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Op-Ed

Ces claps de fin que l’on n’attendait pas avant la covid19

Aucun homme politique français en responsabilité ne se serait attardé plus que de raison, sur l’incidence de la règle de la rigueur budgétaire sur la cohésion sociale. Qu’on soit de gauche ou de droite, on trouvera toujours les bons arguments pour vendre une politique de rigueur budgétaire plus juste et intelligente que celle de son voisin.

L’appel de l’Europe ayant été plus fort que toutes les autres considérations, le « tournant de la rigueur budgétaire » s’est donc imposé comme la seule option et ce, dès le début des années 80.

Aujourd’hui, très à distance des évanescentes nuances idéologiques, et alors que le monde entier tremble de peur face à un virus qui échappe toujours aux profileurs, ils ont été nombreux ceux qui ont rendu au Totem de la rigueur budgétaire, un culte moins enthousiaste, voire très critique. Et, très peu d’économistes réputés rigoristes, à la rescousse de l’idole quasi déchue.

Il a suffi des premières mises en quarantaine des populations dans le plus actif des centres moteurs du monde pour que toute la planète se mette en mode pause. Un niveau d’alerte inédit .
Ce très haut niveau d’alerte s’est propagé comme une onde séismique paroxystique et sans fin provoquant le clap de fin de la sacro-sainte règle de l’austérité budgétaire.

Dans l’espoir d’anticiper l’effet apocalyptique du covid19 sur l’économie, on est passé à la décélération budgétaire. Mettre « en marche » le nouveau mot d’ordre du « Quoi qu’il en coûte » .
Focale sur le sésame ! Mieux qu’une promesse, une parole d’action à la fois rassurante et grave, sera pour la circonstance, nécessairement emprunte d’un lyrisme patriotico-populiste.

On a presque failli exulter chez la gauche nostalgique devant ce qui s’apparentait à un changement de braquet. On a cru voir, le temps du vertige, ce tournant tant espéré de la détente budgétaire.
Une toute autre atmosphère dans les cercles de la haute finance et des grands patrons. Le « Whatever it takes » reçut une satisfaction sobre, mesurée et surtout discrète. On a pu compter encore une fois sur l’Etat dans ses nouveaux habits de bienveillante prodigalité.

On l’aura compris, faire du « Business as usual » n’est plus rentable.
On en est revenu comme le chante le poète, « plein d’usages et de raison ».
Le défi consisterait désormais à mettre en place, d’autres formes d’intégration économique qui coûteraient le moins possible, en termes de souveraineté. Le massif des experts néo-libéraux est à pied d’œuvre.

La vraie guerre est celle qui a cours en pleine récession mondiale, alors que le système commercial international dévoyé à l’origine, est fortement déstabilisé par ce qu’on appelle désormais, la guerre froide sino américaine.
On ne nous le répètera pas assez. Cette autre guerre menace sérieusement de chahuter le balancier de la paix depuis la mystérieuse pandémie du covid19.
 

Clap de fin aussi pour l’UE dont l’actuelle conception a rétréci sa voilure en moins d’un mois de l’urgence sanitaire ?

L’union des vingt-sept États d’Europe a été dénigrée y compris dans le saint des saints.
Ses plus riches partisans, ont excellé dans un lamentable sauve-qui-peut en faisant « décision souveraine » à part afin de venir à bout d’un virus transfrontalier. On se claquemure, ponts levis levés comme au temps de la peste noire.

L’Europe des patries unies mais pas encore unifiées, a donné le spectacle désolant de ces indus renchérissements tolérés comme par reddition, par de nombreuses capitales, afin de lever à l’usage exclusif de leurs gouvernés, les produits rares du moment, ces surplus de masques chirurgicaux confectionnés dans d’insuffisantes conditions et selon des normes infra européennes aux dires d’indiscrètes sources d’information.
Posture don-quichottesque par ci, émission d’une sentence sécessionniste fallacieuse par-là, un quarteron d’austères, ces « Four frugal  » tentant de freiner des quatre fers une quête de solidarité chez les latinistes.
Déroute générale, déni multiple, demi-vérités, bachotage au sommet, mathématisme de crise en renfort pour des mesures de type homéopathique, et controverses médico-scientifiques sur écran, matin et soir comme un dérivatif au mutisme tonitruant de la frileuse gent politique.

