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Op-Ed

« Bienvenue-France » ou comment réduire le nombre des étudiants africains dans les campus français ?

C’est dans un paysage mondial de la recherche et de l’enseignement supérieur en pleine mutation que la France tente de rebondir comme place attractive car elle n’accueille actuellement que 7% des étudiants en mobilité dans le monde.
Un séduisant plan de communication autour de l’enseigne « Bienvenue en France » est fin prêt pour que la France puisse devenir l’une des meilleures destinations dans le monde dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche.
En termes de compétitivité sur ce segment, et à dires d’experts, la France aurait déjà, du mal à se maintenir à la quatrième place qu’elle occupe tièdement, depuis quelques années dans le classement mondial.

Mais qu’en est-il en réalité ?
Saisissant des vents apparemment favorables, il a été jugé opportun de passer à la réalisation du principal objectif de la réforme pour l’autonomisation de l’enseignement supérieur, à savoir, sa privatisation.
Ce projet a en effet, été ajourné durant quelques années faute d’un confortable consensus.
Si on remet au goût du jour la séduisante idée de la préservation de l’excellence de l’enseignement supérieur, la concrétisation d’un tel projet entrainerait néanmoins des mutations profondes dans le modèle social français, alors que la société présente de profondes fractures, entre une France heureuse et une France inquiète.

Prudence oblige, et redoutant à juste titre, une protestation traditionnellement violente de la jeunesse vingtenaire qui n’entend pas se faire délester de son droit à l’égal accès au savoir, on opte pour une approche de type « homéopathique » qui consiste dans un premier temps, à faire passer la pilule par une politique nationaliste qui consiste à soumettre les étudiants non communautaires à des droits d’inscription différenciés, afin de ne pas entamer les subsides de la Nation.

De plus, l’argument fédérateur tiré de la préservation de la qualité de l’enseignement supérieur permettrait de procéder à une augmentation incontestée mais alors, substantielle et drastique des droits d’inscription pour les étrangers, qui sera suivie d’un « raisonnable » réajustement des tarifs pour les étudiants communautaires.

Le processus est ainsi enclenché.
En 2011, selon un rapport de l’OCDE, la France était très proche de la moyenne des pays du bloc occidental , avec 1.3 % du PIB en dépenses publiques pour l’enseignement supérieur.
Sous les coups de boutoir de l’UE qui enjoint ses membres de réduire leur déficit budgétaire à moins de 3% du PIB, la menace d’un coup de rabot sur le budget alloué à l’enseignement supérieur n’est pas un scénario à exclure pour le peuple de l’Hexagone.
L’enseignement supérieur et la recherche ne pourraient plus constituer le troisième poste de la dépense publique, tant les arbitrages à venir, sur d’autres postes budgétaires ne laisseraient qu’une faible marge de manœuvre quant à l’affectation de ressources publiques qui s’étiolent au moment où s’engage en France, un incroyable délestage sur le plan fiscal au profit des hauts revenus et des fortunes immobilières.


Où trouver alors l’argent qui vient à manquer pour être compétitif ?
La cible toute désignée : les étudiants étrangers.
Or, la plus importante proportion des étudiants étrangers en France, provient de ses anciennes colonies.
Leurs jeunes qui s’expatrient en France pour y effectuer des études supérieures, le font parce qu’ils maitrisent la langue française et parce qu’ils y ont, pour un grand nombre d’entre eux des attaches familiales ; le hic pour eux, c’est qu’ils ne sont pas tous issus de la classe aisée.
En s’engageant dans la course au palmarès des meilleures universités, la France qui gouverne à droite toute, s’apprête à abandonner pour les siens, la quasi gratuité de l’enseignement supérieure, confortée en cela par la Cour des Comptes française d’une part, et les recommandations des très audibles et influents think thank qui mettent également l’accent, sur le supposé point faible du dispositif critiqué, à savoir la pérennité de son mode de financement actuel.

