution, structurer la base combattante et lui donner les moyens de la lutte. C’est ici que le FLN créa les six wilayas, plus la zone autonome d’Alger, des commandements et des conseils, désigna des chefs et des commissaires, et lança de nouvelles formes d’organisation de la résistance dans la campagne, mais aussi dans les agglomérations urbaines.
Deuxièmement, imposer la fameuse primauté du politique sur le militaire et celle de l’intérieur sur l’extérieur. Il s’agit ici d’un postulat stratégique qu’Abane avait pensé, après avoir connu et subi les affres de la division, des manœuvres de diversion et les attitudes de leaderships de certains responsables.

Et c’est sans doute cela qui a provoqué plus tard son assassinat par ses propres compagnons, paniqués à l’idée de perdre des privilèges ou des pouvoirs.

Pour l’historien Mohamed El Korso, la victoire du Congrès a été “de facto” celle de Abane, dont “le leitmotiv a été l’unité dans le combat, laquelle passait par l’élargissement et l’ouverture de la base militante et combattante du FLN à toutes les forces nationales anticolonialistes.
Même les communautés chrétiennes et juives étaient sollicitées pour apporter leurs concours à la lutte libératrice. Dans ce sens, il faut rappeler les propos tenus par Abane à Ferhat Abbas lorsqu’il lui avait dit : “le FLN n’appartient à personne, mais au peuple qui se bat. L’équipe qui a déclenché la Révolution n’a acquis sur celui-ci aucun droit de propriété.

Si la Révolution n’est pas l’œuvre de tous, elle avortera inévitablement”. Aujourd’hui, il paraît bien clair que ces idées de souveraineté et de primauté planent de nouveau sur la vie politique nationale. Elles résonnent encore, comme au temps du hirak, l’an passé, comme un perpétuel discours de revendication populaire et citoyenne.

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