Un chômage partiel pour éviter l’hécatombe

Se peut-il que des professeurs de médecine de renom et que des chercheurs pointus en sciences biomédicales soient devenus les sous-traitants de la guerre des clans politiques ?

Au cours de ce confinement social, tout a comme disjoncté dans les lieux de la reproduction sociale, mais aussi dans les relations des citoyens avec leur Etat qui semble avoir fait quelque mue.
Plus que ne l’a fait la mondialisation heureuse, la Covid 19 achève les emplois par millions. Dans les pays développés, on improvise un régime de chômage partiel pour freiner l’hécatombe. Chômeurs à part entière ou pas, les dépossédés de leur travail, le sont également de leur conscience d’humains.

Chez les bonnes moyennes classes sociales, on assume triomphalement de consommer de moins en moins car on est fins prêts pour la transition vers un mode de consommation qualitatif.
Pour les gens d’en bas en revanche, avec l’érosion des petits revenus, on consomme de plus en plus mal et pas assez bien pour être en bonne santé. On rejoint donc, les sans revenus pour former de grosses files d’attente devant les banques alimentaires, lesquelles ne peuvent proposer, crise sanitaire s’aggravant, que des rations de survie.

Amputée y compris de l’école, cette irremplaçable institution sociale mise en congé forcé sine die, la société s’est retrouvée confinée dans un strict minimum social, les pauvres du numérique évincés des largesses de l’instruction publique de la République.

On s’aperçoit alors, qu’ils sont bien nombreux ces précaires, ces perdus de vue, que le covid19 précipite dans le dénuement total.
La société recule, les dispositions agressives de l’homme se réinstallent dans un déchainement de violences qui font craindre le pire.

Il faudra alors tout contrôler et qui mieux que les représentants des valeurs profondes et sûres de la société pour le faire ou le faire-faire.
L’occasion n’a jamais été aussi opportune pour ceux qui aux manettes ont exprimé leur admiration pour la gestion vigoureuse et musclée de la crise du covid de leurs homologues chinois. Mais cette occasion est une circonstance grave et dangereuse pour la démocratie.

Le bras régalien de l’Etat s’est comme démultiplié conférant au pouvoir ce caractère absolu que l’on rattache d’ordinaire aux régimes despotiques.
On a vu un premier ministre au pouvoir atrophique, artificiellement adossé à une pâle majorité parlementaire, exécuter de manière impassible la politique de l’urgence.

Ubérisation des libertés publiques, suspension de la justice sociale, votations partielles et parcellaires, banalisation de l’abstention électorale.
Mais que d’ingrats conciliabules entre chapelles en chantier perpétuel de refondation, que d’abjurations dans les molles entrailles de toutes les droites qui ont du mal à coaguler pour ne manquer aucun rencard !

L’occasion qui a conduit à une forme du « tout État partial » n’en est pas une de favorable pour la vie démocratique.

Décisions « court-termistes »
Les institutions de la représentativité mises en stand-by et mal renouvelées, le confinement s’imposant à tous et pour tout, la démocratie s’est éclipsée. Seule la figure du chef suprême en a profité pour s’étaler.
Mais, même momentané, l’exercice du pouvoir en l’absence des contre-pouvoirs, comporte des risques qu’écarte précisément la finalité du contenu du vote libre des citoyens.

Les successives décisions « court-termistes » de prolongations du confinement social, parlementaire, politique et tutti quanti, qui jaillissaient par à-coups, interrogent. S’agit-il d’un lock-down tactique programmé et séquencé par une ténébreuse intelligence, comme aiment à le soutenir les complotistes ou, la mise en place d’une politique économique hyper interventionniste d’urgence face à un fléau létal pour les bénéficiaires de l’économie de marché mondialisée ?

