-- -- -- / -- -- --
Nationale

Chute du baril: Préserver les réserves de change

Chute du baril: Préserver les réserves de change

Comme attendu, les premières mesures viennent d’être prises par le Conseil des ministres visant à faire face aux conséquences de l’effondrement des revenus pétroliers du pays.

Parmi ces mesures figure en priorité la réduction de la facture des importations de biens. Selon le communiqué du Conseil des ministres, les importations seraient réduites de 10 milliards de dollars en passant de plus de 41 milliards de dollars à fin 2019 à une prévision de 31 milliards de dollars d’ici la fin de cette année. L’autre déficit visé par le Conseil des ministres, le commerce des services, généralement appelé le commerce invisible.
Le commerce des services n’est pas très connu par l’opinion publique en raison du fait que ceux qui gèrent les finances du pays n’en parlent pas beaucoup. Pourtant, le déficit du commerce des services reste lourd avec une moyenne annuelle de 8 milliards de dollars. Il dépasse celui du commerce extérieur de marchandises qui était de 6,11 milliards de dollars l’année passée.
Les importations des services n’étaient que de 7 milliards de dollars en 2007. En l’espace d’une année, en 2008, elles passeront à 11 milliards de dollars. Depuis, elles sont restées à ce niveau avec un déficit annuel moyen de 8 milliards de dollars. Aidés par un prix moyen du pétrole dépassant 100 dollars, les gouvernants de l’époque vont lancer de lourds investissements dans les infrastructures et les équipements socio économiques. Le recours aux entreprises étrangères va gonfler la facture des importations des services, qui généralement concernent les études techniques et l’engineering, le bâtiment et travaux publics ainsi que les transports.


Le transport maritime des marchandises est alors totalement dominé par les armateurs étrangers. Et le coût en devises de ce service va énormément gonfler quand la facture des importations frôlera 60 milliards de dollars en 2014. 

En 2014 et malgré un prix annuel moyen du baril de pétrole à 100 dollars, le solde extérieur courant va connaître son premier déficit depuis 1998. Cette année-là, les importations avaient atteint un record de 59,67 milliards de dollars pour des recettes d’exportations de 60,12 milliards de dollars. La même année, le déficit du commerce des services atteindra 8,20 milliards de dollars. Le solde extérieur courant et après quinze ans d’excédent connaît son premier déficit avec 9,30 milliards de dollars.


La mauvaise gouvernance du pays par le passé a fait en sorte qu’un baril à 100 dollars ne suffisait plus à équilibrer les finances externes du pays.
 

Les réserves de change vont alors entamer leur descente en enfer.
Pourtant, à la fin de l’année 2014, les marchés pétroliers donnaient déjà des signaux de détresse. Le prix moyen du baril de pétrole est passé de 110 dollars au 1er trimestre de 2014 à 75 dollars au 4e trimestre de la même année. En 2015, le prix moyen va tomber à 53 dollars, avant de sombrer à 45 dollars une année plus tard. Il se reprendra à 54 dollars en 2017 et 71 dollars en 2018, pour retomber à 64 dollars en 2019. Les mesures prises par les différents gouvernements pour réduire les importations des biens et des services et rééquilibrer le solde courant extérieur seront sans effet. Entre-temps, les réserves de change qui avaient atteint un pic de 195 milliards de dollars en mars 2014 baisseront à 62 milliards de dollars à fin 2019. Soit une érosion moyenne annuelle de 26,60 milliards de dollars. Ce qui représente quatre fois le montant du paiement par anticipation de la dette extérieure du pays à partir de 2004. Un transfert net de capitaux vers l’étranger qui rapproche dangereusement le pays de l’épuisement de ses réserves de change. 
En ce début de l’année 2020, la situation a empiré avec la pandémie du covid 19 qui a entraîné l’économie mondiale dans la récession. Une crise aggravée par une guerre des prix entre les plus gros pays producteurs de pétrole. Le baril s’échangeait au milieu de ce mois de mars à 26 dollars. L’économie mondiale est presque à l’arrêt.

Le confinement de plus d’un milliards de personnes a mis à l’arrêt l’ensemble des transports, y compris les déplacements des personnes avec leurs véhicules. 

La demande mondiale en pétrole est à son plus bas niveau. Même si l’Arabie Saoudite ne met pas à exécution sa menace de produire plus de 13 millions de barils par jour à partir du mois d’avril prochain, les prix du pétrole resteront en dessous des 30 dollars jusqu’à la fin de la pandémie et une reprise rapide de l’économie mondiale.

En décidant de plafonner les importations des biens et des services, le gouvernement tente de freiner l’érosion rapide des réserves de change. Une loi de finances complémentaires est en phase d’élaboration et le lancement de réformes profondes de l’économie devient une urgence pour sortir de cette dépendance dangereuse aux hydrocarbures. Des réformes qui éviteront au pays de recourir à l’endettement extérieur, qui passe par un nouveau programme d’ajustement structurel de notre économie sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale.
 

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email