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Nationale

Blé : Alger prend le virage russe

Blé : Alger prend le virage russe

 L’Algérie dira-t-elle adieu au blé français ? C’est la crainte des exportateurs français. Alger songerait à ouvrir son marché à la Russie en raison des risques que causent à la santé les moissons françaises victimes d’une dangereuse bactérie. Les facilités accordées par les exportateurs français à l’Algérie, le poids des pressions et du lobbying vont-ils court-circuiter l’option russe ?

Bien que la France ait assuré sa position, les Algériens regardent « avec appétit » le blé russe, qui « est moins cher et de meilleure qualité », selon le président de l’Union céréalière russe. L’Algérie, qui est très exigeante sur la qualité du blé qu’elle achète pour faire du pain, a choisi cette année d’en acheter davantage d’allemand et de polonais. De ce fait, le blé français a de plus en plus du mal à satisfaire les critères requis par les principaux importateurs mondiaux, dont l’Algérie et l’Egypte. Les blés français caractérisés par des taux de protéines supérieurs à 11,5%, dotés d’une force boulangère supérieure à 170 et d’un indice d’Hagberg supérieur à 240, ne correspondent pas aux standards requis par l’Algérie et par la majorité des pays importateurs, selon le site spécialisé la Terre-net. De son côté, France export céréales considère même que certaines spécifications des pays importateurs sont de véritables barrières à l’entrée du blé français. Dans ce sens, le cahier des charges de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) exige des céréales avec au moins 12% de protéines pour être concurrentielles, excluant de facto le blé français. L’Algérie importe en moyenne 7 millions de tonnes de blé tendre dont 5 millions de France, ce qui donne à penser que Paris se battra durement pour ne pas céder la moindre partie de ses parts dans le marché algérien, tandis que l’Algérie cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement.
Les producteurs français de blé ne voient pas d’un bon œil l’intention de l’Algérie d’ouvrir son marché aux Russes. L’Algérie, qui a déjà importé du blé de Russie en 2017, envisage de s’approvisionner totalement de ce pays. Un accord ad hoc devrait être signé si les tests sanitaires en cours sont concluants.
Pour faire capoter cet accord, le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, Jean-Baptiste Lemoyne, a demandé à l’agence Business France, qui assure la promotion de groupes français sur les marchés mondiaux, de préparer une visite d’exportateurs français en Algérie au premier trimestre de l’année 2019. Le blé n’est pas d’ailleurs le seul produit russe auquel l’Algérie s’intéresse. Moscou et Alger ont également évoqué des produits laitiers et de la viande bovine russes. Au début de 2019, une délégation française est attendue à Alger pour discuter de l’option russe. Faut-il craindre une pression française sur l’Algérie qui fera capoter les éventuelles transactions avec Moscou ? Selon le président de l’Union céréalière russe, Arkadi Zlotchevski, la situation n’est pas encore claire : « En général, la France a assuré sa position sur le marché algérien, mais c’est également lié aux traditions françaises en Algérie. Ils offrent des instruments financiers pour la réalisation de diverses opérations, tels des délais de paiement allant jusqu’à un an, que nous ne pouvons fournir. Mais dans le même temps, notre blé est moins cher, de meilleure qualité que le français. Et les Algériens le regardent avec appétit. C’est-à-dire qu’ils sont prêts à examiner ces questions », a estimé le président de l’Union. « Si la Russie crée des conditions concurrentielles pour le marché algérien, elle « fera bouger les Français du marché algérien », a noté le responsable. Les producteurs français ont déjà été confrontés aux Russes à plusieurs reprises sur les marchés mondiaux. Pour l’instant, « rien de mortel, cela ne détruit pas complètement leur offre », poursuit M. Zlotchevski. Il est peu probable que la France prenne des mesures officielles pour empêcher la Russie d’approvisionner l’Algérie en blé, a souligné le directeur général de l’Institut d’études de marché agricole, Dmitry Rylko, soulignant que l’Algérie « est un pays souverain ». Selon les deux experts, la Russie pourra également fournir à l’Algérie du riz, du maïs, de l’orge, mais le blé restera la base des importations céréalières russes. 

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