De Pékin à Paris, à Bruxelles et même jusqu’aux USA, quelque chose dans l’ADN de l’Etat a comme muté, ruinant ce qui distinguait nettement l’Etat communiste chinois de l’Etat dit libéral plus ou moins interventionniste, plus ou moins social.
Le mal a mordu au flanc de l’Occident l’atteignant dans sa conscience profonde. Aux pulsions psychotiques du patriotisme égoïste de la vox médiatique dominante, le verrouillage y compris des espaces verts au grand dam des écologistes « messianistes » qui prêchent désespérément la réconciliation de l’homme avec la nature.
 

Du jour au lendemain, on est sommé de demeurer cloitré « at home ». Il y aurait urgence à freiner la réplication exponentielle d’un ennemi invisible !


Une curieuse idéologie « étatiste » sans fond, est improvisée, par la branche la plus libérale dans le cœur de l’Etat.
Curieuse idéologie étatiste dont on se garde tout de même d’envisager toutes les conséquences possibles.

On ne s’embarrasse pas de chicanes ; il suffit seulement de déclamer la nécessité de sauver les salariés et les petits entrepreneurs, comme autrefois, la veuve et l’orphelin par charité ! On traitera des comptes plus tard.
Sans en référer ni aux corps intermédiaires ni aux représentants des gouvernés, même l’Etat à ancrage néo-libéral a agi seul, à contre-courant de ce qui le fonde, y compris en termes de légitimité. Le péril n’observe pas le temps oiseux des commissions de concertation qui s’éternisent sur des préalables quand elles ne tournent pas aux palabres.

La souveraineté du peuple s’en sort amoindrie au contact du concepteur-gardien de l’Ordre Public. Et d’ordre Public, il n’y en a qu’un seul qui s’impose surtout en temps de guerre !

À l’autre bout du monde, l’Etat omnipotent chinois qui officie sur le sort de près de 19 % de l’humanité ; ce mastodonte qui a enfanté du socialisme de marché sous l’égide du parti unique, a fini par huiler les dents de l’étau, l’opinion publique menaçant de faire société civile.

En effet, la croissance pour tous promise en Chine continentale n’était déjà plus évidente depuis que d’autres pays voisins en copiant ses ateliers-monde, lui ont rogné quelques parts de marché. De plus, le retour à la production de proximité réclamé en occident depuis la pandémie du covid19, placera bientôt la Chine face à un sérieux problème de chômage, et par conséquent à des revendications d’une toute autre nature.

Le parti Etat dispose certes de l’un des plus puissants appareils répressifs mais il se garde d’en user exclusivement, afin de ne pas se couper des populations dans ses nombreuses et vastes provinces sous baronnie locale.
Loin d’être ignorées, les opinions publiques en ligne, sont traitées, récupérées et gérées dans l’optique d’exploiter internet comme outil de communication entre la base et le sommet, dans un système qui n’en tolère aucun autre, surtout pas d’inspiration occidentale.

Le minuscule archipel de Hongkong, vécu comme un talon d’Achille par les autorités, vient d’être mis aux fers par le pouvoir central. Ce que d’autres qualifieraient d’une souveraine mise sous régime général de toutes les populations afin de mettre un terme à d’insupportables inégalités matérielles entre elles.
« Un nivellement des droits par le bas », rétorque-t-on.

En retirant à Hong Kong sa vitale spécificité et donc son attractivité, l’empire du milieu pourra-t-il continuer à enregistrer des points de croissance supplémentaires qui, profiteraient à une classe de capitalistes d’État.
Des incertitudes se font jour autour du mégalo projet des nouvelles routes de la soie ; ce dernier implique des partenariats discutables.
La pandémie du covid19 a provoqué des failles dans la l’imparfaite « Pangée » économique, mais elle a favorisé un autoritarisme qui a gagné des systèmes de pouvoir qui en étaient jusque là exempts. À qui profite le crime ? 

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