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Nationale

Cheikh El Hasnaoui : Entre mythe et réalité

Cheikh El Hasnaoui : Entre mythe et réalité

Il est quasiment impossible d’évoquer Cheikh El Hasnaoui sans risque majeur d’évoluer entre mythe et réalité concernant son parcours artistique et sa vie privée. Le mystère demeure encore entier, du moins de la part des fans dont la curiosité se limite au seul profil artistique, vis-à-vis du simple profil d’homme qu’était Cheikh El Hasnaoui dont le nom d’état civil est Mohamed Khelouat.

Beaucoup de points concernant le citoyen Mohamed Khelouat, né le 23 juillet 1910 au douar et commune d’Ath-Zemzer (aârch d’Ihsnawen) et décédé le 6 juillet 2002 dans la ville de Saint-Pierre en Réunion, département français d’outre-mer, restent obscurs.

Les universitaires et intellectuels, qui connaissent certaines vérités sur l’auteur de « Â yemma yemma », restent extrêmement prudents dans leur communication, notamment vis-à-vis du citoyen néophyte. L’une des vérités qui risque de frustrer certains individus est que Cheikh El Hasnaoui a toujours été un iconoclaste. Il a même craché sur l’ordre sociologique algérien, kabyle particulièrement.

Il est reconnu d’ailleurs à présent que ce n’est pas du tout une quelconque histoire d’amour qui a poussé Cheikh El Hasnaoui à l’exil, mais plutôt les aléas de la vie kabyle de ces premières décennies du 20e siècle, notamment les idées rétrogrades de la société kabyle vis-à-vis de la culture, celle-là même qui témoigne de l’identité d’une société et d’un peuple.

Un jeune homme jouant à la guitare ou une jeune femme chantonnant un refrain en public au cours du début du 20e siècle étaient voués au bannissement. La femme encourait même une peine de mort. Certes, la France coloniale a fermé aux Algériens tout espace susceptible d’offrir l’élément scientifique et intellectuel.

Toutefois, Cheikh El Hasnaoui reprochait à sa société de n’avoir pas fourni l’effort nécessaire ou de n’avoir pas eu le courage de faire son mea-culpa ; élément nécessaire pour corriger ses défauts et développer davantage ses qualités.

Ce sont sans doute ces éléments parmi tant d’autres qui ont poussé Cheikh El Hasnaoui à n’avoir pas cherché à retrouver la terre natale, qu’il a pourtant chérie à sa façon, après son départ vers cette France, première responsable de l’aliénation scientifique et intellectuelle du peuple algérien, après l’avoir quittée au cours de cette année 1937.

L’autre question qui risque de susciter un véritable séisme est de savoir si Cheikh El Hasnaoui a essayé de retrouver la nationalité algérienne en 1962, soit après l’indépendance nationale. Aucun intellectuel n’a essayé d’aborder ce volet précis.

Dans les milieux restreints, des voix laissent entendre que Cheikh El Hasnaoui n’a jamais essayé de se faire délivrer la carte nationale d’identité algérienne après l’indépendance nationale.

Autrement dit, il était resté citoyen français comme il y était né d’office le 23 juillet 1910. A notre question de savoir pourquoi ne pas « jeter « cette question dans la rue, nos interlocuteurs nous ont répondu n’être pas prêts à choquer la société.

Une chose est cependant sûre : Cheikh El Hasnaoui a mis beaucoup d’argent dans la caisse du FLN durant la guerre de libération nationale. Son frère, feu Sid-Ali Khelouat, a trouvé la mort les armes à la main au maquis durant la guerre d’indépendance nationale.

C’est ce qui est indiqué sur un tableau exposé hier dans le hall de la maison de la culture Mouloud-Mammeri, à l’occasion de l’hommage rendu à l’artiste. Pourtant, il est facile pour l’Etat algérien de donner la bonne réponse à cette question qui commence à turlupiner bien des esprits.

Ce qui est certain en revanche, jusqu’au dernier moment de sa vie, Cheikh El Hasnaoui n’a pas émis le vœu d’être enterré dans sa terre natale. Son acte de décès n° 398, qui est délivré par la mairie de Saint-Pierre (Réunion), stipule que son décès s’est produit à 12 heures, le 6 juillet 2002 à son domicile de Saint-Pierre et enterré au cimetière de la même ville.

En revanche, sur le plan purement artistique, de grands critiques de musique et de grands mélomanes classent l’œuvre artistique de cheikh El Hasnaoui parmi « les œuvres sublimes « . Le son produit par son mandole est tout à fait exceptionnel. Pas la moindre fausse note dans la mélodie.

La discographie de Cheikh El Hasnaoui est loin de valoir celle de Brassens en nombre. Cependant, les thèmes abordés par les artistes étaient presque les mêmes. L’amour, la condition humaine, la bêtise et les aléas de la vie ont été leurs thèmes favoris et réussis.

A présent, des études sont consacrées à Cheikh El Hasnaoui, mais restent cependant insuffisantes tant les démarches restent individuelles et collectivement restreintes. Par ailleurs, ces études restent limitées à l’œuvre artistique et au profil de l’homme public qu’était Cheikh El Hasnaoui. L’idéal serait de connaître aussi ses profondes convictions politiques sur un certain nombre de créneaux.

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