Blocus US: Cuba réclame la justice avant le vote
Au cours d’une conférence de presse tenue, samedi à Alger, l’ambassadeur de la République de Cuba en Algérie, Héctor Igarza Cabrera, a, implacablement, dénoncé les retombés du blocus « criminel » imposé par les États-Unis depuis plus de soixante ans, à quelques jours de l’examen par l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) du projet de résolution appelant à sa levée.
À l’approche de la 80e session de l’AGNU, qui se prononcera les 28 et 29 octobre sur le rapport de Cuba sur la résolution 79/7 intitulé « Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis d’Amérique à Cuba », l’ambassadeur cubain Héctor Igarza Cabrera, a tenu à expliciter, au siège de son ambassade, la position ferme de son pays. Dans son discours, le diplomate a rappelé que cette résolution, présentée pour la trente-troisième fois, bénéficie d’un « soutien quasi unanime des membres des Nations Unies ». Il a, en ce sens, déclaré que la demande de levée du blocus « est désormais universelle », mais que « le gouvernement américain persiste dans l’application d’une politique cruelle et illégale qui viole le droit international ». « Aucun secteur de la société cubaine n’échappe aux effets du blocus. La majorité de la population cubaine est née et a vécu sous le siège constant de cette politique criminelle, qui affecte directement son bien-être, sa qualité de vie et ses droits », a affirmé Igarza Cabrera.
En cette circonstance, Igarza Cabrera a, en exemple, cité le mémorandum interne du sous-secrétaire d’État américain Lester Mallory, daté du 6 avril 1960, comme « preuve irréfutable du caractère criminel et inhumain du blocus ». Ce document « recommandait, grosso modo, d’affaiblir la vie économique de Cuba, provoquer la faim et le désespoir pour renverser le gouvernement, librement choisi par son peuple », a-t-il expliqué.
L’ambassadeur a fustigé l’obstination d’une politique qu’il qualifie de « guerre économique totale ». Il a cité, parmi ses effets, la baisse des revenus extérieurs, la chute du tourisme, la perturbation de la coopération médicale internationale, la pénurie du carburant entraînant des pannes d’électricité, ainsi que les obstacles aux transferts de fonds familiaux, aux investissements étrangers, aux échanges commerciaux et aux relations de coopération avec d’autres pays. Il convient de signaler que « la situation économique tendue et notamment les interdictions d’achat de dispositifs médicaux ont entravé la capacité de notre système de santé à répondre aux besoins de la population », a-t-il déploré.
Selon les chiffres présentées, le blocus aurait coûté à Cuba 7,556 milliards de dollars entre mars 2024 et février 2025, soit une hausse de près de 50 % par rapport à l’année précédente. À cet égard, l’ambassadeur a dit qu’en l’absence du blocus, le PIB cubain aurait progressé de 9,2 % en 2024. Les pertes totales, a-t-il indiqué, sont estimées à 170 milliards de dollars, et eu égard à l’évolution du dollar face à la valeur de l’or sur le marché international, « le blocus a causé des dommages quantifiables de 2 trillions 103 mille 897 millions de dollars ».
Dans le même esprit, l’ambassadeur a souligné les lourdes conséquences du blocus, citant la paralysie des transactions bancaires, la rupture avec des fournisseurs, la hausse des coûts logistiques et les pénuries industrielles et technologiques. Il a, alors, protesté contre l’interdiction d’utiliser le dollar dans les transactions internationales de Cuba et les restrictions liées aux produits contenant plus de 10 % de composants américains — qui ne peuvent pas être exportés vers Cuba — ainsi que les produits d’origine cubaine ou intégrant plus de 10 % de matières cubaines, que les États-Unis interdisent d’acheter, même s’ils proviennent de pays tiers. Par ailleurs, il a qualifié l’application du Titre III de la loi Helms-Burton d’« instrument de coercition extraterritoriale inacceptable ». Autre point fort, le diplomate a également rappelé que le programme américain d’exemption de visa ESTA n’est plus valable pour les personnes ayant visité Cuba, ce qui « pénalise durement le secteur du tourisme ».
Par ailleurs, il s’est indigné contre le caractère « injustifié et arbitraire » de l’inscription de Cuba sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme, la qualifiant d’initiative malveillante et motivée par des calculs politiques. Dans ce sillage, le représentant cubain a dénoncé le durcissement du dispositif sous l’administration Trump, revenue au pouvoir. Selon ses propos, ses décisions prouvent que Washington utilise toujours le blocus comme un outil de chantage politique et de domination économique. Contrairement à certaines affirmations « fallacieuses », Barack Obama et Donald Trump « sont de même nature », a, d’ailleurs, tenu à préciser l’ambassadeur, expliquant que les différences apparentes entre leurs politiques à l’égard de Cuba relevaient davantage du style que du fond.
Du reste, l’ambassadeur a braqué les projecteurs sur le large soutien diplomatique dont bénéficie Cuba. Il a également évoqué moult événements récents illustrant l’isolement fort croissant des États-Unis sur cette question. « Entre juin 2024 et septembre 2025, plusieurs organisations internationales ont réaffirmé leur opposition au blocus imposé à Cuba. Le Mouvement des non-alignés, le G77, le G77+Chine, ainsi que l’Union africaine ont successivement appelé à sa levée, tandis qu’à l’ONU, de nombreux chefs de délégation ont condamné cette politique et dénoncé l’inscription de Cuba sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme », a-t-il rappelé.
À la fin, le diplomate a réaffirmé que le blocus américain constitue « un acte de génocide et une violation systématique des droits humains du peuple cubain ». Tout en exprimant la gratitude de son pays pour le soutien international, Igarza Cabrera a appelé à « renforcer la mobilisation mondiale contre cette politique injuste ». Et de conclure : « Le soutien international à Cuba reste massif. Nous savons que, comme chaque année depuis 1992, l’Algérie maintiendra son vote en faveur de la levée du blocus ».