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Nationale

Cicatrices écologiques du colonialisme : L’Algérie ouvre le chantier de la vérité

Cicatrices écologiques du colonialisme : L’Algérie ouvre le chantier de la vérité

Pendant 132 ans, la colonisation française n’a pas seulement meurtri les hommes. Elle a aussi laissé des cicatrices profondes dans les sols, les forêts et les écosystèmes. L’Algérie lance aujourd’hui un vaste travail de documentation scientifique pour cartographier ces séquelles, en mesurer l’ampleur et faire toute la lumière sur cet héritage environnemental longtemps occulté.

A l’occasion de la célébration du 64e anniversaire de la Fête de l’indépendance et du recouvrement de la souveraineté nationale, le ministère de l’Environnement et de la Qualité de la vie, en coordination avec le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, a officiellement lancé, ce mercredi, les travaux de la commission ministérielle mixte chargée de documenter scientifiquement les séquelles environnementales de la période coloniale. Cette instance aura pour mission prioritaire d’établir une cartographie numérique des sites touchés par les essais nucléaires, le napalm et les armes chimiques.

Longtemps relégué au second plan derrière le bilan humain, l’impact écologique de la colonisation française en Algérie fait désormais l’objet d’une prise en charge institutionnelle et scientifique d’envergure. Coprésidée par la ministre Kaoutar Krikou et le ministre Abdelmalek Tachrifet, cette rencontre a été marquée par le lancement de la future carte nationale numérique des sites affectés par les crimes environnementaux coloniaux. Ce nouvel outil constitue la première étape d’un vaste chantier visant à répertorier, analyser et documenter les séquelles laissées par 132 années de colonisation.

Dans son intervention, Mme Krikou a rappelé que la mémoire environnementale est désormais considérée comme une composante à part entière de la mémoire nationale. Selon elle, les crimes coloniaux ne se résument pas aux massacres, aux déplacements forcés et aux souffrances infligées aux populations. Ils ont également profondément porté atteinte à l’environnement à travers une politique systématique de destruction des ressources naturelles, du couvert végétal et des écosystèmes.

La ministre a annoncé, à cette occasion, la mise en place d’une carte nationale numérique recensant l’ensemble de ces sites. Cette plate-forme servira de base aux opérations d’expertise, qui comprendront des inspections sur le terrain, des prélèvements ainsi que des analyses physiques et chimiques des sols.

L’objectif est d’évaluer scientifiquement l’ampleur des dégradations subies par les écosystèmes, la faune et la flore, mais également de mesurer les effets persistants de ces pratiques sur les territoires concernés. Ces travaux seront étayés par des recherches académiques, des expertises techniques et des témoignages d’anciens moudjahidine afin de constituer des preuves scientifiques et historiques incontestables.

Pour la ministre, cette démarche ne répond pas uniquement à un devoir de mémoire. Elle vise également à mettre en évidence, sur des bases scientifiques, l’ampleur des crimes environnementaux commis durant la période coloniale et à établir les fondements de la responsabilité internationale qui en découle.

Elle a, par ailleurs, souligné que ces atteintes, commises dans le cadre d’un système colonial organisé, continuent d’avoir des répercussions sur les équilibres écologiques, et ce plusieurs décennies après l’indépendance. D’où la nécessité, a-t-elle expliqué, de constituer un dossier scientifique solide sur cette mémoire encore insuffisamment documentée.

Créée en novembre 2025 en coordination avec le ministère des Moudjahidine et des Ayants droit, la commission ministérielle mixte sur la mémoire environnementale entame ses travaux par un recensement historique et scientifique des principaux sites ayant subi des dommages environnementaux durant la colonisation.

Les investigations porteront notamment sur les zones touchées par les bombardements au napalm, les régions où des gaz toxiques interdits par les conventions internationales auraient été utilisés, ainsi que sur les sites des essais nucléaires français dans le Sahara.

Mme Krikou a réaffirmé la volonté de son département de poursuivre l’enrichissement du dossier de la mémoire environnementale, en mobilisant les compétences nationales issues de plusieurs secteurs, afin de constituer une référence scientifique durable.

Des blessures qui dépassent le drame humain

Le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, a, pour sa part, insisté sur le fait que les 132 années de colonisation ont laissé des blessures qui dépassent largement le drame humain.

Il a rappelé que les politiques coloniales se sont traduites par des massacres, des déplacements forcés et des expropriations, mais aussi par une véritable guerre menée contre l’environnement. Il a cité la politique de la terre brûlée, la pose de millions de mines antipersonnel, les explosions nucléaires dans le Sahara ainsi que la destruction de vastes superficies forestières au napalm. Autant de pratiques qui, selon lui, constituent un crime à la fois contre l’homme, la nature et la vie.

Le ministre a salué les efforts déployés par les cadres, experts et universitaires ayant préparé cette première session, estimant que leurs travaux permettront d’aboutir à des recommandations susceptibles de renforcer la préservation de la mémoire environnementale et de documenter les crimes écologiques du colonialisme selon une méthodologie scientifique rigoureuse.

Les deux responsables ont souligné que cette initiative s’inscrit dans les orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui fait de la préservation de la mémoire nationale un axe majeur de l’action publique.



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