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Op-Ed

Bismillah…

Du 23 au 27 janvier 2013, sur le forum du Nascas (North American Society for Christian Arabic Studies), sur Google groups, fut lancée une discussion sur l’emploi par des chrétiens de la formule musulmane classique Bismillahi errahmani errahim, « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux ».

La discussion fait suite à la question : « J’ai rencontré des arabes qui m’ont dit que l’expression « Allah irRahman irRahiim » était employée dans des documents de l’Eglise antérieurement à l’établissement de l’islam ».
Les membres de ce forum sont loin d’être des plaisantins ou des amateurs : ce sont tous des chercheurs chevronnés, professeurs et spécialistes des religions. Leurs échanges se font à coups de références, de sources vérifiables documentées et d’analyses soutenues.

Il semblerait que la formule ait été utilisée notamment chez les coptes, comme le précise Rifaat Ebied, Professeur Rifaat Ebied, FAHA JP, professeur émérite d’études sémitiques : « Un grand nombre des premiers contrats de mariage coptes orthodoxes utilisent la formule basmala comme titre de ces contrats. Un grand nombre de ces contrats est conservé dans la collection de manuscrits/fragments du Patriarcat copte. »

D’autres précisent que la Besmala a été utilisée jusqu’au Moyen-age par des chrétiens dans leurs correspondances ainsi qu’au début de certaines Bibles et même dans des traités, que ce soit entre juifs ou entre chrétiens.
Cet usage peut s’expliquer de deux manières : soit par acceptation et appropriation de la « vérité » de l’Islam, considéré comme religion vraie et venant confirmer le Christianisme, soit comme mesure prophylactique destinée à protéger le manuscrit de la lecture par les conquérants musulmans, leur faisant croire au premier abord qu’il s’agit d’un document « musulman ».

Dans le premier cas, les chrétiens analysent la Besmala comme une confirmation de certaines formules bibliques telles que : « Dieu compatissant et miséricordieux » dans l’Ancien Testament et même comme une variante de « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».
Dans le second cas, la Besmala sert de protection : utilisée comme formule introductive, elle fait croire au lecteur qu’il s’agit d’un texte musulman, respectueux de la religion musulmane.

La Besmala est devenue un grigri utilisé par les musulmans eux-mêmes pour éloigner Satan, pour rendre halal la nourriture, pour se protéger du mauvais œil. Son emploi à tout bout de champ vous classe dans la catégorie « bon musulman » et à la longue lui enlève toute épaisseur et toute signification.
Que dire alors des terroristes intégristes qui ensanglantèrent le pays dans les années 90 à coups de Besmala ? Certains prétendaient se rapprocher de Dieu en tuant des innocents, un sacrifice sanglant censé leur ouvrir les portes du Paradis.

La formule est devenue un grigri et un masque de Tartuffe. Son emploi à tout bout de champ vous classe dans la catégorie « bon musulman » et à la longue, lui enlève toute épaisseur et toute signification.
Dans une société ritualiste, la religion n’est plus qu’un livre de recettes, un recueil de formules et une pharmacie dont les mots suffiraient à guérir.

Mon maître d’Ecole coranique refusait systématiquement de délivrer des Hjab, des Hrouz ou autres amulettes et conseillait toujours au demandeur d’aller voir le médecin et le pharmacien. Allah yarhmou ! C’était il y a plus de quarante ans et on dirait que l’Algérie s’est enfoncée dans les ténèbres de la superstition avec un vendeur d’onguent appelé « Rahmat Rabi » et un Raki subventionné par l’État.

Nous avons une école complètement sinistrée, depuis longtemps islamisée et vérolée par les intégristes et qui n’a pu sortir de sa médiocrité pendant toutes ces années malgré toutes les besmala possibles.
Et voilà que de prétendus oulama viennent faire la leçon à Nouria Benghebrit au lieu de dire « astaghfirou Allah », d’aller s’occuper de leurs affaires et de laisser les gens travailler sans s’encombrer de polémiques parfaitement stériles.
Incapables de lancer le moindre débat national, de produire la moindre pensée moderne ni de résoudre un quelconque problème national, accrochés désespérément au radeau de la religion, usant et abusant du sentiment religieux, accrochés comme des poux à la misère du monde, ces pourvoyeurs d’amulettes et de poudre de perlimpimpin empêchent l’Algérie de respirer.

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