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Algérie-Chine

Chine : De quoi le PCC est-il la puissance ?

Chine : De quoi le PCC est-il la puissance ?

Le centième anniversaire du parti communiste chinois (PCC), qui a lieu officiellement le 1er juillet, est un évènement majeur dans la vie politique du pays. L’heure est donc à la glorification pour ce parti atypique, dont la longue histoire démarre dans les années 1920, sous la férule patriotique d’une poignée de militants déterminés, dont seul Mao Zedong – numéro un chinois, de 1949 à sa mort en 1976- est resté célèbre. La longue marche du Parti débute à Shanghai, dans la clandestinité, avec le soutien, important mais pas décisif, de ce que l’on appelait alors l’Internationale communiste, basée à Moscou. Mais la prise de pouvoir des communistes chinois, en octobre 1949, change structurellement la donne idéologique : Elle fait du PCC un parti autochtone, autonome et autarcique en termes de sources d’inspiration politique, philosophique et politique.

En un siècle d’évolution, le parti séculaire et séculier aura connu des guerres, des campagnes idéologiques, des famines et des drames en tout genre, à commencer par le Grand Bond en avant (1958-1960) et l’implacable Révolution culturelle (1966-1976), sans compter la dangereuse secousse de Tien An Men en 1989. Pour apprécier le poids du parti dans la vie du pays, d’une manière générale et du point de vue politique en particulier, la première question qui se pose consiste à savoir à quel point le PCC contrôle la Chine ? Ensuite, de voir quelles sont ses forces et ses faiblesses présentes ? La Chine est-elle aujourd’hui concevable sans le système de pouvoir forgé par le Parti-Etat ?

Ces questions essentielles en amenant d’autres, il faut se demander aussi si cette formation tentaculaire est encore en mesure d’assurer, et pour combien de temps encore, ses missions historiques, la mobilisation nationale, le maintien de l’ordre, la prospérité économique et la justice sociale ? Le Parti, moteur du développement économique et de la puissance politique de la Chine, en deviendrait-il un frein objectif, dans la mesure où il ne parviendrait pas à se réformer et à s’adapter aux gigantesques mutations qu’il a lui-même impulsées ? Si l’on considère l’influence qui est désormais celle de la Chine populaire sur l’économie et la politique mondiales, pareilles questions revêtent nécessairement une importance primordiale.

Mao, le père fondateur

On ne pourrait répondre à toutes ces interrogations que si l’on appréciait les menaces stratégiques qui pèsent sur le Parti à l’aune des atouts fondamentaux qui étaient et demeurent les siens. Sa première force est d’être auréolé d’une forte et régulière légitimité parce qu’il a d’abord écrit lui-même l’histoire de son rôle prééminent dans la lutte de Libération. Il a gagné la guerre civile contre un Parti nationaliste (Guomindang) séparatiste et corrompu. Au travers de bien des drames, errances et problèmes, il a conduit la Chine populaire sur la route de l’indépendance nationale, de la reconnaissance internationale et du fulgurant progrès économique. S’il a été fragilisé un moment par la Révolution culturelle, son leader historique, Mao Zedong, a pris une place mythique dans l’histoire chinoise, et son successeur le plus emblématique, Deng Xiaoping, a établi une seconde fois la puissante légitimité du PCC en créant les conditions de la croissance exponentielle chinoise.

Une croissance effrayante
Développement à marche forcée dans un système qui, jusqu’à présent, mélange savamment logique capitaliste pure et politique rigoureuse basée sur la discipline, fixé et appliqué par un collectif au sommet du parti-Etat qui, désormais, gère en même temps la destinée du PCC, les affaires de l’Etat et le destin du peuple. Depuis la transition d’une économie planifiée à une économie de marché initiée en 1979, la croissance de l’économie chinoise a été extraordinaire au point d’effrayer les puissances notamment les Etats-Unis qui régnaient en solo sur le monde depuis la chute du Mur de Berlin en 1989.

Le sous-développement initial, l’approche graduelle de la réforme et de l’ouverture de l’économie, et un système politique recentré sur le développement économique sont à l’origine du miracle chinois. Ce miracle lui vaut aujourd’hui des animosités avérées des USA, exacerbés par cette montée en puissance du géant autrefois endormie. La Chine est devenue en 2010 la deuxième économie du monde, et en 2014 la première économie mondiale en termes de pouvoirs d’achat d’après le Fonds Monétaire International. Le miracle économique chinois consiste en une croissance continuelle très rapide depuis 1978, avec un développement tous azimuts dans tous les secteurs.

