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Op-Ed

Chasser les démons

Il a fallu un drame à la Heysel pour que l’Europe se réveille et combatte sans ménagement ses hooligans et chasse les démons des stades. La tragédie de Bruxelles, qui a fait 39 morts et 600 blessés, a été la gifle qui a désarçonné l’UEFA et le monde du football professionnel, comme elle a révélé que dans cet espace « civilisé » la barbarie trouve aussi un vivier dans les gradins. 

La réaction de l’Europe en 1985 a été expéditive : les hooligans bannis et l’Angleterre a porté pour de nombreuses années la honte de ses supporters voyous. Vingt-neuf ans plus tard, en Algérie on n’arrive toujours pas à assurer la sécurité dans un stade. Ce qui s’est produit à Tizi Ouzou démontre que les dirigeants du football national n’apprennent pas des expériences des autres et ne retiennent pas les leçons du passé. Combien d’incidents graves ont émaillé les rencontres du championnat « professionnel » dont celui qui a presque coûté la vie au sociétaire de l’USM Alger Abdelkader Laifaoui, poignardé l’an dernier par un supporter à Saïda.

Aucune mesure coercitive n’est venue, cependant, endiguer le mal qui ronge nos stades. Il semble que nos hooligans ont tous les droits et que les dirigeants les ménagent au nom de la paix civile. Les stades de football sont des exutoires avec lesquels les autorités s’accommodent aussi longtemps qu’ils ne menacent pas la stabilité du pays.

Le football continuera à être un analgésique à défaut d’un remède guérisseur. Ainsi, la mort d’Albert Ebossé nous renvoie l’image hideuse de laquelle on se dérobe souvent, celle qui incarne la violence gratuite, les envahissements de terrains, les saccages à répétition des biens publics par les supporters des équipes qui essuient des défaites. 

Avec la mort du joueur camerounais, la réputation de l’Algérie est encore une fois ternie. L’image renvoyée par l’équipe nationale de football en coupe du monde n’est que l’arbre qui cache l’exaspérante réalité du football local. Elle révèle aussi les limites des dirigeants des clubs plus prompts à investir sur les entraîneurs et les joueurs mais jamais sur les supporters. Le débat dans le milieu du football national se résume à disserter sur le plafonnement des salaires des joueurs alors qu’aucun plan n’est débattu pour la prise en charge des comités de supporters. C’est dans ce créneau que les grands clubs ont porté toute leur attention, sans parler de la sécurité dans les gradins, car il est inadmissible qu’un supporteur puisse accéder au stade avec un projectile pour commettre l’irréparable.

On avait longtemps parlé des « stadiers », ces agents formés, capables de gérer les supporters et prévenir leurs débordements mais rien n’a été fait. La police prend encore sur elle le fardeau de la sécurité à l’intérieur des stades alors qu’elle incombe aux clubs.

Le professionnalisme implique tout l’environnement du club et non pas les seuls joueurs. Le professionnalisme est avant tout une prise de décisions efficaces parce que à chaque fois qu’un drame se produit on sursaute, on s’offusque, on disserte sur les plateaux de télévision, on promet des mesures mais une fois le choc absorbé on se réconcilie avec le bricolage.

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