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Op-Ed

Célébration de l’Aïd: Entre joie et inquiétude

D’habitude, les ménages algériens consacrent une partie de leurs revenus pour célébrer la fête de l’Aïd el Kebir qui se caractérise essentiellement par l’accomplissement du rituel du sacrifice du mouton.  Cette sunna  dictée depuis le prophète Abraham est plus que jamais compromise cette année à cause de la propagation de la pandémie du covid-19 qui a engendré un chamboulement inédit dans la vie des citoyens.

L’Aïd 2020, sous le signe de la pandémie !
L’aïd 2020 se fêtera dans un contexte particulier jamais vécu
auparavent.
Avec le covid-19 rien ne sera plus comme avant. Le rituel du sacrifice du mouton durant cette festivité est plus que jamais compromis a causes de plusieurs raisons. Cette année, il n’y aura plus autant de marchés de ‘’proximité’’ pour la vente du cheptel destiné pour le sacrifice de l’Aïd.
Par des mesures de prévention contre la propagation du covid-19, les autorités ont jugé nécessaire de réduire au maximum ces espaces.
De ce fait, l’acquisition d’un mouton sera un parcours de combattant pour beaucoup de personnes qui seront obligées de se déplacer, ce qui est peu évident avec toutes les mesures prises par les autorités dans le cadre du confinement.
En outre, les ménages qui faisaient des économies durant toute l’année en prévision de cette fête religieuse ont du dépenser « casser leur tirelire» durant le confinement en raison de l’arrêt des activités commerciales et économiques.
Leurs moyens financiers ne leurs permettent pas d’accomplir ce rite religieux.

 Il y aura parmi les ménages beaucoup qui s’abstiendront d’accomplir le rituel du sacrifice de l’aïd de peur de contracter la maladie, compte tenu du fait que les moyens de contamination et les façons de propagation et de transmission du virus sont au coeur de la polémique.

Accomplir ou pas le rituel du sacrifice de l’aïd ?
Un débat s’est instauré à l’approche de la célébration de la fête de l’aïd el Adha, sur la question de l’annulation ou non du rite du sacrifice.
Ainsi, un collectif de professeurs en sciences médicales a appelé les autorités à décréter l’annulation de l’abattage des moutons pour cette année en raison d’une progression inquiétante des foyers de contaminations dans le pays et les risques de propagation encourus lors de son accomplissement.

Les adeptes de cette thèse motivent leur postulats par des arguments tels que l’affluence massive dans les marchés de bétail et les risques de contamination que pourraient provoquer de tels rassemblements en cas du non-respect des mesures préventives, qui, il faut l’avouer, sont difficiles à appliquer dans ces espaces.

Il reste à voir la manière avec laquelle seront gérés ces marchés et le degré de compréhension et de conviction des citoyens à respecter les consignes de prévention.
Encore faut-il souligner que généralement chez nous l’abatage se fait collectivement surtout dans les cités ou les voisins s’entraident pour accomplir ce rituel.

Les instances religieuses dont la Commission ministérielle de la Fatwa voient la question sous un autre angle et annoncent que le risque de la propagation du virus de corona ne devra pas empêcher la célébration de cette fête religieuse en insistant sur le strict respect des recommandations sanitaires durant l’accomplissement de ce rituel religieux.

L’annulation du rituel du sacrifice n’est pas chose nouvelle
L’annulation du rituel du sacrifice n’est pas chose nouvelle, des pays ont connu cette situation.
Le roi du Maroc feu Hassan II avait appelé à annuler ce rituel à cause de la sécheresse ou d’une conjoncture économique difficile, c’était en 1963, 1981 et 1995. Il y a eu des cas en Algérie où le rituel a été déconseillé par les aurorités suite à des maladies ayant touché le cheptel ovin.
Ainsi en Algérie, la décision d’annuler le rituel du sacrifice cette année est du ressort des instances compétentes qui doivent mesurer la nécessité ou non de le décréter.
Je considère qu’une telle décision ne peut être prise qu’après concertation avec tous les concernés et étudier la question sous tous ses aspects surtout sanitaire, économiques et sociales

Quelles conséquences sur le plan économique ?
En effet, c’est le contexte qui détermine les conséquences d’une telle mesure sur l’économie nationale.
L’annulation du rituel du sacrifice pourrait avoir des conséquences positives sur le cheptel national s’il était par exemple menacé par des grandes pertes en raison d’une épidémie ou d’une sécheresse persistante, dans ce cas cette décision permet de régénérer les troupeaux mais nous ne sommes pas dans cette situation.
Les retombés de cette mesure seraient ‘’ perceptibles ‘’ et toucheront surtout les éleveurs.
 L’Aïd el Adha représente un événement annuel et une opportunité commerciale très importante, mais pour sauver des vies humaines et leur éviter la contamination par ce maudit virus, toutes les décisions solides et irréfutables dans ce sens sont les bienvenues et tout le monde est censé les endosser.

Un coup dur pour les éleveurs
L’Aïd el Adha est une occasion qui s’offre chaque année aux éleveurs afin de vendre leurs produits qu’ils préparent durant toute l’année.
C’est un événement économique important pour cette activité qui s’exerce dans les conditions les plus difficiles.
Une annulation du rituel du sacrifice de l’Aïd sera un coup dur pour les éleveurs et leurs revenus seront affectés avec des conséquences négatives sur la conduite de leurs cheptels pour les années à venir.
 
Beaucoup d’éleveurs attendent cette occasion pour faire leurs comptes et décider des étapes futures de leurs investissements, mais face à cette pandémie qui menace sérieusement la vie des citoyens ce sont  toutes les catégories de la société qui doivent afficher un sens de responsabilité tout en étant compréhensives et surtout patientes.

Afin d’aider à écouler leurs cheptels, les pouvoirs publics sont appelés à faciliter les transactions entre ces éleveurs et les abattoirs industriels publics pour les approvisionner et leur offrir également les fourrages à des prix réduits dans la perspective de compenser une partie de leurs pertes.

*Aissa Manseur est consultant en agriculture et conseiller à l’export

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