Campagne référendaire: trois semaines pour convaincre
Ce mercredi débutera la campagne référendaire sur la nouvelle Constitution, un projet cher au Président Abdelmadjid Tebboune lors de la présidentielle du 12 décembre 2019. Les partis et associations ayant endossé la démarche du président auront deux semaines pour convaincre sinon indécis un électorat incertain par ces temps de pandémie et de crise économique.
Alors que les médias publics s’attèlent aux préparatifs liés à la campagne référendaire sur le projet de la révision constitutionnelle, dont le coup de starter est donné pour aujourd’hui, les conditions de participation à cette campagne, fixées par l’ANIE, ne semblent être du goût de certains acteurs politiques qui évoquent une « exclusion ». C’est le cas du Mouvement El Bina de Bengrina qui a critiqué sans équivoque les critères de l’Autorité nationale indépendante des élections (l’ANIE).
« Nous dénonçons les pratiques de l’Autorité nationale indépendante des élections, concernant la limitation des dynamiques, ayant droit à la participation à la campagne électorale relative au référendum. Ce qui contredit l’orientation de la nouvelle Algérie, instaurée par le Hirak du 22 février, et elle reste ainsi prisonnière des pratiques relevant du régime corrompu », indique-t-on dans un communiqué rendu public par le Mouvement El Bina.
Selon toute vraisemblance et depuis le début du processus référendaire, le chef du parti « islamiste », Abdelkader Bengrina avait affuté ses armes et affiché la disposition de sa formation politique à prendre part « en force » au rendez-vous du 1e novembre. Plusieurs propositions sur la nouvelle Constitution ont été ainsi présentées, que ce soit par le parti en tant qu’entité politique ou dans le cadre d’une action conjointe, intitulée « l’initiative des forces nationales de la réforme », lancée et présentée au président de la République en août dernier. Selon les observateurs, la déception du Mouvement El Bina ne peut être que « forte », après son exclusion de se mettre de la partie, suite aux conditions « contraignantes » de l’Autorité des élections, délimitant étroitement le cercle des acteurs politiques et associatifs pouvant participer à la campagne référendaire.
De son coté, le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali voit que les critères de l’ANIE privent certes quelques formations politiques d’être dans les débats télévisés, mais le plus important étant l’accès à l’information et l’explication de la teneur du nouveau texte aux citoyens, afin qu’ils puissent choisir librement. Ce qui, selon lui, devrait être la mission du politique dans le cadre de son activité partisane et pas uniquement à travers la présence dans la campagne qui débutera aujourd’hui.
« Il importe d’expliquer aux Algériens ce qu’apporte le nouveau texte par rapport au précédent, et cela est le rôle du politique qui est censé être le plus objectif possible. C’est ce que nous essayons de faire au niveau de Jil Jadid. Il faut permettre aux citoyens d’arriver aussi à une information exacte pour qu’ils puissent évaluer et à ce moment c’est à eux de décider de leur choix », a déclaré M. Djilali.
Ce point de vue a été également au centre des suggestions émises par la présidente de l’Association nationale pour la promotion et la protection de la femme et la jeunesse (ANPPFJ), Mme Dridi Nadia. Cette dernière a indiqué hier au Jeune Indépendant qu’il est « plus que nécessaire d’organiser des rencontres, en présence des experts, en vue d’expliquer le contenu de la nouvelle Constitution ». Car, relève-t-elle, nombre de citoyens se demandent sur les nouveautés introduites dans ce texte, tandis que d’autres ignorent complètement la nature de l’évènement. « En tant qu’Association nationale, nous avons constaté que la population ne sait même pas de quoi il s’agit et confond clairement élections et référendum. Pourquoi ne pas distribuer le document portant la nouvelle Constitution en vue de nous permettre d’expliquer aux citoyens le processus en œuvre et les éclairer sur les amendements introduits, pour ensuite les convaincre d’aller aux urnes ? », s’est –elle interrogée.
Par ailleurs, les débats télévisés contradictoires sur la révision constitutionnelle seront ouverts à certaines formations politiques, notamment celles qui s’opposent au nouveau texte à l’image du Front de la justice et du développement (FJD) d’Abdallah Djaballah. Selon Lakhdar Benkhellaf, président de Majlis Choura du FJD, l’ANIE aurait accepté la demande du parti pour participer aux débats télévisés, organisés par des médias publics, en vue de défendre sa position par rapport à la future nouvelle loi fondamentale censée engager. Annonçant officiellement, vendredi passé, son rejet du projet de la révision constitutionnelle, le parti « islamiste » de Djaballah veut, à travers sa participation à ces débats, avoir une voix sur le chapitre et convaincre l’opinion publique de sa vision des choses.
Suite aux réactions des formations politiques qui se sentent « lésées », l’ANIE, quant à elle, a justifié l’ensemble des conditions posées par l’impossibilité de satisfaire la totalité des demandes des dynamiques, intéressées par la participation aux débats télévisés sur la campagne référendaire, compte tenu de la plage horaire « limitée » dans les médias audiovisuels publics.
Le président de l’Autorité des élections, Mohamed Charfi a, toutefois, tenu à rassurer que les meetings et autres rencontres seront « accessibles » pour de larges pans de la classe politique et acteurs de la société civile, aux fins d’élargir le cercle du débat sur le projet de la révision constitutionnelle.