Sa deuxième force essentielle tient à la symbiose entretenue avec l’appareil étatique. Son SG est depuis un certain temps automatiquement le chef de l’Etat. A tous les niveaux, de nombreux organismes gouvernementaux ne sont pas séparés de l’institution ad hoc du PCC, la plaque du Parti et celle de l’Etat s’affichant alors sur le mur et le papier à lettres de l’administration en question. Les historiens s’accordent à dire que l’idéal marxiste-léniniste du Parti-Etat a été pleinement réalisé. A tel enseigne que se pose justement la question de ce que pourrait être un modèle alternatif si demain le PCC n’existait plus, une hypothèse difficile à imaginer.

Une direction du PCC tournée au modernisme

Le troisième atout primordial du Parti tient à sa stabilité interne, au moins depuis le séisme politique de Tien AMen. Finie l’époque des règlements de compte sanglants. La transition politique a été encore difficile en 1989, lorsque Deng Xiaoping s’est finalement résigné à installer Jiang Zemin au pouvoir. Mais le passage de relais entre Jiang Zemin et Hu Jintao en 2002-2003 a été bien négocié, malgré certaines rivalités personnelles. Le Parti connaît désormais des règles de fonctionnement et de succession stables et sereines qui semblent établir sa pérennité. Le travail de mobilisation économique qui a prédominé depuis l’avènement de Deng Xiao Ping a favorisé la transformation du PCC en un organe de délibération, décision et contrôle, lequel a contribué concomitamment à libéraliser les institutions économiques et à assurer globalement la stabilité sociale et politique, le terme de stabilité restant jusqu’à aujourd’hui un terme-clef de la grammaire politique du pouvoir.

Les défis face au PPC
Mais l’on peut se demander logiquement si le PCC ne serait pas, jusqu’à un certain point, victime de son immense succès ? Les bases du développement et de la prospérité économiques une fois assurées, se posent alors les questions cruciales au sujet du rôle de l’initiative individuelle, de la pluralisation de la société civile et l’impératif d’une circulation rapide et fiable des flux d’informations. Ces défis s’imposent au parti communiste qui risque d’être peu ou prou un frein plus qu’une locomotive pour l’accès aux étapes suivantes du développement national, phases qui deviennent plus qualitatives que strictement quantitatives. Les besoins sociaux et économiques se diversifient et exigent de laisser plus de place aux initiatives locales, citoyennes et privées. Certes, le rôle économique du Parti a largement évolué : actuellement, il régule et distribue plus qu’il ne mobilise comme dans les premiers temps, mais il doit déléguer encore plus.

Dans les cercles dirigeants, la suprématie du Parti n’est jamais remise en cause. Si la Chine est formellement un système multi-partisan, les huit petits partis dit « démocratiques » sont tenus de participer aux débats politiques dirigés par le PCC. La Chine n’est donc pas soumise à la dictature d’un parti unique, stricto sensu. Mais le multipartisme à la chinoise n’admet pas une réelle opposition, et celle-ci a été clairement proclamée illégale. Une évolution vers un système à l’occidentale est donc franchement rejetée. En revanche, un travail de fond a commencé d’être entrepris pour développer davantage la démocratie au sein du Parti. Si la réforme interne va plus loin, peut-être deviendra-t-elle le levier qui hâterait une évolution politique spécifique de la Chine, sans être pour autant restrictive des libertés.

Après le démantèlement de l’ex-URSS, les études prospectives au sein du PCC ont envisagé de nombreux scénarios. L’intérêt de Jiang Zemin pour un système en son essence social-démocrate a été exprimé auprès d’observateurs étrangers. Mais il a toujours été présenté comme inapplicable à court ou moyen terme. La démocratie à l’occidentale a été qualifiée d’« impasse pour la Chine » par Hu Jintao. Le PCC entend alors conserver son pouvoir, mais il n’ignore guère que pour y arriver, il doit se transformer lui-même, d’une manière ou d’une autre. Des spécialistes de la Chine ont émis l’hypothèse de l’évolution progressive vers une gouvernance assouplie. Dans le sens où le Parti garderait son monopole politique et son contrôle serré sur des secteurs-clefs de l’économie, mais laisserait plus d’espace et de mouvement aux élites nouvelles qui se sont enrichies.

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