Comprendre et prévenir la violence à l’adolescence
Effet d’âge, effet de génération, effet d’époque… Chercher à dominer, à blesser, à humilier avec une intention de nuire que ce soit psychologiquement, physiquement ou sexuellement. Notre génération est-elle plus impulsive et violente que les précédentes ? Cyberharcèlement, rixes, viols, meurtres… La violence des jeunes défraie régulièrement la chronique. Dans nos sociétés qui sacralisent l’enfance, elle choque, surprend, trouble, perturbe, et inquiète. Les manifestations agressives de l’enfance sont-elles annonciatrices de crimes plus graves à l’âge adulte ?
Depuis longtemps, les pouvoirs publics condamnent et tentent de contenir ces excès. D’où vient ce phénomène complexe ? Et comment y faire face ? Faut-il céder à la tentation d’un renforcement autoritaire ? Et sinon, comment trouver un juste milieu entre laxisme et autoritarisme ?
Les violences perdurent dans les classes populaires, où la culture masculine, virile et brutale reste forte. La testostérone est considérée comme l’hormone mâle par excellence, sécrétée à la fois chez les femmes et chez les hommes en beaucoup plus grande quantité. De nombreuses études montrent l’existence d’une corrélation statistique entre testostérone et agressivité. Pourtant la majorité des mâles humains produisent de la testostérone sans être agressifs ni violents. La testostérone serait davantage liée à la dominance qu’à l’agressivité.
Notre nouvelle génération serait-elle qualifiée d’hyperconnectée aux réseaux sociaux, militante du genre et du climat, individualiste, irresponsable, désengagée et matérialiste ? Des pertes de repères aux paradoxes qui créent des confusions oscillant entre la haine du désordre au goût de l’ordre, et du goût du désordre à la haine de l’ordre.
L’adolescence et la violence
C’est au milieu de l’adolescence quand la puberté se produit et la pensée abstraite se forme que le risque de commettre un acte violent est le plus élevé. Comme la violence chez les adultes est généralement liée à un dossier de violence juvénile, et comme les adultes sont tous passés par l’adolescence, il est plausible de croire qu’une diminution de la violence chez les jeunes aurait un effet proportionnel chez les adultes, dans une société donnée.
Il faut tenter d’expliquer pourquoi certains adolescents et adultes adoptent souvent un comportement violent, et les autres non. Même s’ils ne constituent qu’un groupe relativement restreint, ils terrorisent une bonne partie de la population et représentent un fardeau de souffrances pour leurs victimes, leurs familles et eux-mêmes.
Pourquoi les premières années sont-elles si importantes ?
Comment expliquer l’augmentation et la diminution de l’agressivité physique et des comportements perturbateurs durant la tendre enfance ? Il est possible que le développement émotionnel, cognitif et physique y joue un rôle important. Au cours des 24 mois qui suivent la naissance, la taille des bébés augmente de plus de 70 pour cent et leur poids triple ou presque.
À la naissance, les bébés arrivent difficilement à lever la tête, alors qu’à neuf mois ils sont capables de ramper, à 12 mois ils marchent, et à 24 mois, ils courent et montent les escaliers.

Des adolescents de plus en plus violents
L’habileté à saisir les objets joue un rôle important dans les relations avec les autres. Lorsqu’ils naissent, les bébés sont incapables d’utiliser leurs bras, mais à six mois ils peuvent atteindre et saisir des objets. S’ils aperçoivent un jouet intéressant dans les mains d’un autre bébé de leur âge, ils ne se posent pas de question et vont chercher à saisir l’objet. Si l’autre enfant ne lâche pas le jouet, une dispute éclatera.
Il faut noter qu’à six mois, l’enfant n’a pas encore acquis les capacités langagières nécessaires pour demander le jouet à l’autre ; il développera ces capacités beaucoup plus tard, mais la fréquence et la complexité de ses relations avec les autres personnes de son environnement augmentent au même rythme que son développement physique, sinon plus vite. Lorsqu’ils sont éveillés, les enfants passent la majeure partie de leur temps à explorer leur environnement.
Entre 12 et 18 mois, ils s’amusent seuls à imiter des activités de la vraie vie. Au terme de leur deuxième année, ils sont en train de « jouer » avec les autres. C’est durant cette période que le taux d’agressions physiques atteint son maximum. À cet âge, les enfants découvrent les relations sociales à l’aide de leurs habiletés nouvellement acquises : marcher, parler, courir, saisir, pousser, lancer et donner des coups de pied. La plupart de ces relations sont positives, mais il y a de plus en plus de conflits.
