-- -- -- / -- -- --
Op-Ed

Benhabylès et le daltonisme «national»

Voilà qu’une chaîne algérienne privée, à travers l’invitation de la présidente du Croissant rouge algérien, Mme Saïda Benhabylès, remette de l’ordre dans les mémoires.

Pose le thème de l’ordre du débat sur ce qui est convenu d’appeler la décennie noire de l’Algérie. Plus d’audace « armée », l’audace choquante de Madani Mezreg sur les plateaux, place à la hardiesse intellectuelle d’une femme algérienne, de surcroit la femme de terrain que l’interviewée a toujours été.

Comme si, dans ce pays-là, nous avons toujours et encore toujours besoin de remettre en question les comportements culturels et cultuels qui rallient ce peuple à sa terre, à sa mémoire, à ses accoudements aux constantes fondatrices de la République libre, démocratique et tolérante à l’égard de tous ses enfants. Une République où le crime est banni.

Comme si, aussi, nous avons ce besoin d’appeler les choses, les évènements, les souffrances vécues… par des noms dilués, des mots différents aux concepts qu’ils génèrent dans les perceptions des gens. Comme si une école des sens manquerait aux synonymes algériens. Pour expliquer le sens, rien que cela, juste cela. 

Comme si, dans ce pays, nous avons tant ce besoin de dire le terrorisme et son adepte, la fitna et ses saintes horreurs… par d’autres qualificatifs leur offrant, en récompense du sang abreuvé, une identité autorisée, une charte d’héroïsme, de conciliabules, de réconciliables ; une identité assortie d’un visa de retour inespéré sur toutes les scènes publiques.

D’un coup magique, inespéré, inattendu, le monstre est un ange. Le patriote un diable. Le harki est le civilisé et le moudjahid est le barbare le marginal de l’histoire de la civilisation manquée.

Comme si on nous prépare d’un coup au turlututu des regrets pour vendre ce qui nous reste : nos exploits historiques et notre victoire face au terrorisme. Comme si, dans ce pays, un harki n’en serait plus maintenant. Les temps, pour certains changent. Les couples mixtes historiens-assermentés et politique-accrédités aux lobbies de tous genres, n’ont plus le temps de s’occuper des ressentis de ce peuple. La mémoire ? Avant tout une question d’affairistes avisés.

Que dalles l’Histoire, le peuple et l’histoire du peuple. Madame Benhabylès a craché la Valda aux bons entendeurs, répondu à l’invitation du journaliste novice, et avec plein-plein de non, colorés et variés. Des non à chausser les cervelets des foutus amnésiques ! Quand il ne fait pas œuvre politique espéré, le non en est une pédagogique au sens qu’il fait grandir son auditeur.

Fait réconforter le peuple, ses patriotes et ses chouhadas de tous les temps pour dire qu’un terroriste est un terroriste dans tous les dictionnaires du peuple algérien. A raison, aussi, elle n’a pas parlé de Constantes, Madame l’ex-ministre, non ! Elle les a peintes en lignes rouges pour nos Daltoniens qui tentent de nous vendre un pack spectral, mélangeant l’épouvante du rouge d’avec la paix du vert.

Les lignes rouges, non, dit-elle. Elles sont dans les pinceaux du tableau de la mémoire. Elles sont les traumas populaires à ne pas franchir quoi qu’il advienne. Et rien que ça, svp ! Le rouge, c’est la couleur des harkis et des terroristes qui ont voulu ressusciter Allah en lui sacrifiant 200 000 morts. Le harki, stylé et « stèlé » en France aujourd’hui, est aussi le criminel à grande échelle pour les Algériens.

Le peuple ne l’oublie jamais. C’est ce qui fait la grandeur d’une Nation. Sa mémoire qu’on tient à sédimenter aujourd’hui. Ses dates phare et non pas farouches, comme on tente de nous vendre la chose aujourd’hui. Comme si, quelque part là-haut, chez-nous, et vers la bas, au nord des colons, une folie s’est bien installée.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email