Mais le filon n’est certainement pas en Afrique !
Entre temps, le cercle des acteurs de poids dans la course à l’attractivité mondiale dans le domaine de l’excellence des dessertes scientifiques et autres pôles de recherche, s’est élargi avec l’intrusion de nouveaux pays, dont les émergents, qui comme la Chine ou l’Inde, sont désormais, capables d’aligner des moyens humains, logistiques et financiers considérables pour se hisser comme premiers de cordée.
A l’international, la solution préconisée en France consiste à gérer l’enseignement supérieur comme un compartiment relevant du secteur du tourisme ou de l’industrie du luxe.
Or, s’il est aisé d’intéresser des fonds privés moyens orientaux pour restaurer un legs historique de quelques 6 450 châteaux , ou d’attirer des millionnaires chinois pour placer des vins de seconde catégorie sur les marchés asiatiques, il n’est pas facile de dégager du chiffre d’affaires via les étudiants ressortissants des pays africains, sans remettre en question l’enjeu géopolitique de la francophonie notamment dans sa perspective culturelle et économique.

On constate qu’après avoir forgé une diplomatie versée depuis plus d’une décennie, au service d’un maillage militaire en terre africaine, la diplomatie française co-investit les cénacles des hommes d’affaires et du business tout crin. 

Développer une clientèle pour campus France relève désormais des diplomates prospects qui déploient d’ores et déjà avec charme, un puissant argumentaire de vente de places dans les campus universitaires.

On défend les nouvelles conditions financières de l’offre comme étant compétitives au regard des voisins d’Europe qui en affichent de plus dures.
Et, nec plus ultra, l’offre est assortie de conditions avantageuses en matière de célérité quant à la délivrance du visa.

Comme toute initiative est en résonance avec le contexte actuel dans la rive sud de la Méditerranée, l’argumentaire entourant ce projet ne permet pas de dissiper la suspicion qui pèse sur les africains fussent-ils des étudiants.
Ces derniers ne sont, en effet, pas à l’abri des amalgames et sont de plus en plus perçus comme des resquilleurs qui tentent une immigration via la noble voie du savoir.
Avec de nouveaux « tarifs appropriés », le risque-alibi, est atténué voire éliminé d’autant que la devise européenne est à des taux de change d’enfer pour les africains.


L’offre « épuratoire », permet ainsi, de cibler les étudiants africains nantis et aisés en mesure de payer des droits d’inscription substantiellement augmentés par rapport aux montants dont s’acquittent les étudiants européens.

Des étudiants aisés d’Afrique, il y en a sûrement mais au sein de la richissime minorité habituée à faire son shopping en occident et à y passer des vacances qu’à fréquenter absolument les campus de France.
Et pour s’en convaincre et convaincre, on n’hésite pas à insérer dans une communication officielle, la phrase d’un admirateur africain ému et reconnaissant, qui avait choisi la France pour y étudier afin de justifier, rien moins que la vente d’un droit d’accès aux campus français aux candidats africains, « méritants ».

La marchandisation tous azimut dont celle des savoirs, vers laquelle se dirigent les partisans de la libre entreprise, n’indique-t-elle pas une mouvance « Trumpiste » qui gagne également la France ?

On se demande par quelle voie miraculeuse, associe-t-on les transactions marchandes à l’idée de mérite ?

On peut déplorer, qu’une version surannée de la méritocratie, conduit la France d’aujourd’hui à réduire encore plus ce qui reste de la voilure de la relation France-Afrique.
Contrairement aux déclarations qui se veulent rassurantes, les demandes de visas pour étudier en France ne s’adressent qu’aux jeunes africains issus des milieux fortunés.

Depuis 2017, un nouveau logiciel de la relation rebaptisée Afrique-France, est entré en application, s’il présente une apparente touche de fraîcheur avec un président quadragénaire, il est d’un cynisme sans précédent, à l’endroit de la jeunesse africaine sauf lorsqu’elle excelle dans l’art footballistique.
Est-ce parce que « l’homme africain n’est jamais entré dans l’histoire » comme on le soutient encore de nos jours ?

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