-- -- -- / -- -- --
Nationale

Ces «Arabes» du Front national

Ces «Arabes» du Front national

En ce dimanche du mois de décembre sans pluie, des musulmans de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), dans le sud-est de la France, expriment silencieusement un autre vœu que la traditionnelle prière de « l’istiska » en regardant vers le ciel.

« Pourvu que Marion Maréchal Le Pen soit battue », nous confient ces retraités et chômeurs que nous rencontrons devant l’écran du PMU, où les chevaux continuent de courir malgré le péril des élections régionales. Une angoisse des urnes exacerbée par l’implication de coreligionnaires dans la montée de l’extrême droite.

Fausse sérénité sous les casquettes et les bérets. La vague triomphante du premier tour des élections régionales a traumatisé. Les étrangers de France, plus particulièrement les métèques de confession musulmane, crèvent d’angoisse. Le dernier vote en faveur du parti d’extrême droite vient de confirmer l’hostilité ambiante à leur encontre.

C’est que ce sentiment, paranoïaque ou non, habite les communautés immigrées depuis quelque temps avec un pic d’inquiétude au lendemain des attentats meurtriers commis par des terroristes islamistes.

Mouloud s’écarte de la machine où il vient de jouer un spot pour le quinté de l’après-midi et s’approche de nous : « Quoi qu’on dise à travers les médias, l’islamophobie a atteint des sommets dangereux. Leur regard a changé, et même dans les couples mixtes, le débat s’est installé avec violence.

Les Français ne veulent plus faire la différence entre les musulmans et les fous qui se font exploser ou mitraillent des spectateurs au Bataclan. J’ai près de soixante ans et plus de cinquante années de présence ici et j’ai…peur. Pour la première fois de ma vie, j’ai très peur. »

« La valise… »

Remake de la présidentielle de 2002 où Jean Marie Le Pen, le leader du Front national, arrivait au deuxième tour face à Jacques Chirac, la boutade pernicieuse de « la valise » est revenue dans la tension verbale : « Préparez votre valise », entendent les immigrés à la carte de résidence bien précaire.

Tandis que les Français d’origine étrangère, notamment issus de l’émigration maghrébine, se sont sentis visés par les déclarations de François Hollande portant sur la déchéance de la nationalité française contre ceux qui bénéficient d’une autre nationalité.

Rattrapés par leurs origines et compromis par leur faciès dans une France que des responsables politiques continuent à défendre comme une nation de « race blanche », ces Français du second collège paient la facture d’un phénomène terroriste d’essence intégriste qui nourrit les thèses xénophobes qui l’ont précédé.

Du coup, les derniers attentats n’ont pas opposé seulement les Français de souche aux adeptes de l’Islam. La cohésion de la communauté musulmane de France traverse une zone de turbulences.

Etoile jaune et croissant vert

Crise de confiance et reproche des uns à l’adresse des autres. Les plus religieux sont accusés d’avoir offert du pain béni aux islamophobes en cultivant la provocation et le discours antinational. Mouloud ne veut rien dire à ce sujet.

C’est Ali, grand maigre, les poignets tatoués lors d’un séjour à la prison des Baumettes quand il était jeune, qui l’explique : « C’est à cause de ces barbus et de ces tenues de Kaboul qu’on en est arrivés là. Ceux d’entre nous qui veulent vivre de la sorte, dans ce folklore, n’ont qu’à repartir dans leurs pays respectifs.

On est en France, que je sache. » Ali ajoute, en baissant la voix, que s’il avait la nationalité française et qu’il avait pu voter, il n’aurait pas hésité à donner son bulletin au profit de la candidate du Front national. 

Le turfiste pose le doigt sur une nouvelle donne qui renforce et participe probablement au succès présent du parti de la famille Le Pen. Il s’agit du basculement massif de Français d’origine étrangère et issus de la communauté musulmane dans les rangs du Front national.

Une démarche nouvelle, surprenante mais bien réelle, comme réponse à leur stigmatisation. Nous avons rencontré Zohra, une responsable commerciale chez une grande marque de prêt-à-porter. Elle fait partie de ces « Français d’origine arabe » qui votent pour le FN : « J’espère que vous me comprendrez sans me juger, sans m’insulter. Nous ne voulons pas porter l’étoile jaune ni le croissant vert sur la poitrine.

Nous devons nous distinguer de ces assassins qui se disent musulmans en refusant l’amalgame. Pour cela, il faut qu’une politique ferme envers ces étrangers qui déclarent leur haine de la France soit appliquée. Nous soutenons le Front national dans ce projet. Il y va de notre survie dans ce pays. »

Intégration et reniement

Point de vue singulier qu’une poignée d’anciens harkis défendait durant les années 1980, dans un esprit revanchard vis-à-vis des Algériens débarrassés du colonialisme, l’auto-racisme s’avère maintenant répandu parmi les Français de souche maghrébine.

 Voilà une crise identitaire comparable finalement à celle vécue par ces délinquants devenus prêcheurs d’un islam radical et membres actifs de DAECH. Après la conversion de l’électorat communiste aux thèses de l’extrême droite, les beurs et leurs enfants rejoignent le Front national. 

Pour cet universitaire sceptique, chercheur en sociologie, « nous récoltons les fruits d’un modèle d’intégration qui n’a laissé de choix que le reniement pour espérer obtenir une place dans la République. Les bougnouls de service promus ministres n’ont pas suffi à consoler les laissés-pour-compte. Les basanés du Front national de demain promettent un zèle fasciste qui risque de mener à la guerre civile. »

Propos insolites et analyses anxieuses, c’est ce qui caractérise le scrutin de ce dimanche sans qu’on sache, à l’heure où nous mettons sous presse, si le vote des « renégats » donnera la victoire à la candidate Marion Le Pen Maréchal du Front national face à Christian Estrosi des Républicains de la droite traditionnelle, dont les déclarations ont souvent relevé du registre de sa rivale.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email