Dès l’âge de 12 mois, les enfants possèdent les capacités physiques, cognitives et affectives nécessaires pour être physiquement agressifs envers les autres. Si un enfant est entouré d’adultes et d’enfants qui affichent de l’agressivité physique les uns envers les autres, il comprendra vraisemblablement qu’une telle attitude fait partie des relations sociales de tous les jours.
Si, au contraire, l’enfant vit dans un environnement qui ne tolère pas l’agressivité physique et récompense plutôt un comportement « social et conciliant », il y a de bonnes chances qu’il prenne l’habitude d’utiliser des moyens autres qu’agressifs pour obtenir ce qu’il veut ou pour exprimer sa frustration.
Apprendre à être patient pour obtenir ce qu’on désire, et apprendre à utiliser le langage pour convaincre les autres afin de satisfaire ses besoins sont peut-être les deux facteurs les plus importants à retenir lorsqu’il s’agit de contrer l’agressivité physique chronique.
Initiation à un comportement social dès les premières années de la vie
Les enfants qui, durant les années préscolaires, n’apprennent pas à trouver des solutions pour éviter de recourir à l’agression physique risquent fort d’avoir énormément de problèmes. Ils ont tendance à être hyperactifs, inattentifs, inquiets et à refuser leur aide à ceux qui en ont besoin ; la majorité de leurs camarades de classe les rejettent, ils obtiennent de mauvais résultats à l’école et leur comportement perturbe le déroulement des différentes activités. Ils sont donc rapidement retirés de leur entourage « naturel » pour être placés dans des classes, des écoles ou des institutions spéciales en compagnie d’autres « déviants » : situation idéale pour encourager le développement d’un comportement marginal.

La violence au sein de la famille un signe d’inquiétude
Vu sous cet angle, une personne qui n’apprend pas à trouver des solutions pour éviter d’avoir recours à l’agression physique dès les premières années de sa vie en subira vraisemblablement les conséquences négatives à long terme.
Les études modernes qui ont suivi des enfants agressifs jusqu’à l’âge adulte ont en effet démontré que les conséquences sont extrêmement négatives, non seulement pour les individus agressifs, mais aussi pour leur conjoint, leurs enfants et la communauté où ils vivent : parents jeunes, chômage, violence familiale et deuxième génération d’enfants pauvres élevés dans un environnement perturbé. Sous cet angle, ne pas apprendre aux enfants à maîtriser leur comportement violent durant la tendre enfance mène à la pauvreté de façon bien plus évidente que la pauvreté mène à la violence.
Les agressions physiques des jeunes envers leurs parents
La violence chez les jeunes désigne la violence qui se produit entre des personnes âgées de 10 à 29 ans qui n’ont aucun lien de parenté et qui se connaissent ou ne se connaissent pas. Elle se déroule généralement à l’extérieur du domicile et comprend toute une série d’actes allant de l’intimidation, en ligne ou en personne, à une altercation physique, aux agressions sexuelles et physiques plus graves, à la violence liée aux gangs ou à l’homicide.
La violence chez les jeunes entraîne des décès, des traumatismes, des handicaps et des conséquences à long terme sur la santé, notamment des problèmes de santé mentale et une augmentation des comportements à risque qui peuvent conduire à des maladies chroniques. Elle est également associée à une augmentation des taux de décrochage scolaire, à des effets négatifs sur le développement cognitif et sur les possibilités de contribuer à leurs communautés.
Les agressions physiques des jeunes envers leurs parents sont assez fréquentes, et restent malgré tout un tabou. Les personnes concernées ont souvent honte, et la gêne les pousse à éviter de chercher de d’aide pour ainsi protéger leurs enfants des conséquences.
Qu’est-ce qui pousse les jeunes à se montrer violents envers leurs parents ? Le niveau d’éducation ou le statut socio-économique de la famille ne semblent pas avoir d’influence significative. Les agressions entre enfants et parents touchent toutes les couches sociales de la même manière. Il ne s’agit pas d’un problème lié à un milieu social particulier ou à un seul sexe.
Néanmoins, plusieurs facteurs de risque existent indépendamment d’une tendance générale à l’agression chez les enfants : les punitions physiques et les agressions verbales des parents augmentent la probabilité de créer un cycle de la violence au sein de la famille et de donner l’exemple d’un comportement agressif. Les désaccords et les disputes fréquents entre les parents contribuent également à ce que les enfants adoptent des modèles de conflit similaires.