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Biélorussie : Une révolution colorée pour isoler Moscou

Biélorussie : Une révolution colorée pour isoler Moscou

Un processus dit de « révolution colorée » est-il en marche en Biélorussie ? Les troubles qui ont succédé à l’élection présidentielle du 09 août dernier ressemblent un peu trop à celles suscitées à l’euro-Maïdan à Kiev en novembre 2013.

La fuite en Lituanie de l’ancienne candidate Svetlana Tikhanovskaïa après avoir dénoncé les résultats de la présidentielle où elle a recueilli 10.12% des voix face au président sortant Alexandre Loukachenko, est semble-t-il la première étape d’un plan de déstabilisation de grande envergure.

La diabolisation du chef de l’Etat biélorusse est le prélude à la délégitimisation du gouvernement actuel, de sa déconnexion avec son allié stratégique russe, et donc en fin de compte, de la fragilisation de la Russie qui perdrait ainsi la Biélorussie après avoir perdue l’Ukraine en 2014.

A Minsk, le gouvernement passe de nouveau à l’offensive. Jeudi, le procureur général biélorusse a annoncé l’ouverture d’une enquête contre le Conseil de coordination de l’opposition. La tentative de prise de pouvoir lui est reprochée. En effet, le procureur Alexandre Koniouk a déclaré que « la création et l’activité du Conseil de coordination visent à s’emparer du pouvoir d’État, ainsi qu’à porter préjudice à la sécurité nationale de la République de Biélorussie. Une enquête pénale est ouverte pour les actions prévues à l’article 361 du Code pénal ».

Justement, l’article 361 portant sur les appels aux actions visant à porter préjudice à la sécurité nationale prévoit une peine de prison allant jusqu’à cinq ans. Le procureur a également signalé que plusieurs personnes avaient déjà abandonné le Conseil après s’être rendu compte de « l’illégalité de leurs actions ».

A priori, l’ancienne candidate malheureuse aux élections, Svetlana Tikhanovskaïa est passible d’être poursuivie conformément à l’article 361.
Dans une vidéo publiée ce 17 août sur YouTube, l’opposante principale à Loukachenko a invité les forces de l’ordre à rejoindre le peuple qui les accueillera « si leurs intentions sont bonnes et leur repentir est sincère ».
Le peuple accueillera les forces de l’ordre qui « se repentiront » et « se rangeront de son côté », a-t-elle estimé.
« Je veux m’adresser aux personnes en uniforme. Vous devez savoir, nous vous accueillerons toujours si vos intentions sont bonnes et votre repentir sincère », a-t-elle indiqué. Elle a ajouté que les Biélorusses constituent « un tout que quelqu’un veut déchirer et retourner l’un contre l’autre ».

Volonté de pourissement
Preuve de la volonté de pourrissement de la situation en Biélorussie, le parti de Tikhanovskaïa a inscrit un seul point à l’ordre du jour d’une éventuelle négociation avec le gouvernement le départ du chef de l’Etat actuel.

Ainsi, le quartier-général de Svetlana Tikhanovskaïa a annoncé dimanche 16 août être prêt à négocier avec les autorités du pays les conditions et la date du départ d’Alexandre Loukachenko. La délégitimisation du pouvoir actuelle est en marche, et c’est le prélude du lancement d’une révolution colorée, à l’instar de celle qui a précédemment touché l’Ukraine et la Géorgie.

Pis, les déclarations vendredi du président français Emmanuel Macron seraient le début de l’internationalisation de la situation en Biélorussie. « Un dialogue entre les autorités, l’opposition et la société civile est indispensable. Nous souhaitons que ce dialogue puisse être mis en place par les Biélorusses eux-mêmes.

Mais l’Union européenne se tient prête néanmoins à accompagner celui-ci, si notre rôle de médiation peut être utile et est souhaité par les Biélorusses, avec d’autres institutions, notamment l’OSCE, et incluant la Russie dans un dialogue exigeant », a déclaré Emmanuel Macron après une rencontre avec la chancellière allemande Angela Merkel.


Une “revolte” pour torpiller l’Union Eurasiatique 

Les deux dirigeants européens ont aussi souligné que, s’ils avaient un dialogue nourri avec le Président russe, Alexandre Loukachenko « n’a cherché à parler à aucun d’entre nous », a dénoncé Mme Merkel, ajoutant qu’il « est clair que nous disons à Poutine que nous cherchons le dialogue » avec le chef d’État biélorusse.

Dans le même registre, le président français a rappelé qu’il y avait aussi sur la table la proposition de médiation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).
Réponse du berger à la bergère, le Président biélorusse Alexandre Loukachenko a proposé à Emmanuel Macron sa médiation dans la crise des Gilets jaunes. « Emmanuel Macron veut s’entremettre dans les négociations en Biélorussie. Laissez-moi venir et devenir d’abord médiateur entre les Gilets jaunes et Macron. La situation y est tendue, mais il ne le voit pas », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée ce 21 août par la chaîne Telegram Pool Pervogo.

Et en direction de la chancelière allemande, le président Loukachenko a été sarcastique. « Les Allemands ne peuvent toujours pas venir à bout du coronavirus, des manifestations […]. Pourquoi ils s’inquiètent au sujet de la Biélorussie ? », a-t-il déclaré.

Selon Alexandre Loukachenko, la Biélorussie reste le « dernier maillon » des plans occidentaux qui visent à établir un « couloir », un « cordon sanitaire » entre les mers Baltique et Noire, qui comprend également l’Ukraine et les trois pays baltes. Il a assuré que la situation était « très politisée, mais pas désastreuse », évoquant sa rencontre, vendredi, avec des chefs des forces de l’ordre, lesquels ont assuré qu’ils « ne vont pas céder le pays à qui que ce soit ». Il a également indiqué qu’il poursuivrait sa politique stricte afin de stabiliser la situation intérieure.

En effet, la déstabilisation de la Biélorussie s’inscrit dans un schéma global de l’encerclement de la Russie par les puissances atlantistes à travers sa déconnexion avec son environnement immédiat. Hier c’était l’Ukraine, aujourd’hui c’est la Biélorussie, soit les deux derniers pays ayant toujours fait partie de la Grande Russie historique.

Si l’Ukraine de par sa composition humaine et religieuse est divisée entre Russophones orthodoxes à l’Est et Ukrainiens catholiques à l’Ouest, le peuple biélorusse est le peuple le plus proche des Russes car ils partagent les origines, la langue et la religion. Ce qui explique le lien quasi intime entre les deux peuples et les deux pays.

De plus, d’un point de vue géopolitique, Minsk constitue le dernier bastion qui sépare le territoire russe des pays membres de l’Union européenne et de l’alliance atlantique. La déstabilisation de ce pays et son basculement dans le giron occidental est donc la dernière partition dans le long processus de l’encerclement de la Russie et de son enclavement.
Le but ultime des puissances atlantistes est l’affaiblissement du bloc eurasiatique piloté par Moscou et Pékin, dans lequel Minsk est une pièce maitresse à l’instar de Téhéran.
 

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