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Nationale

Ces femmes au courage exceptionnel

Ces femmes au courage exceptionnel

En ce jour de célébration du 8 mars : à toutes celles, célèbres ou inconnues, qui ont contribué à la libération du pays parce qu’elles ont fait la liaison, transporté des armes, rédigé et ou tapé des tracts, aidé les familles des détenus, abrité les clandestins, ravitaillé les maquis, cousu des uniformes et tissé des djellabas.

A  toutes celles qui ont donné à la révolution leur vie et mieux encore la vie des êtres qu’elles chérissaient. Pour elles, l’histoire écrira incontestablement un livre d’or aux multiples volumes.

En effet, de 1830 à 1962, de la résistance de l’Émir Abdelkader, d’El Mokrani et Ouled Sidi Cheikh, en passant par les massacres du 8 mai 1945 et jusqu’à la grande révolution de Novembre, les femmes algériennes « ces frères de combats « , étaient toujours présentes, alors qu’elles pouvaient penser que ces questions étaient du ressort exclusif de leurs mari, père ou fils.

Durant ces dures épreuves, la vie leur avait démontré, tragiquement, brutalement, que toute la tendresse, le dévouement dont elles étaient tant capables ne suffisaient pas à préserver ceux qu’on aime, quand des fléaux tels la guerre, s’abattent sur le pays.

Très tôt, elles avaient, compris qu’hommes et femmes devaient collectivement intervenir pour mettre un terme au malheur.
Mais de quelle participation allait-il s’agir ?

Militante de l’organisation civile

Chacun sait, affirme la plateforme de la Soummam, texte de base de la révolution algérienne, que les Algériennes ont chaque fois participé activement aux insurrections nombreuses et renouvelées qui avaient dressé, depuis 1830, l’Algérie contre l’occupant français.

La lutte armée est jalonnée de manifestations de rues et de meetings auxquels ont largement participé les femmes. « Lorsqu’une manifestation est programmée, tous les tabous tombent. On se retrouve à la rue, au milieu des hommes, sans notre sacro-saint voile et sans la peur des représailles du père ou du grand frère. C’est notre devoir et il est perçu comme tel » , se souvient Aldjia A.

Mais les femmes ne se contentaient pas de participer aux manifs. Elles les préparaient aussi, cousant les drapeaux, rédigeant les tracts, confectionnant les banderoles. Une de leurs principales fonctions consistait à éveiller la conscience de celles qui, naïvement, pensaient que la guerre était du ressort de l’homme. Il fallait réveiller en elles la colère.

Certes, l’histoire ne retiendra peut être pas, leurs petits gestes quotidiens et sans gloire (faire la cuisine, coudre des uniformes, héberger des militants recherchés par la police, cacher des maquisards dans les campagnes, prendre en charge les enfants des détenus) et sans quoi, la résistance n’aurait pas eu lieu.

Mais qu’importe ! C’était là l’action de 64% des militantes qui ont rendu la résistance possible. Le grain était semé, la moisson allait mûrir. Les femmes étaient dans la lutte.


Des formes innombrables de courage

Interrogez-les, ces femmes. Elles vous diront : « Je n’ai rien fait d’extraordinaire. J’ai aidé la résistance, comme tant d’autres. » Moins soupçonnées que les hommes dans leurs déplacements, les femmes ont, par leur importance numérique, constitué de véritables « bataillons » d’agents de liaison.

En ville, elles diffusaient les messages et les ordres donnés par les responsables, collectaient les renseignements, certaines d’entre elles allant jusqu’à « s’afficher » avec l’armée française pour assumer leur tâche.

Mais ce sont surtout les femmes des « douars » qui ont cumulé cette activité à celle, primordiale, de l’hébergement et de la nourriture des combattants.

« Il y avait des jours où je préparais une centaine de galettes (kessra) pour nourrir les frères. D’autres où je parcourais 20 à 30 km pour porter des messages à la mechta voisine, un fagot de bois sur les épaules, et d’autres encore où je faisais le guet pendant de longues heures.

Ma vie ne m’appartenait plus. Elle était tout entière pour la révolution » , dira Lyamna de la localité de Mradia, dans la commune de Zitouna.

Des fonds, des médicaments, des munitions et des armes

Tout autant que les hommes, malgré une situation qui les confinait au foyer, les femmes algériennes ont pu jouer un rôle somme toute important dans la collecte de médicaments, de fonds et même de munitions et armes légères qu’elles portaient au maquis.

Mais celles, très peu nombreuses (2 % seulement des militaires qui firent le plus spectaculaire, demeurent celles qu’on nommait « terroristes » .

Présentant l’avantage de ne pas éveiller les soupçons, elles étaient 65 fidayate recensées à avoir participé à la lutte armée dans les villes (attentats, bombes, etc.). Trente-trois ont été arrêtées et quatre tuées. L’histoire retiendra les noms de Fella Hadj Mahfoud, Malika Koriche, Fettouma Talbi, Djamila Boupacha et bien d’autres.

Militantes au sein de l’ALN

Les femmes qui ont quitté leur foyer pour rejoindre les rangs de l’ALN sont nettement moins nombreuses que les militantes de l’organisation civile. Il ressort d’une étude faite en 1982 à partir du fichier central du ministère des Moudjahidine que celles-ci étaient très jeunes : 51% d’entre elles avaient moins de 20 ans et 85 % moins de 30 ans. Leur activité, selon les témoignages, était limitée aux soins et à la cuisine.

Elles ont à leur actif la mise en place de l’infrastructure sanitaire, de même qu’elles ont élargi leur mission en donnant des soins à la population civile, particulièrement aux femmes et aux enfants.

Femmes torturées

À la ville, et plus encore à la campagne, à chaque ratissage, ces femmes ont connu des tortures inexpiables, les supplices de l’internement dans les camps et la terrible angoisse des prisons. C

’est le tribut à payer et l’étape dans la voie de l’histoire. Laânes B., originaire de la commune de Bouhadjar (wilaya d’El-Tarf), chez qui la police judiciaire avait découvert une cache de produits pharmaceutiques et de petit matériel médical se souvient : « Ils voulaient des noms, mais devant mon refus de coopérer, ils étaient devenus sauvages.

Gifles, cheveux violemment tirés, tête engloutie dans un fût d’eau jusqu’à la suffocation, nerfs de bœufs que l’on abattait furieusement sur mon corps mouillé, meurtri, devenu insensible. Lorsque je fus libérée, je ne tenais plus sur mes jambes et les derniers mètres de la cour, j’ai dû les traverser à quatre pattes. »

Combien étaient-elles, ces femmes qui n’ont pas hésité à s’engager aux côtés de leurs frères et comme eux, ont « tâté » de la baignoire, des pieds brûlés, des cigarettes écrasées sur le bout des seins et à l’intérieur du sexe, de la gégène. Combien étaient-elles à être séquestrées, torturées, violées, victimes d’un génocide qui, ne disant pas son nom, a fait plus d’un million et demi de victimes en Algérie ?

Nonobstant des traditions séculaires confinant les femmes dans des rôles subalternes, malgré le caractère restrictif des recensements de militantes effectués jusqu’à ce jour, occultant « le travail obscur et ingrat de la grande masse des femmes » , les algériennes, grâce à leur ingéniosité et à leur sens pratique ont, encore une fois, rendu la résistance possible.

Sans aucun complexe, elles peuvent chanter avec Aragon que c’est aussi grâce à elles qu’ » on vit le soleil des visages, qu’on mit les drapeaux aux maisons » .

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